La Verveine

Rites et Magie...

Une herbe bien païenne...

Herbe sacrée, Veine de Vénus, Herbe aux Sorcières, Herbe à tous les Maux, sont quelques-uns des noms attribués à la verveine, connue scientifiquement sous le nom de Verbena officinalis. Ces appellations de la verveine nous donnent d’entrée de jeu de bons indices qui nous permettent de soupçonner un fort lien avec des origines païennes. Et nous allons voir que l’histoire nous donne raison. 

De nos jours, cette plante est surtout connue pour ses infusions et ses propriétés médicinales, car en effet elle entre dans certaines recettes thérapeutiques comme anti-inflammatoire, anti-gastritique, anti-oxydant, anti-infectieux, et bien d’autres. Elle fut à ce titre traitée par des célébrités comme Paracelse, Hildegarde von Bingen, et Hippocrate. Mais lorsqu’on se penche sur l’histoire de cette plante, on se rend rapidement compte que, jadis, elle fut bien plus que cela. Les aspects magico-religieux de la verveine vont nous plonger dans un univers intimement lié aux forces de la 3è fonction indo-européenne, celle de production et reproduction, de l’amour et de la fécondité, mais aussi dans celui de la première fonction indo-européenne, celle de la souveraineté religieuse. 

 

La verveine est originaire des plaines européennes, une plante bien de chez nous donc. Elle est connue depuis la plus haute antiquité européenne comme une plante médicinale et magique. On la retrouve présente dans toutes les traditions païennes d’Europe, principalement chez les Grecs, Romains, et Celtes, mais aussi chez les Germains, ainsi que dans des cultures encore plus anciennes comme celle des Ibères. Une des étymologies possibles du nom de verveine serait celle du verbe latin «verrere», ce qui se traduit par «balayer». Au premier abord, on pense logiquement que ce n’est pas très élogieux pour définir une plante sacrée… «balayer»... Et pourtant si. Et ô combien si ! Car ce n’est pas du coup de balai du coin cuisine dont il s’agit ici. Ce verbe latin fait référence au fait que dans le monde gréco-latin, la verveine était utilisée de manière hautement rituelle pour balayer les autels sacrés des temples dédiés aux Dieux et aux Déesses. La verveine était donc tellement sacrée qu’elle fut réservée pour ce rite de purification des temples. Une telle tâche ne peut qu’être d’ordre supérieur et divin. Un autre rite antique recommandait par exemple de mettre de la verveine dans le berceau d’un bébé, car cela devait insuffler en lui plus tard la passion pour l’apprentissage, les études et la connaissance en général. Dans le si célèbre temple sacré de Delphes en Grèce, la pythonisse, la grande prêtresse des lieux, portait une couronne faite entre autres de verveine. Ce fut le cas aussi chez les Celtes dont on dit que les druides s’en couronnaient. Les druides lui auraient accordé la propriété de guérir toutes les maladies, d’inspirer la gaieté, et d’être un bouclier contre tous les maléfices. Selon Pline, les Gaulois considéraient la verveine comme sacrée, ils l’employaient pour tirer les sorts et prédire l’avenir. Ceci a survécu dans des coutumes européennes tardives comme celle où l’on inscrit sur des feuilles de verveine des questions pour les laisser ensuite tomber au sol ; celles qui ne sont pas emportées par le vent auraient ainsi une réponse favorable. Il semblerait également que chez les Celtes la verveine entrait dans la composition d’eaux lustrales, ce qui nous renvoie encore une fois à cette notion de purification sacrée. Durant le moyen âge, les prêtres ceignaient le front des soldats victorieux avec des tiges de verveine, ce qui représente très probablement une survivance de rites antiques.

Ces premières indications que nous venons de voir ci-dessus, ainsi que ce que nous verrons à propos de son utilisation en magie, nous permettent d’affirmer que la verveine avait très certainement une connexion directe ou indirecte avec la première fonction indo-européenne, celle du pouvoir souverain et du pouvoir magico-religieux. Mais, comme nous l’avons évoqué au début, c’est surtout sur les voies de la 3è fonction indo-européenne que la verveine va nous mener, un monde fait d’amour, de sexe, d’abondance, de chance et de fécondité. 

 

L’antiquité européenne associa avant tout la verveine à la Déesse Vénus. Ceci semble être le fondement même pour bien comprendre le symbolisme qui se rattache à cette plante. Vénus / Aphrodite est la Déesse de l’amour dans toutes ses dimensions, avec un accent bien particulier pour la fécondité et le charme sexuel. Elle incarne en fait dans son profil divin les aspects jeunes de la grande Déesse. Elle est la vitalité, la jeunesse, la beauté, le désir sexuel, tout ce qui mènera à la phase suivante de la grande Déesse, celle de la Mère. Dans ses diverses péripéties mythologiques, la Déesse Vénus, presque toujours liée au principe de l’amour, n’hésite pas à user de mille stratagèmes et autres philtres magiques afin d’arriver à des fins souvent torrides. Vénus nous rappelle en permanence les nombreux aspects et voies qui conduisent au principe sacré de fécondité. Elle est la vulve divine, le réceptacle divin, le Graal qui reçoit la semence supérieure de la vie. 

 

Certains rites antiques ou bien leur survivance au travers des différents âges, et ceci malgré les interdits et l’obscurantisme du christianisme oppresseur, permettent de bien saisir la connexion qui existe entre la verveine et le monde magique de la fonction production-reproduction. Guérisseurs et autres sorciers de l’antiquité la faisaient entrer dans la composition de nombreux philtres d’amour, ils l’avaient en très haute estime pour son pouvoir hautement bénéfique, un pouvoir de purification. Ils lui reconnaissaient à ce titre de purification des vertus pour guérir l’épilepsie, les maladies de peau, les contusions, les angines, les fièvres. En la faisant bouillir avec du vinaigre (1 litre de vinaigre et 2 poignées de verveine), elle servait par exemple à faire un onguent pour extraire le sang meurtri, ainsi que pour faire des emplâtres contre les rhumatismes, les sciatiques et les maux de tête. 

Nous avons vu que la verveine placée dans un berceau menait le nouveau-né vers un futur plein de connaissance. Mais ce n’est pas tout. Car le même rite, apportait pour l’avenir du bébé des promesses de richesse et d’abondance. Le monde paysan lui aussi utilisa la verveine pour ses promesses magiques de bonne récolte. Il était coutume de mettre un peu de verveine dans les chaussures afin d’éviter les symptômes de la fatigue, encore un lien indirect avec la purification. Portée comme amulette, les anciens croyaient que la verveine avait le pouvoir de rejeter toutes les énergies négatives, et de rendre fort et vigoureux en amour. Suspendue dans une maison, la verveine était censée protéger le foyer contre les mauvais esprits et la maladie. Par ailleurs, il faut noter aussi que les feuilles de verveine séchées ressemblent étrangement à des chrysalides, ce qui se rattache symboliquement à la transformation et à la renaissance.

Mais revenons-en à l’amour, car c’est bien en ce domaine que la plante fut un grand succès. Pour conquérir le cœur et le sexe de l’être aimé, la verveine occupait presque toujours une bonne place dans les philtres d’amour. Ces potions magiques devaient permettre que deux êtres s’unissent amoureusement dans ce qu’il y a de plus beau mais aussi de plus érotique…car n’oublions pas que pour nos ancêtres «cœur et cul» vont toujours ensemble, tout comme l’âme et le corps. Chez les Germains, dans une survivance rituelle tardive mais dont les racines remontent à l’antiquité païenne, il fallait recueillir la verveine au moyen d’outils dorés ou argentés. Ces couleurs ne sont pas un hasard, car l’aspect doré nous renvoie au symbolisme solaire, alors que celui d’argenté nous met en connexion avec le symbolisme lunaire. Il fallait laisser reposer la verveine toute une nuit jusqu’à ce que la rosée matinale recouvre bien la verveine. Les nuits sacrées, comme celle qui précède le solstice d’été, étaient particulièrement propices pour la cueillette de la plante. Dans toutes les traditions païennes, la rosée matinale joue un rôle essentiel pour la purification rituelle. On versait sur la terre tout autour du miel et de la cire d’abeille pour activer la force magique de la verveine. Ce n’est qu’ensuite que cette verveine était prête pour entrer dans la composition d’un philtre d’amour. 

Dans la région celto-germanique du Harz en Allemagne, lorsqu’une personne ne se sentait plus aimée par son/sa partenaire, il était d’usage au moment du solstice d’été de cueillir de la verveine, de les lier en 7 bouquets avec 7 liens différents. La personne en mal d’amour devait ensuite mettre le tout sous le coussin de la personne convoitée, ce qui devait alors éveiller chez cette dernière la passion amoureuse qu’elle avait perdu. 

Un grimoire de 1850 explique que la verveine rend amoureux parce que son suc génère beaucoup de sperme. J’ignore si ceci est vrai, mais au niveau du symbolisme, cela correspond bien à l’aspect «reproduction» de la 3è fonction indo-européenne. 

 

L’amour et la haine sont des sentiments qui parfois se rejoignent, car les contraires s’attirent pour générer un certain équilibre des forces. C’est ainsi que dans nos panthéons européens la Déesse de l’amour s’unit fréquemment au Dieu de la guerre, comme par exemple Vénus et Mars. Cette relation amour/guerre se retrouve de manière conséquente dans certains rites tardifs, qui eux aussi sont, selon toute probabilité, des restes d’anciens rites païens. Il suffit d’en corriger les influences chrétiennes pour retrouver l’esprit originel du rite. Un de ces rites consistait à cueillir un bouquet de verveine de la main gauche, et de dire ensuite la formule suivante : «je te cueille par la force de Lucifer et de Belzébuth, mère des trois démons. Qu’ils aillent tourmenter X… du haut en bas, et qu’en un jour s’accomplissent ma volonté !» Il est clair qu’ici les démons chrétiens sont des rajouts postérieurs survenus avec la christianisation forcée. Ceci semble d’autant plus évident que l’erreur de nommer Belzébuth «mère» de trois démons, et non «père», est révélateur ; le rituel originel devait s’adresser à des Déesses, et non à des entités masculines. De plus, les «3» démons pourraient bien être un lointain souvenir de la triple Déesse Aphrodite-Séléné-Hécate, ce qui semble plutôt logique lorsqu’on connaît les racines traditionnelles antiques de la verveine. Contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier abord, ce rite n’est pas une malédiction. Il cherche à tourmenter la personne avec la passion amoureuse. C’est une vague incontrôlable d’amour aveugle qui devrait ainsi conquérir l’esprit de la personne visée. 

Un autre exemple de rite tardif qui illustre bien le lien de la verveine avec les philtres d’amour est le suivant. L’objectif était de faire danser une fille en chemise, forme pudique pour dire qu’elle danse nue. Un tel objectif est bien-sûr lui aussi en connexion étroite avec le désir sexuel et l’amour. Il fallait prendre de la marjolaine, du thym sauvage, de la verveine, des feuilles de myrte avec 3 feuilles de noyer et 3 petites souches de fenouil. Le tout devait être cueilli la veille du solstice d’été avant le lever du soleil. Il fallait faire sécher ces plantes à l’ombre, les réduire ensuite en poudre. C’est cette poudre qu’il fallait souffler sur la fille afin que cette dernière en respire. L’effet concluant devait alors suivre de près, à la grande joie de celui qui avait exécuté le rite. Cette recherche érotique se trouve confirmée par le fait qu’il était aussi recommandé d’allumer près de la fille des lampes avec de la graisse de lièvre et de bouc, animaux dont le symbolisme se rattache énormément au symbolisme sexuel. 

 

Nous pourrions encore consulter de nombreux autres détails intéressants concernant la verveine et ses aspects magico-religieux, mais à ce stade nous pouvons constater sans problème à quel point la verveine fut vénérée par nos ancêtres païens pour ses vertus diverses, érotiques et hautement sacrées à la fois.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • « Kleines Lexikon des Aberglaubens », Ditte und Giovanni Bandini
  • « Le livre des herbes étrangleuses, vénéneuses, hallucinogènes, carnivores et maléfiques. », Pierre Ferran

 

Liens :

  • http://sciences.gloubik.info/spip.php?article629
  • http://www.doctissimo.fr/html/sante/phytotherapie/plante-medicinale/verveine.htm#histoire-de-l-utilisation-de-la-verveine-officinale-en-phytotherapie
  • https://www.magievegetale.fr/precis/simples-medecines/verveine

 

Mercredi 12 Septembre 2018