Les Pommes d'Or

A l'origine de l'immortalité et de la connaissance

Dans l'ancienne Europe païenne les pommes d'or sont le thème central de plusieurs mythes. Certains de ces mythes sont très proches l'un de l'autre. Ceux du jardin des Hespérides et de la Déesse Idunn par exemple relèvent d'une même dimension symbolique. Les pommes d'or sont des fruits sacrés et merveilleux. La couleur de l'or les relie directement à l'énergie du soleil. Elles confèrent l'immortalité, l'éternelle jeunesse, et la connaissance à qui en mange. Il fallut attendre l'avènement du judéo-christianisme pour faire de la pomme un symbole mauvais, celui qui serait selon leur fable le repsonsable du péché originel. Rappelons au passage que le péché, et encore plus s'il est originel, est une notion totalement inconnue de nos ancêtres païens. Car pour les traditions polythésites, le bien et le mal absolus n'existent pas. Ces notions absolutistes et monovisionnaires sont nées au Proche-Orient, loin des contrées de nos ancêtres... 

 

Chez les Celtes la pomme est le fruit magique de la connaissance. Le Dieu Lug, dont une des caractéristiques est la connaissance dans tous les domaines, impose une quête aux trois fils de Tuireann. Cette quête est entre autres celle de trois pommes du jardin des Hespérides (l'équivalent celte de ce jardin). Celui qui goûte de ces pommes n'a plus jamais faim ou soif, ne tombe plus jamais malade, ne ressent plus de douleur. De plus il lui est offert la clé de certains mystères, car le pommier est un arbre de l'autre monde, il apporte la lumière de la connaissance. Le pommier garde une étroite relation avec l'île merveilleuse d'Avallon. Il faut noter d'ailleurs que dans les langues celtiques, pommier se dit abellio. Or dans la région celte des Pyrénées, le Dieu solaire de la lumière se nomme justement Abellio. Il est l'équivalent du Dieu gaulois Bélénos, du Dieu germanique Balder, ou encore du Dieu grec Apollon. Cette relation étymologique permet de saisir la dimension solaire qui se cache derrière le symbolisme de la pomme. Cette ressemblance lingüistique est en tous cas troublante: abellio, Avallon, Abellio, Apollon... Hasard ou non ?...

 

Chez les Grecs de l'antiquité, les pommes d'or se trouvent dans le jardin des Hespérides. Ce jardin est gardé par un dragon. Ces pommes aussi confèrent l'immortalité à ceux qui les consomment. Elles sont les fruits qui maintiennent éternellement la jeunesse, elles sont source de perpétuelle fraîcheur, et permettent la réalisation d'un des principes sacrés liés à la conception des cycles: celui du renouvellement. Le mythe grec des pommes d'or va lui par contre nous montrer que la pomme est aussi un symbole chtonien, lié à la terre au principe sacré de fertilité et fécondité. Car en effet c'est la Déesse Gaïa, la Terre-Mère, qui donna à la Déesse Héra, la reine du ciel, les pommes d'or afin que celle-ci les planta dans le jardin des Hespérides. Au travers de Gaïa et de Héra, on peut affirmer donc que les pommes d'or possèdent une double symbolique: chtonienne et ouralienne, terrestre et céleste. Ce double aspect se retrouve encore de nos jours avec la pomme du pommier qui est aérienne, donc céleste, et la pomme-de-terre qui comme son nom l'indique, procède des entrailles de la terre. 

Mais revenons aux Hespérides. Qui sont elles? La légende grecque se mélange ici avec un mythe païen très certainement d'origine berbère, d'autres pensent aussi à des influences de la civilisation de Tartessos dans le sud de la péninsule ibérique. Les Hespérides sont trois filles nées de l'union du titan Atlas et d'Hespéris. Ces trois nymphes ont une mission sacrée: celle de garder les pommes d'or du jardin. Les auteurs de l'antiquité situent géographiquement cette terre bienheureuse à la fin de la cordillère de l'Atlas. La cordillère de l'Atlas se trouve en Afrique du nord, un territoire correspondant dans l'antiquité à la civilisation berbère, un peuple de race blanche du type méditerranéen. À la fin de cette cordillère se trouvait donc le jardin des pommes d'or, une terre merveilleuse où il faisait bon vivre et où il faisait toujours beau. Deux hypothèses géographiques furent avancées pour le jardin des Hespérides: le sud de la péninsule ibérique ou les îles Canaries. 

Ce jardin reçut un "invité" célèbre en la personne d'Héraclès. Le onzième de ses douze travaux fut la conquête des pommes d'or. Pour cela Heraclès tua le dragon aux cent têtes qui en gardait l'entrée. 

 

Dans la tradition païenne nordique, les pommes d'or sont gardées par la Déesse Idun (prononcer Idounn). Ces pommes ont exactement la même fonction que celles des Hespérides: elles confèrent l'immortalité et l'éternelle jeunesse. Les Dieux eux-mêmes doivent d'ailleurs en manger afin de conserver leur âge et leur immortalité. L'accent est encore une fois mis sur l'aspect régénérateur, le renouvellement sacré lié à la conception cyclique. Les pommes sont une partie de l'energie vitale du soleil et de la terre qui s'unissent dans un même fruit. La Déesse Idun, dont le nom signifie "la rajeunisseuse", protège jalousement les pommes d'or. Elle est l'épouse du Dieu poète Bragi, une hypostase du Dieu Odin. Loki et le géant Thjazi capturèrent un jour la Déesse Idun et ses pommes. Ce rapt et ce vol causa un grand trouble chez les Dieux Ases, un drame qui se solda par le retour à la raison de Loki et la mort de Thjazi. L'immortalité des Dieux était ainsi sauve. L'ordre divin pouvait alors continuer de tourner en harmonie avec la grande roue du destin.

 

Hathuwolf Harson 

 

Sources :

Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Lexikon der germanischen Mythologie, Rudolf Simek

 

Mercredi 28 Juin 2017

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