Les Plaines et Vallées

Comme toutes les autres formations naturelles, plaines et vallées ont elles aussi une valeur symbolique qui remonte à nos anciennes sagesses païennes d’Europe. 

 

La PLAINE est une vaste étendue sauvage ou cultivée. Peu d’arbres y poussent en général. En plaine sauvage poussent de hautes herbes qui favorisent une vie animale intense, partant des insectes qui vivent au milieu de mille et une fleurs jusqu’aux grands mammifères maîtres des lieux. La terre des plaines est habituellement très riche, raison pour laquelle l’homme y trouva une situation idéale pour cultiver fruits et légumes. 

Ainsi, qu’elle soit sauvage ou travaillée par l’homme, la plaine est à mettre en connexion avec les notions d’abondance, de richesse, et de fertilité. 

 

Mais la plaine est aussi un symbole de l’espace ouvert, de l’illimité terrestre. Elle est une image de l’infini dans sa dimension horizontale. Dans ce contexte, les anciens y voyaient une expression de l’immense pouvoir et des bienfaits de la Terre-Mère, un aspect de la Terre-Mère qui pour une fois ne s’oppose pas aux Divinités ouraniennes, car ici nous sommes au contraire en présence d’une harmonie et d’une union ente la Terre et les forces célestes. Le ciel et la terre semblent en effet s’unir dans l’horizontalité, une horizontalité qui est à mettre en lien avec la notion du Devenir telle que l’avait définie Heidegger. Le Devenir, symbolisé par l’axe horizontal de la roue solaire, figure tout ce qui est soumis au temps, au principe de vie-mort-renaissance. Le Devenir et tout ce qui est horizontal sont sous influence féminine (comme la terre), alors que la verticalité se caractérise par l’influence purement masculine. 

 

Dans les anciennes traditions, les plaines ont souvent désigné l’Autre Monde, un monde parallèle au-delà de la mort. Chez les Celtes d’Irlande existe par exemple Mag Meld, «la plaine des plaisirs» qui correspond à une des nombreuses versions celtiques de l’Autre Monde. Mag Fàl désignait la plaine de la souveraineté. La Déesse celtique Macha est intimement liée aux plaines, certains disent même qu’elle serait une personnification de la plaine, en plus de symboliser la souveraineté guerrière. La plaine semble avoir été le pays idéal pour la prospérité des hommes, en opposition à la montagne plutôt réservée aux puissances divines. Dans ce même état d’esprit, on retrouve dans la tradition païenne gréco-romaine les Champs Élysées, un Autre-Monde constitué par une plaine de joie et d’éternelle jeunesse, une plaine fleurie où les siècles sont des minutes, où les gens ne vieillissent point. Dans le paganisme germano-nordique, il faut relever la présence d’une «plaine éclatante, brillante», celle qui se nomme Iðavöllr, un endroit réservé aux Dieux se situant près d’Asgard. Cette plaine apparaît aussi comme un Autre Monde plein de richesses naturelles où les forces peuvent se régénérer comme dans une fontaine de jouvence.

 

La VALLÉE possède un symbolisme très similaire à celui de la plaine. Située au pied de collines, d’élévations naturelles, la vallée offre elle aussi une dimension symbolique horizontale liée à la prospérité, à la fertilité et au bien-être. La vallée représente le refuge dans un cadre montagnard, là où il fait bon vivre, et où se trouvent les terres les plus fertiles, les terres basses. Ce terme même de «terres basses» figure bien la relation avec les terres d’en-dessous, celles du monde chtonien et de la Terre-Mère. Avec sa forme creuse, la vallée ressemble à un réceptacle, un récipient destiné à recevoir les forces venues des sphères célestes. Tout comme pour la plaine, la vallée stimule l’idée d’une union entre ciel et terre, car c’est le lieu des transformations fécondantes qui se concrétisent par l’abondance et de riches moissons. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

"Dictionnaire des symboles", Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

«Animal-Chamán – La sabiduría y los poderes mágicos y espirituales del mundo animal», Ted Andrews

 

Mercredi 1 Novembre 2017