Les Pierres de Foudre

Des Pierres Sacrées, Héritage du Paganisme Indo-Européen...

 

C’est une très ancienne coutume indo-européenne que nous allons découvrir ici. Il y a quelques années, en m’intéressant aux mystérieuses Pyrénées, à ses us et coutumes qui remontent à la nuit des temps, je suis tombé sur un phénomène que l’on retrouvait d’un bout à l’autre de cette chaîne de montagnes envoûtantes. Jusqu’à des dates bien avancées du siècle dernier et probablement encore présentes dans plus d’une vallée, les anciens avaient pour habitude de protéger leurs bergeries et foyers contre la foudre au moyen de mystérieuses pierres. Ces dernières furent logiquement baptisées du nom de «pierres de foudre». On les suspendait en général à l’entrée de la bâtisse. En Roussillon, on les nommait «Peires de Llam», en Ariège leur nom était «Peyras de Lamp», «Peyras de Pigote» en Gascogne, et «Ozkarri» au Pays Basque. De fil en aiguille, j’allais rapidement découvrir que l’origine de ces pierres de foudre ne se limitait pas aux Pyrénnées, très loin de là même, puisqu’elles étaient présentes dans de nombreuses traditions païennes d’Europe. Germains, Grecs, Romains et Celtes entre autres pratiquaient l’usage des pierres de foudre. Et plus étonnant encore est de constater que cette pratique païenne était aussi connue un peu partout dans le monde, comme par exemple dans les traditions païennes du Japon, de Birmanie, ou de l’Inde. 

 

Ces pierres étaient souvent de véritables pièces archéologiques, puisqu’elles comptaient parmi elles des pointes flèches en silex datées du paléolithique. D’autres pierres de foudre étaient des haches polies remontant à la même époque préhistorique. Mais, il existait aussi d’autres types de pierres qui accomplissaient les mêmes fonctions, et très nombreuses par le passé. Pline l’ancien y faisait déjà allusion au 1er siècle de notre ère. Il nomme ces pierres les Céraunies, mot qui vient du grec ancien κεραυνός (keraunos) qui signifie «foudre». Ce qui correspond bien au terme de «pierre de foudre» encore utilisé de nos jours. Pline la décrit comme étant une pierre cristalline aux reflets bleus, une pierre qui absorbe la lumière des astres, ce qui la relie au monde ouranien, au domaine céleste donc. Toujours dans la tradition païenne des Romains au 1er siècle, c’est Agricola qui en parle le mieux en expliquant que «La Céraunie tire son nom de ce que, selon l'opinion vulgaire, elle tombe avec la foudre. Elle n'a ni stries, ni lignes, et diffère ainsi de la Brontée. Elle est lisse, tantôt ronde, tantôt oblongue.» La céraunie fut associée aussi à la néphrite et à la fulgurite. 

La croyance était ainsi que ces pierres naissaient de la foudre, qu’elles tombaient du ciel. C’est ainsi le Dieu de la foudre qui les lance en même temps que ses éclairs. Et comme on prétend que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit, on croyait que ces pierres chargées et formées par l’énergie de la foudre, protégeaient contre le danger de la foudre. Voilà donc pourquoi les anciens montagnards pyrénéens plaçaient ces pierres de foudre à l’entrée de leurs bergeries isolées. Aux dires de Suétone, l’empereur romain Auguste possédait une véritable collection de pierres de foudre qui étaient dans ce cas toutes des silex taillés et des haches de pierre. Chez les Romains, ces pierres de foudre, surtout dans leur forme d’une hache, étaient associées au plus grand des Dieux, à Jupiter le Maître de la foudre. Quelques siècles plus tôt dans le monde grec, lorsque Pythagore arriva en Crête, lors de ses nombreux voyages, les prêtres du mont Ida le purifièrent à l’aide de pierres de foudre. 

 

Dans la tradition païenne germanique, ces pierres de foudre étaient présentes depuis longtemps. Elles sont encore connues de nos jours en allemand sous le nom de Donarkeil, mot qui se traduirait par «le taquet de Donar», Donar étant le Dieu de la foudre des Germains, ce qui confirme encore une fois que toute la puissance du Dieu et de la foudre est contenue dans ces pierres magiques. Les autres langues germaniques possèdent également un terme pour ces pierres de foudre: les Thunder Stones en Angleterre, les Donderbeitels aux Pays-Bas, les Tordensteen au Danemark, les Tonderkile en Norvège, les Thorsviggar en Suède. Il est intéressant de noter au passage qu’en suédois et en danois on retrouve la racine du nom du Dieu Thor, alors qu’en norvégien la racine fait juste référence à la foudre (Tonder). Et c’est au 4è siècle qu’un auteur latin d’origine celtibère du nom de Prudence, nous parle des guerriers germains qui portaient sur leurs casques d’éclatantes céraunies. Ceci nous permet de conclure à propos des Germains que ces derniers utilisaient aussi ces pierres de foudre comme des amulettes pour se connecter avec leur Dieu Donar. Cette idée d’une amulette est d’ailleurs confirmée par les fameuses Donarkeulen, les massues de Donar, des amulettes qui étaient les ancêtres des célèbres Mjölnirs, les marteaux de Thor. 

 

Dans les Pyrénées, cette tradition semble être un héritage des Romains mais aussi et surtout des Celtes. Au début du 5è siècle, le poète latin d’origine grecque Claudien mentionne dans ses vers la chose suivante: «Et dans les antres des monts Pyrénéens, les nymphes des eaux ont recueilli des céraunies de feu.» Pourquoi de « feu»? Tout simplement parce qu’elles sont tombées du ciel avec la foudre. Pourquoi des nymphes? Parce qu’en prenant des céraunies tombées dans un lac, la pierre de foudre possède un pouvoir supérieur, puisque dans ce cas elle unit l’énergie céleste (foudre) et terrestre (l’eau d’un lac ou d’une rivière). 

Chez les Celtes dans le cycle ossianique, les héros solaires plaçaient au creux de leurs boucliers une pierre polie et tranchante consacrée par les druides, cette pierre portait le nom de «pierre de foudre». Ici, on peut en déduire qu’elle devait apporter la protection du Dieu guerrier de la foudre, tel Taranis chez les Gaulois. Chez les Celtes, les Mengurun (Men Gurun) étaient la dénomination des pierres de tonnerre, les pierres de foudre. En plus d’amulettes de taille normale, il semblerait que certains rochers et même des menhirs furent associés aux pierres de foudre. 

 

Honneur donc à ces pierres de foudre! Car elles sont un de ces très nombreux héritages païens que nous avons reçu directement de nos plus lointains ancêtres indo-européens. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • «Petit dictionnaire de mythologies basque et pyénéenne», Olivier de Marlave
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Thunderstone_(folklore)
  • https://fr.wiktionary.org/wiki/céraunie
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Fulgurite

 

Vendredi 14 Septembre 2018