Les Marais

Dans le célèbre roman de Tolkien "Le seigneur des anneaux", les Hobbits accompagnés de Gollum sur leur chemin vers Mordor, traversent une vaste zone de marécages. Ils se retrouvent confrontés à la vision des morts qui demeurent dans ces lugubres marais. Cette vision n’est pas le fruit de l’imagination de l’auteur. Elle correspond en fait au symbolisme des marais hérité des traditions païennes européennes. 

 

Dans la tradition germanique, il existait de nombreuses zones marécageuses considérées comme sacrées, des zones connues en allemand sous le nom de "Moorlandschaften". Tacite décrit au 1er siècle de l’ère vulgaire ces marais comme des endroits où les Germains réalisaient des offrandes à leurs Divinités, en particulier à leur grande Déesse Nerthus, la Terre-Mère. Pour certaines occasions extrêmes, ils y effectuaient entre autres des sacrifices humains. Ceci nous est confirmé par plusieurs corps momifiés mis à jours par l’archéologie. Des cas similaires furent observés par les archéologues pour la tradition celtique insulaire (en Grande-Bretagne et en Irlande). Tout ceci vient corroborer le symbolisme des marais, un symbolisme fortement lié à la Terre-Mère et à la mort. 

 

Les marais sont en effet un lieu de décomposition et de putréfaction. L’eau et la terre s’unissent dans les marais de forme passive mettant en marche le processus naturel de la putréfaction. C’est un processus qui connecte directement avec la mort. Mais cette mort n’est pas vue comme la fin définitive de la vie, car elle entre de fait dans la conception très païenne des cycles. La vie mène à la mort, et de cette dernière surgit une nouvelle vie. Tout comme dans les cycles saisonniers, la mort n’est qu’apparente. C’est le principe ancestral de Vie-Mort-Renaissance. La décomposition qui s’opère dans les marais, reflète parfaitement ce principe de transition au travers duquel le «vieux» se dissout pour laisser place à quelque chose de nouveau. «Il faut mourir pour renaître» dit le vieil adage païen, ce qui illustre très bien le symbolisme des marais. 

 

Le symbolisme de la boue rejoint de la même manière celui des marais. L’union de la terre et de l’eau font appel au concept de la vie qui meurt et qui renaît, le tout dans un processus naturel de transition et de transformation. C’est la Déesse-Mère qui enlève la vie pour la redonner d’un autre côté. La boue est la substance de la naissance à travers laquelle apparaît la matière. Elle nous connecte avec l’élément primordial de la terre dans un esprit de fécondation cyclique. L’immobilisme des marais est justement le miroir de la passivité symbolique de ses paysages. Les marais sont les endroits sacrés de nature féminine où se génère la matière indifférenciée et primordiale. Ils sont aussi un endroit d’initiation où le novice entre en contact avec les principes décrits ci-dessus. Les marais sont à ce titre un centre spirituel. Ce n’est pas un hasard si dans l’ancienne Grèce les marais étaient comparés symboliquement au labyrinthe qui est le chemin de l’initiation spirituelle. La psychanalyse fait d’ailleurs la connexion entre marais et inconscient humain, un lieu maternel qui permet les germinations invisibles. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

«Animal-chamán – La sabiduría y los poderes mágicos y espirituales del mundo animal», Ted Andrews

«Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

 

Mercredi 1 Novembre 2017