Le Vent

Porteur de peines et de joies...

Comme bien d’autres symboles des traditions païennes, le vent possède un double aspect. Car en effet le vent en tempête et le vent modéré se différencient profondément dans leurs aspects symboliques.

 

La tempête de vent, élément naturel qui tourmente souvent les froides nuits d’automne, est associée dans les diverses traditions d’Europe aux forces du chaos, celles qui relèvent des Géants, des Titans, ou de Divinités très anciennes. La tempête de vent se caractérise par son instabilité, son inconstance, et sa violence. Ces trois notions sont de fait tout à fait applicables au monde des Géants. Chez les anciens Grecs, les vents étaient vus comme des forces inquiétantes et turbulentes. Ils sont issus du monde chtonien, de l’infra monde. Les vents sont soumis aux caprices de puissances titanesques contenues dans les profondes cavernes des îles éoliennes. Leur roi est le Dieu Eole, il est le maître absolu de tous les vents. Ce Dieu remonte probablement à un archétype dont l’origine est incertaine. Il est celui qui apporte un certain ordre au sein des puissances chaotiques du vent. Cet ordre est formé sur la base des axes de la roue solaire, car en effet on reconnaissait à cette époque quatre vents principaux : le vent du Nord (Borée), du Sud (Auster), de l’Est et du matin (Eurus), de l’Ouest et du soir (Zéphir). Ces quatre vents ont ainsi leurs correspondances avec les quatre branches de la roue solaire, symbole de l’ordre et de l’équilibre cosmique. 

 

Les tempêtes de vent trouvent en automne un terrain très favorable. C’est la période cyclique pendant laquelle le Dieu germanique Wotan (Odin) chevauche à travers les cieux tourmentés à la tête de la grande chasse sauvage. Le vent dans son aspect sombre et chaotique est ici un véhicule qui permet aux Esprits des morts de chevaucher aux côtés du Père des Occis. Selon les anciens mythes, cette chasse est sans fin car les défunts sont véritablement condamnés à poursuivre des proies qu’ils n’attraperont jamais. Ceci est une figuration de l’éternel retour des cycles qui ne prend jamais fin. Dans toutes les traditions païennes, la conception liée aux cycles est fondamentale. La tradition germanique de la chasse sauvage et des tourmentes automnales a survécu dans de très nombreux récits populaires. C’est ainsi par exemple qu’en Suisse il existe encore la coutume de dire que les tempêtes nocturnes sont le fait du « Türst », le chasseur infernal. Ce dernier excite ses chiens à coups de « Hoho » qui réduisent au silence tout ce qui se met en travers de leur chemin. Il faut remarquer au passage que ce nom germanique de Türst possède une parenté linguistique avec le terme germano-nordique de « Thyrse », les Géants de la glace. Avec bien d’autres mythes populaires, la tradition germanique a conservé le souvenir du vent comme un véhicule pour les Esprits venant des autres mondes. Tout particulièrement les tourbillons étaient vus comme étant un véhicule pour les Fées, les Elfes, et autres Esprits du monde surnaturel. Ces Esprits se déplaçaient en se fondant dans le vent. On croyait aussi à la « fiancée du vent », un esprit féminin qui était l’âme même du vent. Cette Windsbraut (Fiancée du vent) était représentée comme une Géante qui chassait en se déplaçant avec le vent, mais qui en même temps était pourchassée par ce même vent. Si l’on jetait un couteau ou tout autre objet dans un tourbillon de vent, selon la tradition il était possible de faire apparaître sous sa forme humaine la Windsbraut. 

 

Le vent modéré quant à lui nous mène loin de la violence déchaînée des Titans et de leurs tempêtes. Il est en premier lieu lié à la fertilité, c’est la fameuse expression « je sème à tous vents ». Le vent est dans ce contexte considéré comme celui qui apporte avec lui les semences pour les plantes de la saison suivante. Il faut d’ailleurs s’arrêter un instant sur cet aspect car il permet de dater de manière approximative l’origine de ce symbolisme de fertilité lié au vent modéré. Le fait que ce soit le vent qui apporte les graines, et non les hommes qui plantent ces mêmes graines, nous renvoie logiquement à une époque antérieure à l’agriculture. Il est donc raisonnable de chercher cette origine à l’époque du paléolithique. 

L’autre aspect du vent modéré est celui qui le relie au souffle de vie. C’est ce vent qu’utilise le Dieu Wodan (Odin) pour insuffler la vie au premier couple humain. Ce vent devient ici l’énergie divine qui donne la vie, celle qui met en marche le principe même de la vie, car le souffle est générateur de mouvement, et toute vie est basée sur le mouvement rythmique des cycles. Dans la tradition celtique, cette notion était connue comme le « vent druidique ». C’était une représentation du pouvoir magico-religieux des druides sur les éléments, le véhicule du souffle sacré des Dieux. 

À la vue de cet aspect double, le vent peut donc être porteur de joies comme de peines. Il est donc important de savoir quel vent il est préférable de chevaucher et par lequel il est bon de se laisser porter, afin de ne pas se jeter dans les bras de forces titanesques incontrôlables.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

« Kleines Lexikon des Aberglaubens », Ditte und Giovanni Bandini

« Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

 

Mercredi 1 Novembre 2017


Cultes païens...

La respiration et le souffle des Dieux, c’est ainsi que les anciens nommaient le vent. Nous avons déjà vu le symbolisme qui se rattache au vent (voir lien à la fin). Dans cet article, nous allons nous pencher sur certains détails cultuels liés au vent. Rappelons d’abord que le symbolisme du vent se divise principalement en deux aspects : la tempête et le vent «normal». Le premier est à mettre en relation avec les forces titanesques (les Géants du chaos), et le deuxième avec le souffle de vie généré par les forces divines du ciel. Dans nos mythologies européennes, deux grandes Divinités reflètent le vent. Chez les Grecs, c’est le Dieu Éole, et chez les Germains et Nordiques, c’est Wotan / Odinn qui régit les vents en terre ferme, et Njörd pour les vents marins. Même si dans les autres mythologies la figure divine du vent est plus floue, le vent comme élément supérieur est cependant très présent. La direction du vent joue un rôle important. Selon qu’il vient du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest, le symbolisme peut être très différent. De plus pour l’agriculture, si c’est un vent qui apporte habituellement les nuages et la pluie, alors son symbolisme tourne autour des principes de vie, de fertilité et d’abondance. Pour les marins aussi le vent est d’une importance incontournable. Une bonne brise qui fait gonfler les voiles est le meilleur des dons divins. 

 

Nos ancêtres païens avaient l’habitude de faire des offrandes et sacrifices aux forces divines afin de rendre les vents favorables. Le vent est aussi l’élément qui mène la fumée des sacrifices auprès des Dieux. Pour cela des rites étaient célébrés près de lieux sacrés dans la nature ou bien auprès d’autels prévus à cet effet. Près de Corinthe dans la Grèce antique s’élevait un autel où les prêtres organisaient un sacrifice une fois l’an. Dans la tradition païenne de l’ancienne Crète, le culte au vent était très ancré dans les mœurs. Des rites réguliers étaient célébrés par une prêtresse spécialement dédiée au vent. À Athènes se trouvait un autel du vent boréal (le vent du nord), il se trouvait Ilissos près d’un étang. Et à Kephissos se trouvait un lieu de culte à Zéphyr, le vent de l’ouest. À Pergamon fut également trouvé un autel dédié exclusivement au vent. Le culte au vent était tellement important parfois, que l’on sacrifiait un être humain. Avant la bataille navale de salamis en 480 avant notre ère, Themistoclès fit sacrifier trois prisonniers perses afin d’obtenir des vents favorables. Un autre cas similaire est celui des Atrides après la guerre de Troie lorsqu’ils naviguèrent vers leur terre natale, ils furent ralentis par de forts vents contraires. Les Atrides décidèrent alors de sacrifier à Zeus, Héra, et à Dionysos Omestes. À la même époque, nous trouvons aussi le héros solaire Achille faisant une offrande aux Dieux du vent en Thrace, une libation de vin. 

 

L’antiquité nous a livré énormément d’exemples rituels qui avaient pour but de conjurer les forces du vent. Le philosophe Empédocle fit faire de grands sacs en peau d’âne afin d’attraper et ainsi arrêter le vent qui avait ruiné les cultures dans les champs. Le poète Pindare nous confie également que les Sirènes avec leurs chants magiques avaient le pouvoir de stopper les vents. Il y a 200 ans encore, sur l’île d’Ikaria, on pratiquait des rites païens pour invoquer les vents. Au sommet de la montagne à un endroit nommé Anemotaphia (la tombe du vent), on enterrait symboliquement le vent en plongeant dans un trou une cruche d’eau tout en récitant des formules magiques. Chacun des participants jetait alors une pierre dans le trou en lançant une malédiction. Ces rites furent bien-sûr interdits et persécutés par l’église chrétienne motivée par son grand soucis de faire disparaître toute trace de nos origines païennes. De tels rites ont encore lieu de nos jours sur l’île de Crète. Afin de calmer les vents qui font des dégâts sur les champs de blé, on forme un grand cercle autour des champs ou du village à l’aide d’un fil, car ainsi on pense pouvoir arrêter les vents ou du moins les contrôler. 

 

Le vent correspond à l’un des 4 éléments naturels dont la symbolique est fondamentale : l’eau, la terre ,l’air et le feu, le vent étant bien-sûr lié à l’élément Air. Dans de nombreuses traditions indo-européennes, le vent représente le souffle divin et l’esprit. Ceci est par exemple prouvé par le terme grec «pneuma» qui signifie aussi bien le «souffle» que «l’esprit», terme que l’on peut comparer au latin «anima». 

Tel que nous l’avons vu au début de cet exposé, dans la tradition germano-nordique, le vent en tempête était associé au Dieu Wotan (Odinn), en particulier durant l’automne lorsque le Dieu parcourait les cieux avec sa «chasse sauvage» (die wilde Jagd). Les esprits des morts sont condamnés à parcourir éternellement les cieux dans une furieuse chevauchée sous la direction du roi des Dieux, Wotan. Le Dieu Wotan est celui qui insuffla la vie aux premiers humains, et il est le maître du vent en tempête. L’élément Air est traditionnellement associé à la fonction souveraine, ce qui correspond bien à celle du Dieu. Dans certaines légendes tardives des peuples germaniques, ce n’est plus Wotan qui contrôle les tempêtes de vent, mais une figure féminine nommée «la fiancée du vent». Cette dernière est représentée comme une Géante. On disait qu’on pouvait l’invoquer et la forcer à calmer la tempête en jetant un morceau de linge dans le tourbillon du vent. 

Quant-aux marins, ils avaient pour coutume de faire un sacrifice à Njörd, le Dieu des régions côtières. Ils conjuraient ainsi les forces du vent afin qu’elles soient favorables. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

«Hoch und heilig », Friedrich Sander

«Kleines Lexikon des Aberglaubens», Ditte und Giovanni Bandini

«Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

 

Mercredi 1 Novembre 2017