Le Milieu Urbain

La ville relève d’un symbolisme quelque peu tardif, car certaines cultures païennes d’Europe comme celle des Germains et en grande partie celle des Celtes ou des Slaves, ne reconnaissaient pas le milieu urbain comme partie intégrante de leur culture originelle. Mais lorsqu’on prend en compte les traditions païennes du Sud européen, comme celle des Romains ou des Grecs qui furent urbanisées de bonne heure, il est évident que le symbolisme des villes prend une importance conséquente. Bien que le païen se sente logiquement relié à la nature, il ne serait pas raisonnable d’ignorer le symbolisme qui entoure le milieu urbain, surtout si l’on tient compte du fait que de nos jours une grande partie de la population vit dans des villes, une tendance qui est d’ailleurs exponentielle. 

La ville avec ses limites et ses frontières donne une sensation de protection. Elle délimite une zone où les gens se sentent à l’abri, protégées des influences externes. Ceci ne va pas sans un côté obscur, car la ville coupe l’être humain de la nature, elle l’en sépare et lui fait perdre ces liens avec la Terre-Mère. 

 

La ville héberge une forte densité de personnes diverses. La diversité de population donne un aspect souvent cosmopolite aux villes car elles concentrent des origines humaines variées, ce qui ne présente pas uniquement des avantages pour une société. Les problèmes que génèrent un tel brassage sont hélas tellement d’actualité qu’il n’est pas vraiment nécessaire de trop s’y attarder : perte d’identité, dissolution ethnoculturelle, conflits, ghettos, violence, criminalité, en sont ses visages les plus connus. Mais il existe aussi des aspects positifs à ce phénomène, telles que la flexibilité et l’adaptabilité, éléments nécessaires et même vitaux pour toute personne désirant vivre en milieu urbain. Apprendre à vivre en communauté est une des leçons que donnent les villes, du moins en théorie, car la réalité est souvent tout autre avec ses habitants qui souffrent de maux typiquement urbains : l’isolement, la solitude, et l’abandon familial. Cet isolement des personnes au sein des grandes villes est parfois compensé par le phénomène des bandes urbaines où les jeunes se réunissent en clans plus ou moins hiérarchisés. Ces bandes qui s’affrontent souvent entre elles pour des questions territoriales, ont d’ailleurs des traits communs avec l’organisation des clans dans les traditions païennes. Mais ce ne sont pas uniquement les jeunes qui cherchent l’esprit de clan. Très nombreux sont les habitants des villes qui rejoignent diverses associations, sociétés, et autres regroupements culturels ou sportifs. Les personnes retrouvent ainsi des notions fondamentales comme une identité, une communauté, et une vie sociale. 

 

Ce n’est pas un hasard du sort si les villes sont nées avec la révolution agricole du néolithique il y a quelques 10.000 ans, car encore de nos jours, les villes sont un symbole de la sédentarisation des peuples. Les camps des peuples nomades sont en général de forme circulaire, le rond étant une figuration de tout ce qui bouge, de tout ce qui est en mouvement. À l’opposé, les plans d’une ville reposent à l’origine sur une forme carrée, symbole d’immobilisme et de stabilité. Le carré d’une ville peut être issu d’une orientation sacrée avec ses deux grandes avenues qui forment les axes Nord-Sud, et Est-Ouest. Un tel plan urbain est une image des cycles et des quatre saisons annuelles. Le point d’intersection de ces axes désigne non seulement le centre de la ville, mais aussi le centre spirituel de la communauté, raison pour laquelle se trouve un temple ou une église à cet endroit même. 

 

La croissance démesurée des villes jette un voile très opaque sur ce symbolisme originel. Les formes géométriques que dessinent les villes modernes peuvent cependant être elles aussi intéressantes. Car le païen sait que le hasard n’existe pas, et il saura reconnaître parfois des formes symboliques révélatrices dans le plan d’une ville. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

«Animal-chamán – La sabiduría y los poderes mágicos y espirituales del mundo animal», Ted Andrews

«Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

 

Mercredi 1 Novembre 2017