Le Feu

Le FEU est certainement le symbole le plus ancien de l'humanité. Il faut remonter à l'aube de la civilisation humaine, et même au-delà, pour en comprendre les éléments fondateurs, ce qui à l'origine a forgé l'image et les valeurs liées au feu. Il y a quelques 400.000 ans en arrière (790.000 selon une version récente), le feu allait jouer un rôle décisif dans le processus civilisateur de l'espèce humaine. La domestication du feu changea les conditions de vie de l'homo erectus de manière radicale. Ce dernier pouvait alors se chauffer en se protégeant du froid, il pouvait manger chaud et ne devait plus se nourrir de viande crue, il pouvait éclairer autour de lui afin de voir dans l'obscurité, et il pouvait également l'utiliser comme une arme car le feu possède un pouvoir de destruction terrible. C'est une véritable révolution que le feu provoque dans la société des hominidés. Et ce sont les aspects de cette révolution, de cette guerre du feu, qui jettent les bases mêmes du symbolisme du feu. Les premiers aspects de ce symbolisme sont donc ceux de chaleur, de lumière, de qualité de vie, et aussi le pouvoir de destruction. 

 

Très tôt le feu fut associé à un autre symbole fondamental pour nos ancêtres païens: celui du soleil. Chaleur, vie, et lumière sont ici aussi les valeurs symboliques de base. Cette association feu-soleil fut ce qui déclencha la compréhension d'un autre phénomène lié au feu, celui de la conception cyclique. Tout dans le soleil est lié aux cycles naturels, le jour et la nuit, les saisons, la mort du soleil et sa renaissance après chaque matin et après chaque fin d'année. C'est ainsi que l'on a pu constater que le feu lui aussi peut renaître, il peut être ravivé à partir de braises, générant de la sorte un nouveau feu et un nouveau cycle. Le feu détruit une forêt ou un champ, mais ensuite le tout reverdit de plus belle. Le feu fut donc associé à cette autre métaphore que sont les cycles du principe de vie-mort-renaissance. C'est le pouvoir de régénération cyclique, base de toute conception païenne.

 

C'est certainement cette démarche symbolique que l'on retrouve dans le rite de la crémation des défunts. La crémation était particulièrement pratiquée par nos ancêtres Indo-Européens, et ceci à une époque très reculée de leur histoire. Ils voyaient dans la crémation du corps une dimension sacrée, vision qui fut rapidement ritualisée. Un corps qui brûle permet la transformation de l'être matériel en être spirituel, avec les flammes et la fumée, il monte vers les cieux et rejoint ainsi le monde des Dieux; tandis que les cendres mises en terre symbolisent le retour du défunt vers la matrice originelle, vers notre Mère la Terre. Le rite de crémation s'est très bien conservé dans la religion hindoue, et cela a son importance lorsqu'on considère que cette religion païenne est une descendante directe des traditions indo-aryennes de la préhistoire. 

 

Dans le Rig-Véda, un texte majeur de la tradition indo-aryenne, il est établi que la symbolique liée au feu sacré se présente sous un triple aspect:

- le FEU TERRESTRE, le Dieu du feu AGNI, le feu ordinaire, celui qui donne chaleur, lumière et vie.

- le FEU INTERMÉDIAIRE, le feu du Dieu INDRA, le Dieu de la foudre. Sous son aspect guerrier, ce sont les pouvoirs de destruction et de transformation qui sont ici mis en avant. 

- le FEU CÉLESTE, le Dieu du soleil SURYA au travers duquel on insiste sur son rôle de mort et de renaissance, et de tout ce qui est lié aux phases cycliques de la vie. 

Cette tripartition du feu est tellement caractéristique de la tradition indo-aryenne que l'on y retrouve sans problème la typique tripartition indo-européenne. La 3è fonction, celle liée à la production et la reproduction, se retrouve dans le "feu terrestre". La 2è fonction, celle liée à la guerre et à la noblesse guerrière, se retrouve dans le "feu intermédiaire". Quant à la 1è fonction, celle de la souveraineté, elle se retrouve dans le "feu céleste". 

 

Le feu possède aussi d'autres vertus, comme celle de la purification. Dans le chamanisme le feu purificateur joue un rôle très important, car il permet en invoquant son pouvoir de soigner de manière rituelle certaines maladies. On y reconnaît là d'ailleurs certaines notions liées à la rune germano-nordique Kaunaz / Kenaz. C'est ce même aspect purificateur qui était invoqué lorsque les druides celtes pendant le rituel de Beltaine faisaient passer le bétail entre deux grands feux. 

 

Une autre vertu du feu est celle du pouvoir de transformation matérielle. Le feu permet de diviser la matière mais aussi de la fondre en une nouvelle matière. Cet aspect symbolique est celui que l'on retrouve dans tous les mythes païens liés au forgeron divin (Vulcain, Héphaïstos, Völund,...).

 

Être entre deux grands feux nous renvoie vers un passage de la mythologie nordique, à un texte en particulier qui est celui du Grimnismal. On y voit en effet le Dieu Odin prisonnier entre deux feux. C'est le roi Geirröd qui l'a contraint à ce supplice. Odin est maintenu entre ces deux feux durant 8 jours sans qu'il puisse boire. Au bout de ces 8 jours, c'est Agnarr le fils du roi alors âgé de 10 ans qui viendra lui donner à boire. Ce passage des Eddas va bien plus loin encore, mais nous allons nous limiter à ces détails liés au supplice du Dieu Odin car ils sont révélateurs d'un message caché. Le feu prend en effet ici une dimension d'un rituel à caractère initiatique. Le feu opère dans ce cadre une volonté magique sur le supplicié, celle d'imposer la transformation liée encore une fois à la notion sacrée des cycles. Comme nous l'avons vu pour certaines pièces archéologiques de l'âge du bronze proto-germaniique, le chiffre 8 symbolise la nuit et l'accomplissement d'un cycle (huit-nuit, acht-nacht, eignt-night, ocho-noche,...), tandis que le chiffre 10 est la confirmation du nouveau cycle qui est en marche depuis le chiffre 9 (nine-new, neuf-neuf, neun-neu, nueve-nuevo,...). Depuis son sacrifice à l'arbre du monde, le Dieu Odin est connu pour être le Dieu lié aux initiations. Cette conception de régénération rituelle est donc parfaitement reflétée dans ce passage du Dieu Odin chez le roi Geirröd.

 

L'aspect primordial du feu, celui qui n'est pas maîtrisé par l'homme, est également représenté dans les anciens mythes païens du grand nord. Cet aspect sauvage et destructeur du feu est incarné par le géant Surtr. Lui et ses congénères sont les Géants du Feu, ils matérialisent le pouvoir destructeur absolu. Ce pouvoir se retrouve par exemple dans les volcans et leurs éruptions. Les anciens textes nous disent à ce propos que la vie est née de la rencontre et de l'affrontement des deux grandes races de géants, ceux de la glace et ceux du feu. Du feu et de la glace naquît en effet l'eau, l'élément primordial de toute vie. 

 

Et il ne serait pas juste d'oublier ici un des grands mythes païens lié au symbolisme du feu: c'est le mythe grec de Prométhée. Ce dernier vola aux Dieux le secret du feu pour le donner aux hommes. Il fut puni par les Dieux pour cela. Ce passage mythologique de l'ancienne Grèce nous renvoie au mythe fondateur de la conquête et de la domestication du feu par l'homme.

 

Tout ceci permet donc de comprendre pourquoi tant de nos rites païens sont liés au symbolisme sacré du feu. Car ils sont nombreux en effet ces rites où la présence cérémonielle du feu est notoire. Il suffit de mentionner les plus connus: les grands feux de joie du solstice d'été, les feux de pruification de Beltaine chez les Celtes, les feux de printemps, rites germaniques, où sur de grandes pentes on fait dévaler de grandes roues enflammées qui symbolisent le pouvoir fécondant du soleil qui s'unit à la Terre, les feux de Yule où pendant les rites du solstice d'hiver on célèbre la renaissance de la lumière, de la vie et du soleil. 

 

Je conclurai ici par un souhait: que le feu de la connaissance de nos lointains ancêtres brille sans cesse afin que soit toujours éclairée et féconde la voie cyclique de nos destins. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

"Dictionnaire des symboles" Jean Chevaleir et Alain Gheerbrant

"Lexikon der germanischen Mythologie" Rudolf Simek

"Symboles celtiques" Thierry Jolif

 

Liens :

Griminsmal

Le Dieu indo-aryen Agni

Le Dieu indo-aryen Indra

Le Dieu indo-aryen Surya

Les textes du Rig-Véda

Le mythe de Prométhée

Le forgeron Völund: (Symbole Païen)

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Mercredi 1 Novembre 2017