Le Désert

Pour les païens d’Europe, le désert relève d’un symbolisme complètement étranger à notre héritage ethnoculturel. Le désert a surtout imprégné les fables monothéistes venues du proche orient. Judaïsme, christianisme, et islam baignent dans un cadre symbolique où le désert joue un rôle très important. Il faut également noter que le désert eût aussi une importance pour les peuples païens du proche orient, avant que ces derniers se convertissent de grès ou de force au monothéisme. 

 

Pour les païens issus des traditions européennes, le symbolisme du désert est simple et sans détour. Le désert, c’est la stérilité et la mort. Rien n’y pousse, et l’eau, élément essentiel de tout principe de vie, y fait cruellement défaut. Pour tout païen européen, le désert ne peut donc que constituer un endroit hostile et repoussant. 

 

Pour les anciennes traditions païennes issues du proche orient, comme celles des peuples sémitiques, sumériens ou égyptiens, le désert est un lieu de l’indifférenciation principielle. C’est-à-dire que l’on y retrouve l’unité originelle, un lieu où tout se fond en un. C’est un endroit de purification où rien n’est encombré par la superficialité. Cette idée d’unité originelle basée sur le symbolisme de l’un et de l’unique, fut d’ailleurs un des facteurs culturels qui préparèrent la venue du monothéisme au proche orient.

 

Bien que normalement je n’aborde jamais le symbolisme vu par les monothéistes, je vais faire ici une exception, car cela permet de constater à quel point nos visions du monde et de la vie peuvent être différentes. Le monothéiste a repris l’ancienne conception d’uniformité principielle tout en y rajoutant une dimension spirituelle. Le désert serait ainsi un lieu pour se ressourcer, pour s’écarter de toute contrainte matérielle afin de ne travailler que sur l’aspect spirituel. C’est là que le monothéiste se sent loin de toutes les tentations matérielles. Il croit pouvoir mieux connecter avec son dieu dans le désert, car la vie sur terre n’est qu’une vallée de larmes où ne règne que le mal. Comme disait d’ailleurs jésus le nazaréen, «mon royaume n’est pas dans ce monde». Comme toujours, le monothéiste croit que la vraie vie est après la mort, et qu’ici-bas tout n’est que souffrance et motif de péché. 

Tout ceci s’oppose radicalement aux traditions païennes d’Europe où le sacré est ici et maintenant. Le païen aime ses sources, ses bois, ses montagnes, ses rivières, ses prairies verdoyantes et fleuries. Le péché et la tentation sont des idées complètement étrangères pour nos ancêtres païens. Ces derniers cherchaient au contraire l’harmonie avec leur cadre naturel afin de pouvoir se réaliser pleinement. Pour le païen, la séparation radicale entre corps et âme n’existe pas. Les deux vont toujours main dans la main car ils forment une entité composée et complexe. Les religiosités européenne et proche-orientale sont tellement différentes, que l’ont peut véritablement parler d’un gouffre culturel entre les deux, une des raisons pour laquelle le monothéisme n’aurait jamais dû mettre un pied en Europe…

 

Ceci dit, à titre personnel, j’aimerais rajouter quand-même que je lui trouve certains charmes au désert. Pour ceux qui aiment les minéraux et la géologie par exemple, le désert peut être très enrichissant. Mais ce n’est pas pour autant que je lui trouverai une valeur sacrée ou magico-religieuse. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

"Dictionnaire des symboles", Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

«Animal-Chamán – La sabiduría y los poderes mágicos y espirituales del mundo animal», Ted Andrews

 

 

 

Mercredi 1 Novembre 2017