Le Bois

Contrairement au métal ou à la pierre que l’on qualifie de «matières mortes», le bois est dans le mode des symboles une matière vivante. Le bois est vivant. Dans la tradition indo-aryenne, il est la materia prima, la matière première. Le bois est le plus noble. Il est proche de l’homme, il vit, il meurt, il a des maladies, des défauts, et des qualités. Il fait partie d’une race et diverses sous-espèces, ce qui ne l’empêche pas d’être en même temps fortement individualisé, tout comme l’être humain. Certaines métaphores latines du Moyen Âge font un parallèle entre la chair de l’homme et celle de l’arbre. Les veines du bois sont comparables aussi à celles de l’homme, veines par lesquelles monte la sève au rythme des humeurs et des cycles saisonniers. Alors que la pierre est plutôt un symbole de constance et d’éternité, celui du bois participe des cycles de la vie. Dans les traditions païennes germaniques, slaves, ou préceltiques, la très grande majorité des statues représentant les Divinités sont en bois, car cela donne vie à ces représentations divines. Le bois confère aux statues une puissance vitale qui anime l’image de la Divinité. 

Le bois comme matière de l’arbre, rejoint également le symbolisme de ce dernier. Il est donc une expression de la verticalité qui unit le monde d’en bas et celui d’en haut, le monde chtonien et ouranien. Par ailleurs, le bois est la matière par excellence des artisans et des charpentiers, il permet de transformer et de créer. Utilisé et travaillé par l’homme, le bois permet la création d’une grande quantité d’objets et de bâtisses, éléments d’une vie quotidienne qui nous maintiennent en contact avec la matière première et les forces de la nature. Jusqu’à des dates avancées du Moyen Âge européen, le bois reste la matière fondamentale pour construire ustensiles, maisons et temples, surtout dans les parties européennes qui sont héritières des traditions celtiques, germaniques, et slaves. La partie gréco-romaine était depuis longue date passée à la pierre et au métal, mais malgré cela le bois y conservait un aspect hautement sacré. Le terme grec «hylé» a le sens d’ailleurs de «materia prima». 

Dans la tradition germano-nordique, le bois est lui aussi la matière noble, pure, vivante, et expression des nombreux aspects de l’artisanat. Son lien avec le monde des Dieux est immortalisé par l’arbre cosmique Irminsul / Yggdrasil. Il unit les différents mondes et niveaux de conscience entre eux, il est l’arbre de la science, le bois est donc la chair de la science, il en est l’élément vital. Les inscriptions runiques à caractère magique étaient en général gravées sur du bois, alors que la majorité des inscriptions funéraires l’étaient sur de la pierre, élément d’immortalité. Les bois du frêne, du hêtre, du bouleau et de l’if étaient particulièrement vénérés par la culture germano-nordique.

Chez les Celtes aussi, le bois est la matière noble par excellence qui relie au symbolisme sacré de la science et de la connaissance. Les oghams, symboles celtes tardifs, portent en majorité des noms d’arbre ou d’arbustes qui les relient directement au bois et à la magie vitale de celui-ci. On retrouve ceci en breton où le mot gouez signifie arbre, mot apparenté à celui de gouzout qui veut dire savoir. En Gaule, le chêne était hautement sacré, alors qu’en Irlande très peu, rôle sacré que tenaient les bois de noisetier, coudrier, ou d’if. La noisette était connue pour être le fruit de la sagesse et du savoir. Le bouleau et le pommier avaient des liens intimes avec l’autre monde. Le druide Dallan en Irlande retrouve Étain, femme du roi Eochaid, dans le sidh où elle était tenue cachée par le Dieu Midir. Il la retrouva grâce à de la magie en ayant gravé des oghams sur des baguettes d’if. En Gaule, des peuples s’étaient des noms adaptés de certains arbres, comme les tribus des Eburovices, Viducasses, ou Lemovices, ce qui démontre une fois de plus l’importance du bois et des arbres dans la culture celtique. 

Hathuwolf Harson

Sources :

«Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

«Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental», Michel Pastoureau

«Kleines Lexikon des Aberglaubens», Ditte und Giovanni Bandini


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