L'Ambre

L’ambre, “l’or du Nord”, fascine les hommes depuis les temps les plus reculés. Nombreuses sont les dynasties de tous temps qui l’ont arborées comme un insigne de leur aristocratie et de leur pouvoir. Il fut l’un des premiers éléments dans l’histoire de l’humanité à être utilisé comme bijou et amulette. Comme toute amulette, il renfermait une puissance magique bien particulière en réalisant ce qu’il symbolise, en générant un lien aussi bien matériel que spirituel entre celui qui le porte et les forces qu’il représente. L’ambre, bien que parfois classé parmi les « pierres » précieuses, est en fait une résine fossile sécrétée par des conifères, issue de ce que les anciens nommaient le « sang d’arbre », la sève. Il existe sur Terre trois gisements principaux d’ambre : en Europe du Nord, à la République Dominicaine aux Caraïbes, et en Tanzanie. Nous allons traiter exclusivement de l’ambre du Nord européen étant donné que c’est historiquement parlant le plus ancien, et de par le fait que ce qui nous intéresse ici est avant tout l’histoire de notre beau et vieux continent : l’Europe.

 

C’est sur les rivages de la Mer Baltique et de la Mer du Nord que se trouve l’ambre nordique. Il provient d’une fossilisation de résine de pin que l’on date aux alentours de 50 millions d’années. Lorsque cette sève renferme en son intérieur un insecte ou un végétal, on parle d’inclusion. Le mot français « ambre » dérive d’une confusion linguistique, car ce terme vient de l’arabe « anbar » lui-même dérivé du nom arabe du cachalot «anabir » ; cet « anbar » désigne en vérité une concrétion intestinale de l’animal utilisée en parfumerie et que l’on connaît aussi sous le nom d’ambre gris. Les Romains nommaient l’ambre « succinum » qui veut dire sève, mais ils l’appelaient aussi « glaesum », terme tiré du germanique ancien que l’on retrouve en allemand moderne « gläser » qui signifie « verres ». Ce dernier mot relie l’ambre directement à son aspect vitreux. Les anciens Grecs quant à eux avaient un autre mot pour l’ambre : « electryon » qui veut dire « rayonnant », ou encore « elektron », terme dont est issu notre mot « électricité ». Le lecteur se demandera à juste titre quel rapport il peut bien y avoir entre l’ambre et l’électricité. La réponse se situe vers 600 avant notre ère lorsque le présocratique Thalès découvrit que l’ambre possédait des propriétés magnétiques et électrostatiques. Un autre terme intéressant pour ambre se retrouve en allemand ou en néerlandais – « Bernstein, Barnsteen ». « Stein » signifie « pierre » et « Bern- « vient du bas-allemand « börnen » qui signifie « brûler », c’est donc la « pierre qui brûle ». Et en effet, bien que ce ne soit pas vraiment une pierre, l’ambre brûle facilement et fond même lorsqu’on le chauffe en conséquence. En lithuanien on désigne l’ambre par « Gintaras » et en letton par « Dzintars ». On pense que ces deux termes viendraient du phénicien « jainitar » qui veut dire « résine de la mer ». Là aussi le lecteur pourrait posait la question du rapport entre pays baltes et les phéniciens du lointain Proche-Orient. Cette dernière étymologie nous introduit vers un aspect historique fondamental : l’ambre était un objet de commerce très prisé dans tout le bassin méditerranéen de l’antiquité. Des routes commerciales très importantes existaient entre le Nord de l’Europe et les cultures méditerranéennes depuis l’âge de bronze proto-germanique; ces routes furent d’ailleurs nommées « les routes de l’ambre ». Au 1er siècle de notre ère le romain Pline l’ancien confirme que l’ambre était importé depuis la Mer Baltique jusqu’aux rivages de la Mer Adriatique. Voyons à présent ce que nous en dit l’auteur romain Tacite à la même époque. « Au-delà des Suiones [peuple germanique habitant le Sud de la Suède] est une autre mer, dormante et presque immobile. On croit que c’est la ceinture et la borne du monde, parce que les dernières clartés du soleil couchant y durent jusqu’au lever de cet astre, et jettent assez de lumière pour effacer les étoiles. La crédulité ajoute qu’on entend même le bruit qu’il fait en sortant de l’onde, qu’on aperçoit la forme de ses chevaux, les rayons de sa tête. La vérité est que la nature finit en ces lieux. En revenant donc à la mer suévique, on trouve sur le rivage à droite les tribus des Estyens. (…) Ils fouillent la mer, et seuls de tous les peuples ils recueillent le succin [l’ambre], qu’ils appellent gless (Glas) : ils le trouvent entre les rochers et quelque fois sur le rivage. Quelle en est la nature et comment il se forme, c’est ce que les barbares n’ont ni cherché ni découvert. Longtemps même il resta confondu parmi les viles matières que rejette l’océan, et c’est notre luxe qui l’a mis en réputation. » Au 4è siècle avant notre ère, l’explorateur grec Pythéas rapporte qu’il accosta sur une île en Mer du Nord du nom d’Abalos où les habitants se chauffaient en brûlant de l’ambre, qu’ils vendaient aussi aux Teutons. Diodore de Sicile cite d’autres îles de l’ambre dans la Mer du Nord comme Basilia ou Glaesaria. Tout porte à croire qu’il s’agit là des îles frisonnes, dont une fut particulièrement étudiée au XXè siècle par l’allemand Jürgen Spanuth : Helgoland. Cet auteur est persuadé de par ses recherches que cette île sacrée des peuples proto-germaniques était une des principales sources de l’ambre nordique durant l’âge du bronze, et il soutient la thèse que le mythique orichalque des grecs (« cuivre des montagnes ») serait en fait de l’ambre nordique.

 

L’ambre fut en fait travaillé par nos lointains ancêtres depuis l’époque mésolithique étant donné que l’on a retrouvé en Frise du Nord des colliers en perles d’ambre remontant à 10.000 avant notre ère, c’est-à-dire juste au sortir de l’âge glaciaire. Mais c’est surtout entre 8000 et 5500 avant notre ère que l’ambre devint une amulette très prisée. Il est alors sculpté ou gravé de motifs animaliers, et les chamanes le brûlaient lors de rituels religieux. Les paysans du néolithique continuèrent la tradition des chasseurs-cueilleurs en conservant de grandes quantités d’ambre pour leurs amulettes et leurs offrandes aux défunts. Les restes archéologiques donnent à penser qu’au début de l’âge du bronze, l’ambre perdit un peu de son importance, donnée qui changera avec la deuxième moitié de cet âge. On trouva par exemple dans une urne funéraire à Ingolstadt en Allemagne un collier d’ambre composé de 3000 perles. Un tel collier devait très certainement avoir une importance symbolique notoire. Plus au Sud en Europe on trouve Mycènes la grecque qui fut l’un des grands importateurs d’ambre nordique durant une période comprise entre le 15è et le 13è siècle avant notre ère. Durant l’âge du fer le commerce de l’ambre allait connaître un très fort développement vu l’intérêt croissant pour l’or du Nord de peuples comme les Phéniciens, les Grecs, les Égyptiens, les Romains, les Scythes, les Slaves, ou bien les Celtes. Nous ne comptons pas les Germains dans cette liste car c’est bien de leurs côtes que provient la résine sacrée. Avec le moyen-âge et l’avènement malheureux de l’obscurantisme chrétien, l’ambre allait perdre de son importance. Au début, il est dans le meilleur des cas utilisé pour la confection de chapelets. Le christianisme, dans sa haine aveugle et intolérante, propre à sa mono-vision née de son monothéisme malsain, s’acharna à faire disparaître tout ce qui pourrait rappeler les anciens cultes païens. Mais là encore une fois, il n’y arrivera pas complètement, car perçu par les classes aristocratiques comme un objet de luxe, il put survivre aux foudres de l’église. La demande en ambre dans les milieux nobles connut ainsi un fort regain, ce qui permit à l’ambre de survivre comme bijou dans la majeure partie des cours européennes. À tel point qu’au 13è siècle de notre ère l’ordre teutonique prit les rennes du droit exclusif sur l’exploitation de l’ambre afin de pouvoir assurer la continuité dans le commerce de l’ambre. Ce goût des aristocrates pour l’ambre trouva son apogée avec le célèbre cadeau que fit en 1716 le roi de Prusse Friedrich Wilhelm I à son homologue russe le Tzar Pierre Le Grand. Il lui offrit en effet une impressionnante chambre tout en ambre d’une dimension de 55m² ! Le luxe était de taille…

 

Mais à ce stade de notre petit voyage au pays de l’ambre, il est grand temps de voir les aspects de l’ambre qui nous intéressent le plus ici : la symbolique, les liens mythologiques, et même certains aspects médicinaux. 

Les animaux sculptés en ambre, fréquents à la préhistoire, devaient être liés à des rites de fécondité. Chez les grecs et les romains selon Euripide, Phaéton était le fils de la titane Clymène faisant ainsi de lui un neveu de la Déesse de l’aurore Eos. Lorsque Phaéton grandit, sa mère lui assura qu’il était fils du Dieu-Soleil Hélios, et lui conseilla d’aller confirmer auprès de ce dernier sa paternité divine. Phaéton se rendit donc au palais solaire et obtint de Hélios l’affirmation qu’il était bien son fils, ce qui lui valut le droit de recevoir un cadeau de son choix. Phaéton pria son père de bien vouloir le laisser conduire son char solaire durant un jour. Hélios tenta de l’en dissuader, mais en vain. Lorsque la nuit se termina, Phaéton monta sur le précieux char du soleil tiré par quatre chevaux, démarra en trombes et en perdit rapidement le contrôle. La course habituelle du soleil s’en vu gravement modifiée et Phaéton généra ainsi une terrible catastrophe aux dimensions universelles. Le feu céleste s’abattit sur terre et provoqua d’incroyables ravages. La grande Déesse, la Terre-Mère, appela Zeus au secours, et ce dernier afin de mettre un terme au chaos, lança sa foudre. Il détruisit ainsi le char dans sa folle course et précipita mortellement Phaéton dans le fleuve Eridanus (l’Eider – fleuve du Nord de l’Allemagne). Les Héliades, les sœurs de Phaéton, furent transformées en peupliers, et pleurent depuis la mort de leur frère en versant des larmes d’ambre. Depuis les grecs brûlaient en offrande au Dieu Zeus de l’ambre en souvenir de Phaéton. Certains auteurs modernes ont voulu voir dans ce mythe la transposition de l’impact d’une comète sur terre. Mais le point le plus fondamental ici est le lien fait entre l’ambre, le soleil et son origine nordique. Car en effet, l’ambre fut considéré par tous les peuples européens comme un morceau du soleil, l’essence même des rayons solaires du couchant emprisonnés dans la vaste étendue de l’océan. L’ambre confère donc à celui qui le porte la vitalité, la santé, et la protection des forces solaires. Un autre mythe grec teinté d’influences celtes nous présente un Dieu aux caractéristiques clairement solaires : c’est le Dieu Apollon. L’ambre lui était dédié et avait pour propriétés principales de réchauffer les cœurs et de transmettre l’énergie solaire. Apollon était banni de forme cyclique de l’Olympe et se rendait régulièrement au pays des Hyperboréens (terme de l’antiquité pour désigner les peuples nordiques). Il versait alors des larmes d’ambre afin d’exprimer sa nostalgie de l’Olympe et le lien qui l’unissait à lui. Les grecs concevaient qu’Apollon résidait un temps de l’année chez eux et un autre chez les peuples du Nord d’où venait l’ambre.

Chez les Germains continentaux et leurs frères septentrionaux les Vikings, Freya, la Déesse de l’amour, de la fertilité et de la beauté, était mariée avec le Dieu Od (qui était très certainement une variante du nom d’Odin). Un jour son époux divin disparut mystérieusement pour ne jamais revenir. Depuis la Déesse Freya pleure des larmes d’or, qui, lorsqu’elles entrent en contact avec les arbres, se transforment en ambre. Nous retrouvons là encore une fois le thème des larmes d’ambre, sujet qui semble avoir été partagé par bien des cultures polythéistes d’Europe. Bien que moins explicite que le mythe grec, les larmes de Freya semblent également se rattacher à la symbolique solaire. Au 8è siècle de notre ère, Charlemagne l’empereur franc, se faisait représenter tenant dans sa main une boule d’or surmontée d’une croix. Certaines sources paraissent indiquer que cette boule d’or était à l’origine une boule d’ambre. Bien que connu pour sa haine typiquement chrétienne de toute tradition païenne – il n’hésita pas à faire exterminer 4500 Saxons qui voulaient rester fidèles aux Dieux de leurs ancêtres - Charlemagne reprit avec cette boule d’ambre un symbole aux racines païennes évidentes. Le nom donné à cette boule fut « Reichsapfel » (la pomme de l’empire), terme qui fait référence au symbolisme solaire, d’abondance, et d’éternelle jeunesse de la pomme que l’on retrouve dans bien des mythologies d’origine indo-européenne. Le symbolisme de la pomme et de l’ambre se recoupent sur bien des points. La Déesse germano-nordique Idun est la gardienne des pommes sacrées qui confèrent aux Dieux l’immortalité. On reconnaît là un parallèle sans équivoque avec la tradition gréco-romaine des pommes de jouvence de l’îles des Hespérides, île que Jürgen Spanuth compara aux traditions qui entourent l’île germanique de Helgoland – Abalos. Le symbolisme solaire de l’ambre se retrouve aussi clairement exprimé dans une pièce archéologique de l’âge du bronze danois, connue sous le nom de « loupe solaire ». Cette loupe sertie dans une monture en bronze avec poignée, possède une lentille faite d’ambre qui est incrustée d’une croix aux branches égales formant ainsi une roue solaire, symbole très présent dans la culture nordique de cette époque. Tout porte à croire que cette « loupe solaire » fut utilisée lors de rituels liés aux solstices et aux équinoxes.

 

Par ailleurs, il existe un endroit en Thuringe (Allemagne) qui s’appelle le Harz, une vaste étendue sylvestre dont le sommet le plus élevé est le Brocken. Cette région est connue pour avoir été sacrée depuis la nuit des temps car des rituels païens importants y avaient lieu célébrant les grandes fêtes solaires de l’année. De nos jours encore, lors de chaque célébration de la nuit de Walpurgis, on dit que les sorcières dansent sur le Brocken au clair de lune. Ce qui relie cette région sacrée à l’ambre est le nom de Harz qui veut dire « Sève », nom romain pour l’ambre.

Les Slaves eux aussi ont associé l’ambre aux larmes des Dieux. D’après un ancien mythe lithuanien, la Déesse de la mer baltique tomba amoureuse d’un pauvre pêcheur. Cette Déesse vivait au fond de la mer dans un splendide palais en ambre. Le Dieu solaire du tonnerre slave et balte Perkunas, jaloux de cette situation, détruisit le palais de la Déesse de la mer. Depuis lors, après chaque tempête, des morceaux du palais d’ambre sont régulièrement refoulés sur le rivage, ce que les riverains interprétaient comme étant les larmes de la Déesse. Dans le Kalevala des anciens Finlandais, les morceaux d’ambre sont appelés « les fruits d’or du soleil ». Là encore, la relation avec le symbolisme solaire est claire et nette. C’est une partie du soleil que renferme chaque pièce d’ambre.

 

Chez les Celtes l’ambre tient une place importante dans le mythe lié au Dieu Ogmios. Ce Dieu représenté comme un vieillard montre certains aspects du grec Heraklès et du Dieu Hermès. D’autres parallèles avec le Dieu nordique Odin ont pu être établis. Tout comme Hercule, Ogmios est doté d’une massue. La particularité d’Ogmios est de mener une multitude de personnes attachées par leurs oreilles à la langue du Dieu. La chaîne qui les maintient ainsi est faite d’ambre. Les captifs pourraient très bien se défaire du lien qui les unit à Ogmios car l’ambre n’est pas précisément connu pour sa solidité, mais ils préfèrent suivre volontairement leur guide car le lien est d’ordre spirituel. La chaîne dont l’une des extrémités est reliée à la langue, nous introduit au symbolisme de la parole, ou du verbe comme diraient les chrétiens. Les Celtes expliquaient que le pouvoir de la parole est tellement puissant qu’ils l’associent au puissant Hercule et non à Hermès, comme il eût été logique. De plus Ogmios est un vieillard car le pouvoir de la parole se développe avec la maturité de l’âge. Le lien d’ambre symbolise ici la force solaire qui cristallise le pouvoir du verbe. Tout comme Odin est mis en relation avec l’origine des runes, Ogmios est celui à qui on attribue l’origine de l’ogham, les symboles sacrés qui fixent la magie de la parole et de l’éloquence qui unit le monde des Dieux à celui des hommes. Un autre mythe celte, mélangeant tradition païenne et christianisme, nous dit qu’à la cour du roi Arthur il existait une pierre du nom d’Aget qui était tombée jadis de la couronne de Lucifer le porteur de lumière. Cette pierre selon ce mythe tardif serait à mettre en relation avec le Graal. En moyen-haut-allemand, Aget signifiait entre autres « ambre », ce qui permettrait de dire que le Graal ne serait pas une émeraude mais plutôt un morceau d’ambre.

 

Depuis des millénaires l’ambre est considéré comme un remède naturel pour guérir les plaies car la sève est en soi la résine qui soigne et qui donne vie à un arbre. À Rome Pline l’ancien dressa toute une liste des utilisations magico-médicinales de l’ambre. Porté autour du cou, il avait des vertus positives pour les problèmes de gorge ou d’amygdales, et avait la réputation de guérir la fièvre. La poudre d’ambre mélangée à du miel et de l’huile de roses était bonne pour traiter les problèmes de vision ou d’estomac. L’huile d’ambre – oleum succini – était bonne pour soulager les inflammations, les douleurs d’articulation, et spécialement les différents types de rhumatisme. Comme antispasmodique, cette poudre était considérée comme un remède contre l’asthme, la coqueluche, la bronchite et les convulsions infantiles. Particulièrement efficace sur le cerveau, les poumons, les voies respiratoires, la thyroïde, le système endocrinien, l’oreille interne et les tissus neurologiques, l’ambre était connu pour écarter les maladies des zones affectées et pour neutraliser les énergies négatives. Il fut donc vu comme un remède en harmonie avec les énergies de la terre, une source de stabilité permettant au corps de se régénérer. En Grèce on pensait que le port d’un collier d’ambre favorisait le réchauffement du corps, la bonne santé en général, et permettait d’aider les bébés lors de la poussée des dents. L’homme qui portait en permanence une bague d’ambre pouvait toujours compter sur sa virilité. Dans les cultures celtes et germaniques, le port de l’ambre assurait une bonne santé au travers de la jeunesse éternelle qu’il incarne. Les vikings avaient l’ambre en grande estime, ils l’utilisaient comme amulette et souvent comme de l’encens afin de purifier un lieu. Les Gauloises considéraient leurs colliers d’ambre comme un remède préventif contre les maux de gorge. En France au moyen-âge la poudre d’ambre était une des composantes des célèbres philtres d’amour dû à l’aspect magnétique de la résine fossile. Dans les Côtes d’Armor il était coutume de dire qu’au fond des nids de pie il était possible de trouver une pierre qui guérit tous les problèmes de la vue. Cette « pierre » serait dans certains cas de l’ambre. En Pologne on croit que les problèmes de vésicule biliaire peuvent être soignés par le port d’un ambre transparent qui au fur et à mesure que la maladie régresse devient opaque. De nos jours il est admis que les anions émis par l’ambre, d’où son effet électrostatique, peuvent avoir des actions bénéfiques sur le corps humain. Les spécialistes de la médecine naturelle recommandent de se frotter le cou, les poignets et la tempe avec l’ambre en cas de fatigue ou de maux de tête.

 

Ainsi, nous avons pu voir les nombreuses vertus attribuées à l’ambre, cette résine sacrée qui est le reflet du ciel et du soleil sur terre, le lien magique qui unit l’énergie solaire avec celle de l’individu. En plus d’être la « pierre » mystérieuse incarnant l’attraction des forces de l’astre-roi, l’ambre nous rappelle de par son origine nordique l’envoûtement lié aux mystères du Grand Septentrion. Au 5è siècle de notre ère le Pseudo Denys l’Aéropagite écrivait que l’ambre « réunissant en lui les formes de l’or et de l’argent, symbolise à la fois la pureté incorruptible, inépuisable, indéfectible et intangible qui appartient à l’or, et l’éclat lumineux, brillant et céleste qui appartient à l’argent ». À ce stade de notre parcours au pays de l’ambre, c’est au lecteur à présent de se laisser guider par sa magie sur les pas d’Apollon vers ce que Jean Mabire appelait « le soleil retrouvé des Hyperboréens ».

 

Hathuwolf Harson

 

Mardi 27 Novembre 2018