La Dame Blanche

Origines Païennes... Fée, Sorcière, Elfe, et Valkyrie...

Il existe de nos jours un mythe encore bien ancré dans les mœurs, celui des Dames Blanches. La plupart de nos lecteurs ont très certainement entendu de manière directe ou indirecte des témoignages concernant une Dame Blanche. Certains spécialistes parlent même de mythologie urbaine pour définir ce genre de mythe ayant survécu sans problème jusqu’à notre siècle, un siècle que l’on peut effectivement définir comme urbain… bien que les origines des Dames Blanches ne soient pas du tout urbaines. 


L’histoire la plus courante actuellement est celle d’un conducteur de voiture qui, en pleine nuit, prend une auto-stoppeuse tout de blanc vêtue. Elle semble étrange et entourée d’un halo mystérieux. Après être monté dans le véhicule, à l’approche d’un danger, elle pousse un cri, et soudainement elle disparaît sans laisser de trace. Elle est également souvent vue dans la nuit à l’endroit même d’un accident tragique. 

 

 

En Andorre existe une légende plus ancienne où il est dit qu’une Dame Blanche apparaissait tel un spectre près de la cascade d’Auvinyá. Elle logeait dans une tour des environs, et apparut plusieurs fois pour défendre le territoire andorran contre les intentions conquérantes d’un évêque d’Urgel, puis contre les attaques d’un loup monstrueux qui n’était autre que l’évêque en question transformé en bête sauvage. Ce genre de légende se retrouve un peu partout dans les Pyrénées, mais également dans tout le reste de l’Europe. Assimilée à la fée mélusine au 16è siècle, elle était connue par exemple pour apparaître sur une des tours du château-fort de Lusignan près de Poitiers. Ses apparitions s’accompagnaient de sinistres cris qui annonçaient la mort d’un membre de la famille princière dans les trois jours suivants. Les Dames Blanches semblent avoir été particulièrement rattachées aux familles nobles, à tel point que presque toutes les familles aristocratiques européennes avaient à une époque leur Dame Blanche attitrée. Dans la maison germanique des Neuhaus, la Dame Blanche vêtue de gants noirs annonçait une mort, et, vêtue de gants blancs, elle annonçait une heureuse nouvelle. De grandes familles comme les Hohenzollern, Habsburg, Braunschweig, ou Brandenburg, avaient leur propre Dame Blanche. En juillet 1835, une Dame Blanche se serait montrée à l’Aiglon, le fils de Napoléon 1er, juste avant sa mort. En 1813, la veille et le jour de la mort de Louis-Ferdinand de Prusse, elle apparut à ce dernier sur le champ de bataille de Saalfeld. En 1898, onze jours avant sa mort, Sissi la célèbre impératrice dit avoir vu une Dame Blanche. Bien que de nos jours, les Dames Blanches soient également vues par les gueux, elles continuent à avoir un goût certain pour les demeures nobles comme les châteaux. On dit d’ailleurs qu’elles y seraient gardiennes d’un fabuleux trésor. 

Dame blanche au sommet d'une tour. Gravure de Léon Benett parue dans le roman Le Château des Carpathes de Jules Verne en 1892.

 

Mais lorsqu’on remonte un peu plus dans le temps, les légendes de la Dame Blanche semblent être plus apparentées à des points d’eau qu’à des demeures princières. Un de leurs passe-temps favoris serait de peigner leur longue chevelure. Une telle Dame Blanche par exemple fut vue à Tonneville en France (La Manche), au lac de Paladru dans l’Isère (France), et même près de la chute Montmorency au Québec (Canada). Les apparitions de Dame Blanche en Amérique du Nord sont d’ailleurs courantes. Elles sont très probablement venues dans cette région du monde principalement avec l’immigration allemande, française, et irlandaise. On retrouve aussi les Dames Blanches dans de profondes forêts où elles s’attaquent parfois aux rares passants. Des lieux de fréquente apparition sont aussi les grottes, et plus particulièrement celles qui furent occupées par les hommes durant la préhistoire. 

 

À ce stade de la présentation du sujet, nous pouvons nous pencher sur les origines mythiques et symboliques de ces Dames Blanches. Les chrétiens, fidèles à leur habitude exécrable, les rejetèrent comme étant des incarnations du «Malin», c’est-à-dire de leur diable imaginaire. Les racines païennes des Dames Blanches sont doubles, elles sont issues de deux grandes traditions païennes d’Europe, celtique et germano-nordique. Pour la tradition celtique, elles ont leurs racines parmi les très nombreuses fées que compte le folklore d’origine celtique. Ces mêmes fées sont à leur tour héritières d’anciennes Déesses du panthéon celte continental ou insulaire. On reconnaît en effet aisément derrière les caractéristiques des Dames Blanches, celles des fées (voir liens à la fin de cet article). Elles annoncent de bonnes comme de mauvaises nouvelles, elles protègent et hantent à la fois. La fameuse image maintes fois répétée de la fée peignant ses cheveux d’or près d’un point d’eau est à définir comme un esprit d’un lieu naturel, un esprit qui unit le monde aérien, céleste, lumineux et ouranien (la couleur blanche, le peigne d’or et les cheveux d’or), avec l’obscurité, le monde chtonien des forces souterraines liées à la fécondité (la nuit, la forêt profonde, l’eau, et les grottes). Ces éléments chtoniens permettent de faire la connexion avec la Déesse-Mère, la Terre, dont les Déesses mineures comme les fées seraient des expressions multiples et naturelles. Une mythologie encore très vivante de nos jours et bien plus ancienne que celle des Celtes, la mythologie des Basques, conserve le souvenir de la Déesse Mari vivant dans des grottes de montagne et dans de profondes forêts, et dont les apparitions sont très similaires à celles des fées et des Déesses celtiques. Dans la tradition des Celtes irlandais, il existe des fées d’un genre bien particulier qui sont les Banshee. Ces dernières sont des fées redoutables que l’on craint fortement car elles sont presque toujours associées à la mort. Tel un spectre terrifiant, les Banshee annoncent souvent une mort prochaine ou bien rappellent en un lieu-dit au souvenir de trépassés. Le profil d’une Banshee est en tous points identiques à celui des Dames Blanches dans leur aspect lugubre. C’est une des connexions les plus claires qui puisse être faite entre mythologie celtique et Dames Blanches "modernes". 

 

L’autre origine païenne de ces Dames Blanches est à chercher dans la tradition germano-nordique. Ici aussi les liens sont évidents et sans équivoque. L’origine se trouve parmi les elfes, ces êtres surnaturels aériens et lumineux rattachés au monde céleste et terrestre, ouranien et chtonien. Tout comme les fées, les elfes sont des intermédiaires entre les Divinités et les humains. Eux aussi ont une forte connexion avec la Terre-Mère, qui porte divers noms comme Nerthuz ou Jörð. Les elfes sont également connus pour leurs apparitions de bon et de mauvais augure. Ils protègent les hommes ou bien les perturbent en leur annonçant de terribles présages comme la mort. Les elfes sont eux aussi connus pour se peigner leurs cheveux d’or avec un peigne doré. 

Les elfes ne sont pas les seuls ancêtres des Dames Blanches, car il est fort probable que les propres filles du Dieu Wotan / Óðin soient également une des origines mythiques de la Dame Blanche moderne, ce sont les Valkyries. Rappelons ici que les Valkyries nordiques, à l’instar des Banshee celtes, sont intimement liées à la mort. Avec ceci en plus qu’elles choisissent sur le champ de bataille les morts qui seront emmenés par elles vers le Valhalla. Comme les Dames Blanches, les Valkyries sont ainsi annonciatrices de la mort prochaine, d’un voyage post mortem afin de se réunir avec le Père des occis ou la Déesse Freyja. Le château de Bernstein en Hongrie illustre par exemple ce lien entre Dame Blanche et Wotan, car les deux entités divines étaient célèbres pour hanter régulièrement le château également connu sous le nom de Bärenburg. Le "Chasseur Sauvage", Wotan, comme Dieu des occis, fait ainsi très bon ménage avec notre Dame Blanche dans son aspect sombre et inquiétant, aspect qui remonte aussi à celui de la divine Dame Holle de la tradition germanique.

 

Un brin sorcières, capitalisant sur elles les attributs de la blancheur spectrale, de la virginité symbolisant la nature à l’état brut, de la clarté lunaire féminine, protectrices, messagères de la Déesse de fécondité, liées au danger du destin, à l’au-delà et à la Divinité de la mort, apparitions comme entités surnaturelles aussi bien positives que négatives, les Dames Blanches ne laissent pas de place au doute, elles sont bien d’origine païenne. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

Les traditions d’Europe, Alain De Benoist – G.R.E.C.E

Wikipedia – Les Dames Blanches

 

Liens :

Les Fées dans la tradition celtique

Danu, Déesse-Mère celte

Nerthus, Déesse-Mère germanique

Wotan / Óðin, Dieu des morts

La Dame Holle, Déesse-Mère germanique

Lundi 07 Août 2017


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