Bleu

Le bleu a revêtu une certaine importance dans plusieurs traditions païennes. On connaît par exemple le manteau bleu du Dieu germano-nordique Wodan/Óðin. Mais que signifie donc cette couleur? À quoi fut-elle traditionnellement associée? Nous allons tenter de répondre brièvement à ces questions. 

Le bleu symbolise l’infini, le côté céleste et cosmique. La couleur bleue du ciel en est un bon exemple. Cet infini relève d’une dimension immatérielle. Le bleu est la plus froide des couleurs, et aussi la plus pure. Le bleu s’identifie non seulement au ciel et au cosmos, mais également à la glace, à l’eau, au cristal, et à l’air. Toutes ces comparaisons reflètent les aspects de l’infini, du froid, et/ou de la pureté. 

«Entrer dans le bleu», c’est comme passer de l’autre côté du miroir, c’est-à-dire que l’on entre dans un monde immatériel fait de rêveries, où le pouvoir de l’esprit domine, où la pensée consciente cède la place à la force de l’inconscient et à son pouvoir occulte. Le bleu dématérialise tout ce qu’il reçoit en son sein. Le bleu spiritualise.

Comme couleur profonde, le bleu apaise, mais contrairement au vert, il ne tonifie pas. Le bleu détend, il permet à l’esprit de vagabonder sur les chemins immatériels de l’infini. 

L’expression «sang bleu» est synonyme de sang pur et noble. A une certaine époque, les nobles se devaient d’avoir la peau blanche et laiteuse car c’était une marque de leur statut social. Cette peau très blanche faisait ressortir les veines, lesquelles veines apparaissaient comme bleues…d’où cette expression de sang bleu. Cette association blanc et bleu se retrouve aussi dans la tripartition indo-européenne où ces deux couleurs sont associées à la 1è fonction, celle de la noblesse et de la souveraineté. 

Bizarrement, les langues celtiques ne possèdent pas de terme propre pour désigner la couleur bleue. «Glas» (en breton, gallois, et irlandais) peut se traduire par bleu, vert, ou même gris selon le contexte. C’est un phénomène étrange, surtout si l’on tient compte du fait que le bleu était très présent chez les Celtes. On se souvient par exemple des peintures bleues que les guerriers s’appliquaient sur le corps avant la bataille. 

La notion d’infini et d’immatérialité ouvre les portes vers le monde des Esprits, un monde occulte incontournable par exemple pour toute pratique chamanique. C’est un monde inconnu et inquiétant pour le commun des mortels, ce qui a parfois généré un aspect négatif pour la couleur bleue, aspect qui a survécu dans certaines expressions modernes. 

«Avoir une peur bleue» est du coup l’équivalent d’une très grande peur, une peur infinie. 

«Je n’y vois que du bleu» signifie qu’on n’y voit rien du tout. Ce «rien» entre dans ce monde symbolique de l’infini et de l’immatérialité. 

«Er ist total blau» (il est complètement bleu) est une expression allemande qui veut dire que la personne est complètement soûle, sur le point de perdre conscience en raison d’un excès d’alcool. Là aussi on touche symboliquement au domaine de l’irréalité et de l’immatérialité qui accompagne le «bourré» dans ses divagations alcoolisées. 

Hathuwolf Harson

Source :

«Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Les couleurs des 3 fonctions indo-européennes=>https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.737007906438020.1073741859.230064080465741/635407316598080/?type=3&theater