Le Chiffre 2

Dans toutes les sociétés traditionnelles, le chiffre 2 symbolise une opposition ou un affrontement. Nous avons vu que le chiffre 1 figurait l’unité, avec le chiffre 2 nous approchons un concept très différent vu qu’ici le mot-clé est la division. 

Dédoublement, ambivalence, et conflit sont les notions fondamentales qui accompagnent la symbolique du chiffre 2. Le 2 est donc la première et la plus radicale des divisions, ce qui se reflète parfaitement dans des dualités comme Nuit-Jour, Féminin-Masculin, ou Corps-Esprit. Mais à la grande différence des monothéismes qui ont fait de ce dualisme un principe de base et immuable avec leur fable du Bien et du Mal, les traditions païennes n’ont jamais fait de ce principe quelque chose d’inéluctable. 


 

Les monothéismes et certaines de leurs variantes comme le manichéisme ou le catharisme, ont prôné un dualisme à l’extrême où tout repose sur ce conflit permanent de deux forces antagonistes représentées par le Bien absolu et le Mal absolu. Cette approche absolutiste était inexistante dans les traditions païennes, le Mal et le Bien absolus y étaient inconnus. Chez les païens ces notions de bien et de mal étaient toujours relativisées, car ce qui peut être bien pour quelqu’un, peut être mal pour une autre personne, ou bien ce qui peut être bien à un moment donné, peut être mal à un autre moment. Bref, cet absolutisme dans l’antagonisme fut une invention des manichéens et des monothéistes. Pour les païens le dualisme n’est pas une fin en soi, mais fait simplement partie d’un grand tout harmonieux qui entre dans la loi des cycles, comme le jour et la nuit ou encore l’été et l’hiver. C’est d’un dualisme complémentaire et fécond qu’il faudrait en fait parler ici. Ce concept très païen vaut également pour le thème Matière-Esprit ou Corps-Âme. Là aussi, l’opposition n’est qu’apparente, car corps et esprit sont les deux ensembles d’une même entité, et l’idéal est justement de surmonter l’antagonisme des deux, afin de générer une harmonie de l’ensemble. 


 

Cette idée du dualisme réconcilié se retrouve également dans les mythes fondateurs des Indo-Européens. On y constate en effet la présence de deux familles divines qui à l’origine s’affrontent, puis font la paix pour vivre unis et en harmonie. Ces deux familles opposées sont les Dieux Ouraniens (Célestes) et les Dieux Chtoniens (Terrestres). Dans la tradition Germano-Nordique par exemple, ceci est reflété par la guerre entre Dieux Ases et Dieux Vanes. Par ailleurs dans la même tradition nous retrouvons l'affrontement du monde de la Glace et du Feu, un affrontement grâce auquel naît l'Eau, élément qui est la source de toute vie. Nous avons là, la confirmation encore une fois que la dualité n’est pas une fin en soi, mais seulement une étape évolutive. 


  

Le symbolisme du chiffre 2 a été aussi rattaché à l’aspect féminin, à la Mère qui en donnant la vie multiplie l’unité et transforme en deux individus ce qui n’était qu’une personne. Cette idée fut définie comme une division bipolaire, elle même en connexion directe avec la fécondité. Sur le plan philosophique, on pourrait parler ici de l'aspect du Devenir tel que le décrit Heidegger. C'est la dimension de l'horizontalité féminine, qui dans le symbole de la Roue Solaire s'associe à l'axe vertical représentant l'aspect masculin et celui de l'Être.


  

Pour conclure, je dirai qu’il existe un symbole païen asiatique qui rend très bien tout ce qui se cache derrière le chiffre 2, c’est le célèbre Ying-Yang. On y retrouve à la perfection cette idée d’un principe dualiste qui s’affronte mais qui est en même temps complémentaire, le tout dans une approche cyclique.


 

Hathuwolf Harson

 

Source :

Dictionnaire des Symboles

 

Dimanche 3 Septembre 2017

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