Le Lapin de Pâques

Dans toutes les traditions païennes d’Europe, le lapin apparaît comme un symbole de fécondité et d’abondance. Une nette tendance de cet animal à se reproduire massivement, a bien-sûr favorisé son association au concept de fécondité. «Se reproduire comme des lapins» ou «être chaud comme un lapin» sont des expressions toujours largement employées de nos jours, et elles font référence évidemment à ce symbolisme de la fécondité. Le caractère sexuel de ce symbolisme ainsi que l’aspect lié à la reproduction ont fait du lapin l’emblème des fêtes printanières. Bien que le lapin ne ponde pas d’œufs, les deux symboles furent très tôt mis en relation. L’œuf est un symbole de la vie qui renaît, de la vie en gestation à l’état embryonnaire, ce qui le relie tout logiquement à la période du printemps. Dit en passant, l’église chrétienne, fidèle à ses habitudes criminelles, a toujours cherché à faire interdire cet «odieux symbole idolâtre» qu’est le lapin. Cette persécution chrétienne est sommes toutes assez logique si on se souvient que le lapin est officiellement désigné comme animal impur par la bible (Deutéronome 3,11 , 6 – 5, 14, 7). Les chrétiens le qualifièrent à plus d’une reprise d’image de la débauche sexuelle et du péché…

Tout à l’opposé de cet obscurantisme monothéiste, chez les polythéistes le lapin était considéré avec beaucoup de respect et d’honneur pour son lien puissant avec les forces fécondatrices du printemps. C’est ainsi qu’on le retrouve associé dans les différentes traditions païennes à des Déesses, elles-mêmes liées à ce symbolisme de la renaissance cyclique de la vie. Dans la tradition gréco-romaine, on retrouve le lapin avec Vénus / Aphrodite, la Déesse de l’amour dont le caractère printanier et sexuel n’est plus à démontrer tant la relation semble évidente. La Déesse Flora, elle aussi comme expression divine du printemps, est mise en relation avec le symbolisme du lapin. Chez le peuple germanique des Frisons, le lapin fut consacré à la Déesse Nehalennia, et chez les Saxons à la Déesse Ostara, Déesse qui a d’ailleurs donné son nom à la fête de Pâques en anglais et en allemand: Easter et Ostern. 

En médecine populaire, les diverses parties du lapin étaient utilisées pour soigner les problèmes d’impuissance, de stérilité, et même de maladies vénériennes – rappelons au passage que ce mot de «vénérien» vient d’ailleurs de la Déesse Vénus en raison de son fort caractère sexuel. En Europe, la consommation de lapin remonte à la plus haute antiquité, dont la pratique n’était pas qu’alimentaire, loin de là même, puisque le lapin faisait probablement partie de la liste des animaux sacrifiés aux Déesses durant les célébrations du printemps. En l’an 751, Boniface, missionnaire chrétien chez les Germains, décréta de manière formelle l’interdiction absolue de consommer du lapin, date qui permet de constater que cette pratique ne fut jamais complètement éradiquée de notre bonne et vieille Europe. Ceci est tellement vrai que le pape Zacharie dut renouveler cet interdit, sans grand succès d’ailleurs puisque qu’encore au 16è siècle un texte signale l’habitude idolâtre en Allemagne de manger du pâté de lièvre à Pâques. 

Comme nous l’avons vu ci-dessus, le lapin est intimement lié au symbolisme de l’œuf, car c’est bien lui qui apporte les œufs de Pâques pour la joie des grands et des petits. Dans certains pays, sous l’influence néfaste du judéo-christianisme, cette coutume s’est hélas perdue vu que ce sont là les «cloches» de Pâques qui apportent les œufs. Les cloches font bien-sûr écho aux cloches des églises chrétiennes qui sont censées chasser les «démons» païens… Mais heureusement, de nombreux pays ne se sont pas rendus aux cloches, et ont conservé la tradition originelle du lapin. Ce lapin de Pâques se retrouve ainsi dans une foule de légendes populaires et de contes pour enfants. Pour ne citer qu’un exemple de ce genre de conte, il existe celui des frères Grimm, Hasen und Swinegel, où le héros est un lièvre qui effectue 71 sauts, chiffre secret et très symbolique vu qu’il représente un cinquième de 355, ce qui correspond à l’ancienne année lunaire. Ce genre de détail n’est bien-sûr pas laissé au hasard car il faut se rappeler que la fête de Pâques et de la Déesse Ostara se calcule en fonction de la lune, c’est la première pleine lune après l’équinoxe de printemps. Cette association païenne entre lapin et cycles lunaires est d’ailleurs présente sur des édifices du moyen âge où l’on voit 3 lapins attachés par les oreilles dans une roue (voir encadré en bas à gauche sur l’image). Ceci représente selon toute évidence le lapin dans la roue des cycles lunaires dont le moment culminant est justement le printemps. 

Hathuwolf Harson

Source :

«G/T 20 – G.R.E.C.E. Traditons – in «Les traditions d’Europe», Alain de Benoist.