Le Corbeau

Le Corbeau était considéré dans les anciennes sagesses païennes comme un médiateur entre le monde des Dieux et celui des Hommes, et aussi entre le monde des vivants et celui des morts. L’aspect purement négatif qui est associé de nos jours au corbeau relève d’une perversion symbolique que nous devons à l’esprit tordu du christianisme qui n’a voulu voir en lui qu’un oiseaude mort et un charognard. Des expressions telles que “oiseau de mauvaise augure” sont dûes à cette imagerie négative imposée par le judéo-christianisme. 

 

En Grèce selon Strabon, ce sont des corbeaux qui déterminent l’emplacement de l’omphalos, le centre du monde. Cet omphalos se trouve au temple de Delphes, le temple du Dieu solaire Apollon. Dans la version de Pindare ce sont des aigles qui tiennent ce rôle. Ce qui en ressort en tous cas, c’est qu’ici le corbeau est considéré comme un symbole solaire et n’a rien de commun avec cette image chrétienne, obscure et “diabolique”. Le rôle du corbeau est ici celui d’un messager des Dieux qui remplit une fonction véritablement prophétique. Ceci est confirmé dans le mythe d’Apollon et de la princesse Coronis, où le Dieu confie à un corbeau blanc de veiller sur la princesse dont il était amoureux. Le corbeau n’ayant pas accompli correctement sa mission divine, il fut puni par Apollon qui changea la couleur de son plumage en noir. Le fait qu’il soit question d’un corbeau blanc démontre qu’il ne peut pas être question de symbolisme négatif à propos du corbeau.

 

Dans la Rome antique, le corbeau était l’attribut du Dieu solaire Mithra, Dieu pour lequel on célébrait chaque année la renaissance au moment du solstice d’hiver. Le corbeau avait la réputation de posséder un pouvoir très spécial, celui de conjurer les mauvais sorts. Ceci montre encore une fois que nous sommes très loin d’un animal dont les caractéristiques seraient de faire le “mal”. Le seul mal dont on pourrait parler est celui occasionné par les chrétiens avec leur haine de tout ce qui est lié au paganisme.

 

Chez les Celtes le corbeau est également le messager des Dieux. Les origines de la ville de Lyon en France sont sur ce point très révélatrices. La ville du temps des Gaulois s’appelait Lugdunum, la colline du corbeau. Des corbeaux indiquèrent en effet où devait se construire la future cité en se posant sur une colline qui donna son nom à la ville. C’est le Dieu Lug qui envoya comme messagers ces corbeaux afin de consacrer cet endroit et le révéler comme celui choisi par les Dieux.

En Irlande le rôle du corbeau semble se limiter au cadre guerrier car il règne en maître sur les champs de batailles. Ce n’est pas son rôle de charognard qui est à prendre en considération ici, mais bien plus son rôle de médiateur entre les Dieux et les hommes.

En Allemagne existe une légende liée à l’empereur Barbarossa qui est probablement d’origine celtique et non germanique. Cette légende parle de l’empereur mort, dont la dépouille endormie au Kyffhäuser en Thüringe attendrait le grand jour afin de revenir et de redonner aux Germains la gloire d’antan (de nombreuses légendes de ce type existent autour de la célèbre figure du roi Arthur). Le retour de l’empereur se fera le jour où les corbeaux qui volent au-dessus le montagne du Kyffhäuser, s’en iront. On retrouve donc encore une fois cet aspect prophétique rempli par les corbeaux.

 

Il est temps maintenant de parler des deux corbeaux mythiques les plus célèbres: Hugin et Munin (prononcer: Houguinn Mouninn). Ces deux corbeaux dont les noms signifient “pensée” et “mémoire” sont les corbeaux du Dieu Wodan / Odin. Ils sont les messagers du Dieu. Ils volent tous les jours en terre de Midgard, la terre des hommes, et rentrent régulièrement auprès du Dieu Odin afin de lui rapporter ce qu’ils ont entendu et vu. Le rôle de messager est clair et net, point d’aspect négatif dans tout cela, bien au contraire. À tel point que certains spécialistes des symboles ont voulu voir dans les corbeaux d’Odin le principe de création, tandis que les loups d’Odin (Geri et Freki) seraient l’aspect de destruction. 

Des études récentes ont démontré que le corbeau est un des oiseaux les plus intelligents qui existent, réputé pour son organisation sociale très supérieure à la moyenne des autres volatiles. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

 

 

Mercredi 22 Novembre 2017


Hugin et Munin...

Pensée et Mémoire…

Pourquoi Munin est-il si important ?...

Voici une petite analyse d’une citation nordique tirée des Eddas, du Grímnismál 20. [Hugin, prononcer HOUGUINN ; et Munin, prononcer MOUNINN]. La citation est la suivante, c’est le Dieu Óðin qui parle :

 

«Hugin et Munin volent chaque jour 

Par-delà la vaste terre ;

Je crains pour Hugin qu’il ne revienne pas ;

Mais je crains encore plus pour Munin».

 

Et voici la même citation en langue originale, le norrois :

 

«Huginn ok Muninn 

fljúga hverjan dag

Jörmungrund yfir;

óumk ek of Hugin,

at hann aftr né komi-t,

þó sjámk meir of Munin..»

 

Hugin et Munin sont les deux corbeaux du Dieu nordique Óðin (Odhinn). Hugin signifie «Pensée», et Munin se traduit par «Mémoire». Ses deux corbeaux symbolisent bien l’aspect intellectuel qui est lié à la fonction du Dieu Óðin. Comme la citation nous l’indique, ils volent tous les jours dans le monde des hommes et reviennent vers le Dieu auquel ils susurrent à l’oreille tout ce qu’ils ont vu et entendu. Mais la question qui se pose logiquement est la suivante : pourquoi Óðin craint-il plus la disparition de «Mémoire» ? La mémoire est-elle plus importante que la pensée ?

 

La réponse à cette dernière question est oui. Sans mémoire, la pensée est tronquée, elle est amputée de son socle, et ne peut plus être dirigée selon une base stable et solide. Souvenons-nous que la société païenne est avant tout de tradition orale. La tradition se transmet de bouche à oreille, de génération en génération. À ce titre, la mémoire joue un rôle fondamental. Sans mémoire, les anciens mythes se perdraient, ainsi que toute la connaissance d’une famille, d’un clan ou d’une race. C’est toute l’identité d’un peuple qui menace de disparaître si la mémoire fait défaut. La mémoire dont il s’agit ici est donc très au-delà des souvenirs d’un simple individu, elle est celle de la communauté des hommes.

 

Hathuwolf Harson

 

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Mercredi 22 Novembre 2017