Le Chien

Une longue histoire unit le chien et l’homme. Ce n’est pas pour rien qu’il est coutume de dire que le chien est le meilleur ami de l’homme. Une très forte relation s’est établie au cours des millénaires qui fit que l’homme et le chien allaient devenir de grands amis inséparables. Cette relation forgea un des aspects fondamentaux du symbolisme lié au chien : la fidélité. L’amitié à toute épreuve est le ciment de cette fidélité qui caractérise le lien homme-chien. Les plus anciens restes de chiens domestiqués furent trouvés en Belgique, dans les grottes de Goyet. Il y a 31.700 ans, l’homme apprivoisa le chien. Les études génétiques sur l’ADN mitochondrial ont démontré que le chien s’est séparé du loup il y a 100.000 ans. Le chien a donc vécu pendant plus de 68.000 ans de forme totalement sauvage, ce qui a bien-sûr largement forgé ses principaux traits de caractère. Malgré sa relation intime avec l’homme, le chien a conservé sa nature première : celle d’un animal de meute. Des études ont d’ailleurs indiqué que le chien considère en fait son maître comme un chef de meute auquel il doit être soumis. Outre l’amitié qui lie le chien à l’homme, il faut se rappeler du grand compagnon incontournable que représente le chien lors d’une activité aussi ancienne que l’être humain : la chasse. Mais nous allons voir que le symbolisme lié au chien est très vaste car il prend justement ses racines dans les plus anciens cultes chamaniques du paléolithique européen. 

 

Dans presque toutes les mythologies du monde entier, le chien est avant tout associé à l’obscurité de l’infra monde, à la mort, et aux royaumes invisibles qui sont régis par les Divinités chtoniennes ou lunaires. Il est de par ce fait relié aux éléments fondamentaux et hautement symboliques que sont la Terre, l’Eau, et la Lune. Le chien fut ainsi mis en relation avec les forces naturelles occultes, féminines, et spirituelles. Le monde des Esprits est familier au chien. Sur le plan de la psychologie humaine, il est un miroir de l’inconscient, du royaume des instincts. Sa relation avec le monde des Esprits le convertit en un animal psychopompe, c'est-à-dire celui qui accompagne et guide l’homme dans la nuit de la mort. Comme presque tous les animaux sacrés des anciennes traditions polythéistes, le chien est un intermédiaire entre les différents mondes. Il guide le prêtre-chaman durant les rites qui lui permettent de prendre contact avec les royaumes invisibles. Ce rôle d’intermédiaire se retrouve aussi dans le fait que le chien permettait d’interroger les morts et les Divinités souterraines. En Sibérie, région où de très anciens cultes chamaniques se sont maintenus jusqu’à nos jours, il existe la tradition chez les Teleoutes d’offrir aux chiens la part du mort durant les banquets funéraires. Le chaman de la tribu portait parfois un habit fait de peaux de chien tannées, ce qui le mettait en contact direct avec l’Esprit du chien afin d’être guidé lors de ses transes rituelles. 

 

Dans nos anciens mythes, le chien n’est pas seulement celui visite l’infra monde, il en est aussi le gardien suprême. Ce rôle de gardien est effectivement une autre caractéristique symbolique profondément liée au chien. Le gardien le plus connu est très certainement Cerbère, le chien à trois têtes de la tradition grecque. Il garde l’entrée des enfers, le monde des morts et le royaume du Dieu Hadès. Le terme « enfers » ne doit bien-sûr pas être pris dans sa forme chrétienne, mais dans sa forme originelle, celle qui relève des traditions païennes. « Enfers » y désigne l’infra monde, le monde souterrain et obscur, celui où erre les morts, mais sans aucune idée de châtiment. Ce n’est pas un lieu de punition et de souffrance comme dans la version dégénérée judéo-chrétienne. Ce même monde souterrain s’exprime aussi au travers de la figure divine de la Terre-Mère, la grande nourricière, la Mère de tous les être vivants. Le chien Cerbère gardait non seulement l’entrée des enfers, mais aussi la sortie. Ceux qui avaient passé le Styx, la rivière menant au royaume du Dieu Hadès, ne pouvaient plus revenir en arrière car Cerbère les en empêchait. Son aspect effrayant est à mettre en relation avec les forces mystérieuses et inconnues qui peuplent l’infra monde, celles qui éveillent le respect et l’admiration, mais aussi une grande crainte. 

La Déesse Hécate, Déesse des ténèbres, possédait la possibilité de se transformer en cheval ou en chien. Elle avait l’habitude de hanter les carrefours suivie d’une meute de chiens. Les ténèbres symbolisent ici les mystères de l’inconnu. La présence du chien marque la capacité de la Déesse à voyager entre les différents mondes. Le carrefour quant-à lui symbolise la croisée des chemins de la destinée, le moment où le destin d’un vivant ou d’un mort peut prendre un tournant décisif. 

Les anciens Grecs attribuaient également au chien des vertus médicinales. Il était à ce titre un des attributs du Dieu de la médicine, le Dieu Asclépios, fils d’Apollon. 

 

Dans la tradition païenne des Celtes, le chien possède un aspect que l’on pourrait définir comme plurifonctionnel. En plus des aspects liés à l’infra monde, il se caractérise par les chiens de combat qu’utilisaient les Celtes durant la guerre. Ces chiens de combat, très présents dans la culture des Irlandais et des Gaulois, étaient vénérés comme de véritables guerriers. Comparer un héros à un chien était un honneur. Le grand héros mythique irlandais Cuchulainn, dont le nom signifie le « chien de Culann », est en relation très étroite avec les aspects sacrés du chien. Chez les Celtes insulaires, le mot « cu » (prononcer « kou » ;) ) désigne un grand chien fort et prêt à l’attaque. Il fait donc référence au chien de combat. À l’opposé était le « oircne » qui est le chien de compagnie de ces dames de l’aristocratie. C’est celui qu’on retrouvera associé au culte des Matrones celto-romaines comme chien de fertilité et de fécondité. De plus, le chien dans son rôle de chasseur, manifeste une grande capacité d’orientation, il retrouve ici son aspect symbolique de guide. Son ouïe et surtout son odorat font de lui le parfait compagnon en terrain inconnu. L’aspect médicinal du chien se retrouve dans le Dieu gallo-romain Apollon Cunomaglus, le prince des chiens. Mais il n’est pas le seul Dieu celte dont l’un des attributs soit le chien. On le retrouve en effet auprès de Dieux comme Nodens, Sucellus, ou les gallo-romains Silvanus, Diane, et Mars. Au travers de ces différents Dieux s’exprime bien la multiplicité symbolique qui caractérise le chien dans la tradition celte. Les restes archéologiques ont démontré par ailleurs que les Celtes sacrifiaient parfois un chien aux Dieux ou aux Déesses. L’animal devenait ainsi un messager du clan auprès des Divinités. 

 

Dans la tradition germano-nordique, ce genre de sacrifice était plutôt réservé au cheval. Il n’existe pour ainsi dire aucune trace de sacrifice de chien. Cependant, le chien avait quand-même un rôle important. Les anciens mythes nordiques parlent du grand chien Garmr, qui tout comme le Cerbère de la tradition grecque, est un gardien de l’infra monde. Garmr hurle tout le temps, il est enchaîné à l’entrée de Gnipahellir. Cet endroit mythique dont le nom signifie « la grotte qui surplombe » est à mettre en relation avec une des entrées des enfers. Le chien Garmr restera attaché à cet endroit jusqu’au moment fatidique de Ragnarök où il affrontera le Dieu Týr. Cet affrontement est celui qui oppose les forces de l’ordre solaire (le Dieu Týr) à celui des forces obscures du chaos infernal (le chien Garmr). 

Dans la tradition germanique, le chien était également lié au monde des Esprits et en étroite connexion avec les pouvoirs divinatoires. Il était souvent représenté en compagnie de la Déesse Holda ou de la Dame Blanche. En Bavière et en Allgäu, un chien qui hurle en regardant vers le haut, était considéré comme un avertissement, il annonçait la possibilité d’un incendie à venir. De manière générale, le hurlement d’un chien était synonyme d’un mauvais présage. De même, la direction dans laquelle regarde un chien en se couchant, est une indication pour savoir d’où viendra quelque chose de mauvais. Dans la région de Oldenburg, on croyait pouvoir s’approprier les capacités divinatoires du chien en observant à minuit entre les oreilles ou les pattes de l’animal. Ce qui se voyait alors, était un signe prémonitoire. Dans ce même esprit, on se frottait les yeux avec des larmes de chien afin d’augmenter ses possibilités d’entrevoir les secrets du futur. Dans diverses régions d’Allemagne, on disait que voir un chien manger de l’herbe, était le signe qu’il allait y avoir du mauvais temps. De même que voir un chien manger de la neige, était de bon augure car cela annonçait que la fonte des neiges était proche. 

 

Le chien, comme animal de compagnie, le meilleur ami de l’homme, le fidèle compagnon de chasse, et comme guide à travers les différents royaumes invisibles, a démontré la grande importance symbolique qu’il a revêtu au cours des millénaires passés.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Vendredi 23 Novembre 2018