Le Canard

Les mythes païens d’Europe n’ont hélas pas laissé de traces écrites concernant le symbolisme antique du canard. Et pourtant, il a dû avoir une certaine importance étant donné que l’on a retrouvé des pièces archéologiques qui démontrent que le canard devait avoir sa place dans les cultes magico-religieux de nos ancêtres païens. Ce sont donc ces pièces archéologiques qui vont nous servir de support principal pour l’analyse de ce symbolisme. Mais pas uniquement l’archéologie, car dans ce cas nous pouvons oser une comparaison avec la tradition païenne d’extrême orient. Il n’est pas toujours recommandable de faire des comparaisons entre des traditions aussi éloignées car les contextes historiques, culturels, ethniques, et religieux, sont la plupart du temps tellement différents, que la comparaison en perd tout son fondement. Il existe cependant des symboles universels, dont les approches par les différentes traditions païennes du monde furent similaires. Le canard pourrait bien être l’un d’eux.

En Europe, les pièces archéologiques cultuelles avec des canards, c’est-à-dire des objets à vocation magico-religieuse, furent trouvées parmi les cultures celtiques de la Tène, et celles du Sud de l’Europe. Sur la photo, on peut observer deux de ces pièces archéologiques. Voyons-les d’un peu plus près.

À gauche sur la photo se trouve une amulette étrusque du 7è siècle avant notre ère. Elle fut trouvée à Bolsena en Italie, elle est exposée au musée du Louvres à Paris. Ce pendentif sacré réunit un symbolisme solaire à tous les niveaux:

- l'amulette a une forme de disque; le disque, tout comme le cercle, est un symbole solaire.

- le swastika est un symbole solaire par excellence, un symbole très très ancien...

- sur le pourtour se trouvent 4 swastikas et 4 cercles concentriques ; le chiffre 4 a un lien étroit avec le cycle solaire annuel marqué par les 2 équinoxes et les 2 solstices. 

- les cercles concentriques relèvent dans ce contexte également d’un symbolisme solaire.

Sur le pourtour de la partie intérieure de l’amulette, on distingue clairement toute une série de canards, 14 exactement. De plus, sur le haut de l’amulette se trouvent représentés trois autres canards. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le canard n’est pas là par hasard. Son importance symbolique paraît évidente. Une première conclusion peut donc être tirée de cette amulette étrusque. Le fait que les représentations symboliques sont toutes à caractère solaire et ouranien, on peut en déduire logiquement que le symbolisme du canard devait lui aussi s’inscrire dans un cadre solaire et céleste. Les forces du cycle solaire sont ainsi celles qui accompagnent le porteur de cette amulette. On peut même affiner cette analyse si l’on tient compte du fait que, selon des spécialistes du symbolisme comme J. Chevalier et A. Gheerbrant, les textes celtiques de la tradition irlandaise semblent avoir confondu de manière tardive le canard et le cygne. Au niveau symbolique, cette confusion est intéressante car elle témoigne d’une proximité certaine. On ne confond que ce qui se ressemble… Le symbolisme du canard pourrait ainsi être rapproché de celui du cygne. Lorsqu’on connaît l’aspect solaire du cygne dans la tradition gréco-romaine qui l’associe au Dieu Apollon, on est tenté d’y voir une confirmation de notre analyse. Le Dieu de la lumière pourrait d’ailleurs être la Divinité invoquée symboliquement par l’amulette étrusque, peuple chez qui le Dieu était connu sous le nom d’Apulu (prononcer apoulou). 

En bas à droite sur la photo, on peut voir l’autre pièce archéologique présentant des canards. C’est le char solaire de Dupljaja, il fut trouvé dans l’actuelle Serbie. Il est vieux de 3500 ans, et remonte ainsi à l’âge du bronze, période qui se caractérise en Europe par l’affirmation et l’implantation définitive des Indo-Européens. Le culte solaire et ouranien fut particulièrement important chez les Indo-Européens, c’est du moins ce que nous transmettent leurs symboles. Ce char de Serbie confirme cette approche solaire qui nous relie encore une fois au canard. On distingue clairement trois canards qui tirent le char dont les roues sont bien-sûr des figurations de la roue solaire avec ses 4 branches. Une Divinité se tient debout sur le char, sa tête est celle d’un oiseau, mais il est difficile d’affirmer de quel genre d’oiseau exactement il s’agit. Quoiqu’il en soit, ce char rappelle fortement celui d’une Divinité solaire comme Apollon. Le parallèle semble ici aussi être évident, encore plus évident si l’on compare ce char au reste d’un autre char similaire trouvé dans la même région. Ce dernier est en haut à droite sur la photo. En plus de cercles concentriques comme symboles solaires, on peut apprécier la présence d’au moins trois swastikas, qui eux aussi confirment l’aspect solaire et ouranien. 

Grâce à de telles pièces archéologiques, on peut affirmer sans prendre trop de risques, que le symbolisme du canard est à caractère solaire et céleste, il est un animal qui relie les hommes avec les Dieux ouraniens, avec les forces d’en haut. Mais le canard a aussi une connexion avec un élément chtonien qui est celui de l’eau. Lorsque le canard se pose gracieusement sur l’eau, il est le maître de l’élément aquatique, il le domine parfaitement. Il est l’être solaire qui contrôle les forces d’en bas, il les oriente. Comme les cygnes d’Apollon, le canard semble être un hymne à la lumière céleste.

Au Japon et dans tout l’Extrême Orient, le canard, et plus exactement le couple de canard, symbolise l’union et le bonheur conjugal. La raison en est que mâle et femelle nagent toujours ensembles. Le canard figure ainsi la fidélité et la puissance vitale, celle qui féconde et celle qui maintient l’ordre et l’union. On retrouve ici aussi des principes ouraniens comme la force céleste fécondante, la fidélité et l’ordre cosmique. Dans l’imagerie populaire du 15è siècle, le canard est l’expression des vœux et permet la réalisation de ceux-ci. Il est un oiseau de bon augure. À tel point qu’une image d’un couple de canards est placée dans la chambre nuptiale afin de protéger l’union du nouveau couple.

Chez les Amérindiens de la Prairie (Amérique du Nord), il symbolise avant tout le guide parfait. Il est à l’aise aussi bien sur l’eau que dans les airs. Dans certains rites chamaniques, on utilisait des plumes de canard afin que le voyage spirituel se fasse sous la protection d’un bon guide. Cette notion de guide infaillible trouve un parallèle dans les cultes solaires européens où la aussi les Dieux célestes sont associés à cette idée de guide, de forces divines ouraniennes qui donnent la bonne direction, se calquant ainsi sur l’ordre cosmique et cyclique des puissances d’en haut. 

Hathuwolf Harson

Sources :

« Mythes et symboles de l’Europe préceltique », Jacques Briard

« Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Symbolisme du swastika :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/315806118558203/?type=3&theater

Symbolisme de la roue solaire :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/404058083066339/?type=3&theater

Symbolisme des cercles concentriques :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/417762811695866/?type=3&theater

Symbolisme du cygne : https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305428916262590.1073741838.230064080465741/379041175568030/?type=3&theater