La Chouette

Sagesse et Malheur...

Une sombre forêt, une nuit de pleine lune, ombres mystérieuses et inquiétantes, soudain le cri d’une chouette perce le silence angoissant. Elle prend son envol tel un étrange esprit de la nuit. Une sensation de crainte envahit l’observateur de cette scène. Mais pourquoi donc ?... La réponse il faut la chercher au plus profond de notre inconscient collectif, car depuis des temps immémoriaux la chouette véhicule des images bien précises qui vibrent encore de nos jours dans nos gênes. 

 

Dans les différentes traditions païennes d’Europe, germanique, celte, grecque, romaine ou slave, le cri de la chouette ou du hibou fut toujours associé à un mauvais présage. Entendre une chouette pousser un cri ne pouvait rien apporter de bon. C’est le malheur qui était ainsi annoncé. Tristesse, mélancolie, solitude, sont les différents sentiments qui submergeaient celui qui était témoin de l’envol d’une chouette au détour d’un chemin. La chouette est un volatile nocturne, une créature de la nuit, et participe logiquement de tout ce qui est mystérieux, obscur et étrange. Elle fut souvent mise en relation avec l’idée de mort. Par son apparition soudaine elle pouvait se présenter sous son aspect le plus sombre, comme un messager de la mort. La mythologie grecque en fait l’interprète d’Atropos, celle des Parques qui coupent le fil de la destinée. Lors de la christianisation de l’Europe, les chrétiens n’eurent logiquement pas de mal pour en faire un symbole diabolique. Le moyen âge associera souvent la chouette aux sorcières et à leurs maléfices. Mais en s’attardant un peu sur le symbolisme païen de ce volatile, on s’aperçoit que le christianisme n’a retenu que la partie sombre de la symbolique liée à la chouette. Une démarche certainement pas innocente… Car en effet, l’aspect symbolique originel est double, et ne se limite pas uniquement aux mauvais présages et au malheur. 

 

La chouette est dans les anciennes traditions un symbole luni-terrestre, rattachée donc aux forces lunaires et chtoniennes à la fois. Elle était à l’origine associée au culte de la Terre-Mère et aux mystères qui l’entourent. Les grands yeux de la chouette lui permettent de voir dans l’obscurité, et font d’elle un symbole de sagesse et de clairvoyance. Elle peut voir ce que les autres ne distinguent même pas. Elle entre ainsi en relation avec le symbolisme de la connaissance suprême, celle réservée aux êtres supérieurs. Il semblerait que les Celtes continentaux mirent la chouette en relation avec la Déesse Mère Rigani. Deux pièces archéologiques de Reinheim trouvées dans une tombe de princesse celte, tendraient à conforter cette relation avec Rigani. Chez les Grecs, la grande Déesse Pallas Athéna est très souvent représentée en compagnie de son animal totem, la chouette. À ce titre, la chouette était tenue en très grande estime. Toute la sagesse du monde s’exprimait au travers de la présence de cet animal aux côtés de la Déesse Pallas Athéna. René Guénon, grand spécialiste des symboles anciens, a noté qu’on pouvait dans cette relation entre les yeux grands ouverts de la chouette et la Déesse Athéna-Minerve, un véritable symbole de la connaissance rationnelle, cette connaissance, qui tout comme le reflet de la lune, permet d’être guidé dans les moments les plus sombres de la vie. 

 

Dans certaines traditions chamaniques, les plumes d’une chouette permettent d’être protégé contre les mauvais Esprits. C’est ainsi qu’elles couvrent en partie la tenue rituelle de nombreux chamanes. Tout en favorisant le voyage de l’initié vers les mystères des autres mondes, en lui ouvrant les portes de la grande connaissance, les plumes d’une chouette lui donnaient la force d’affronter les créatures liées aux mondes obscurs. 

Chez les Germains, la chouette était une des composantes pour un filtre d’amour. On utilisait ses pattes, sa graisse, son cœur, et ses os comme éléments magico-religieux pour ce genre de filtre d’amour. Ce type de pratiques remonte très certainement à d’anciens rites liés à la Grande Déesse des Germains, la Déesse Nerthus. On invoquait ainsi le pouvoir d’envoûtement de la Déesse afin de conquérir l’amour d’une personne. Certaines maladies étaient également traitées de forme rituelle en utilisant une potion faite à base de certaines parties de la chouette : la bile, la tête, et les intestins. Ces affections ainsi traitées étaient par exemple les inflammations de la gorge, la gale, ou les oreillons. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Jeudi 22 Novembre 2018