La Chauve-Souris

Et du Vampire...

La chauve-souris est un animal de nuit vivant au fond de cavernes ténébreuses. Ces cavernes sont de véritables portes vers le monde souterrain. La chauve-souris est donc logiquement associée aux forces chtoniennes, génératrices de fécondité mais aussi du chaos typique de la symbolique de l’infra monde. Dans la Grèce antique, cet oiseau nocturne qui est le seul volatile à posséder des mamelles, était un des attributs de la Déesse Artémis, la Déesse aux multiples seins. Les mamelles sont dans ce contexte un symbole de la mère nourricière qui protège les naissances et la croissance. Les cavernes dans lesquelles vivent les chauves-souris sont également une image de la matrice de la grande Déesse, ce qui nous renvoie encore une fois au symbolisme de la naissance et de la croissance. Certains mythes ont fait également de la chauve-souris un animal symbolisant la longévité. 

 

Mais au-delà de ce premier aspect nourricier et de fécondité, c’est le côté obscur de l’infra monde qui retient toute l’attention symbolique de la chauve-souris. Elle est alors un digne représentant du monde des morts. Elle reflète les esprits des morts qui errent dans les grottes souterraines. Une chauve-souris pouvait donc être le véhicule d’un revenant, un mort qui s’accroche au monde des vivants. Par extension elle représente aussi les forces négatives qui agissent au travers des puissances chtoniennes. Ce symbolisme lié aux esprits des morts et à l’infra monde chaotique nous mène tout logiquement à l’image bien connue de nos jours qui est celle du vampire. 

 

Le mythe du vampire comme non-mort venant sucer le sang des vivants, est très répandu dans toute l’Europe orientale, de la Grèce à la Russie en passant bien-sûr par la Transylvanie, endroit où le mythe du vampire était encore très présent jusqu’à des dates très récentes. Il semblerait que ce soit principalement chez les Slaves que le mythe du suceur de sang ait particulièrement pris racine.Ces vampires à l’apparence humaine s’identifient complètement au symbolisme de la chauve-souris par leur capacité à prendre une forme ou autre. Les vampires sont directement issus de cet infra monde où règnent les morts, ils en sont le miroir. Le fait que la lumière du jour peut les détruire, reflète directement leur état qui les enchaîne aux ténèbres des forces souterraines et de la mort. Sucer le sang des vivants est une relation symbolique qui indique que la mort se nourrit de la vie, et que l’un ne peut pas exister sans l’autre. C’est une image qui se retrouve dans le célèbre Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, le cycle infernal de la mort qui s’alimente de la vie. Selon certaines versions, le vampire serait aussi un symbole de l’appétit de vivre, qui renaît chaque fois qu’on le croit apaisé. Il est aussi une image du phénomène psychologique d’auto-destruction, de l’être qui se tourmente et dévore lui-même tant qu’il ne se reconnaît pas responsable de ses propres échecs. Le vampire est ainsi une véritable inversion des forces psychiques contre soi-même. 

 

Toute cette symbolique ténébreuse fut le motif principal d’une récupération monothéiste qui en fit un des animaux du Mal par excellence. Très tôt dans l’antiquité juive, la loi mosaïque condamna le symbole de la chauve-souris comme étant une image de l’idolâtrie et du mal. Les chrétiens firent de ce volatile la même chose en l’associant à leur diable inventé de toute pièce. Rappelons au passage que dans les traditions polythéistes, le mal absolu ou le bien absolu n’existent pas, car tout est relatif.

 

Hathuwolf Harson

 

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Vendredi 23 Novembre 2018