La Biche

Un voyage en Hyperborée...

Depuis les remps les plus reculés, la biche fut un symbole féminin. Les contes où l’on retrouve une princesse transformée en biche ont conservé le souvenir de cet ancien symbolisme païen. La biche est associée à des figures divines telles que Siegfried, Héraclès, Artémis, ou en encore Héra. La biche incarne la Déesse-Mère dans son aspect jeune, vierge, primitif et instinctif. Elle est la féminité qui se n’est pas encore pleinement révélée, dans son état pur et originel. Elle est le miroir de la jeune fille survivant dans la mère. 

Dans la tradition germano-nordique, c’est une biche qui nourrit le jeune héros solaire Siegfried, accomplissant ainsi le rôle de mère nourricière. Mais comme biche, c’est une mère avec tout ce qu’il y a de plus pur et de noble. Cette pureté est reliée au niveau symbolique à la sagesse, force que la biche transmet alors à Siegfried. Dans la tradition celtique, la chasse à la biche est reliée à la quête de la sagesse, qui se trouve sous un pommier, arbre de la connaissance et de l’immortalité. La biche est l’animal à la course légère, aérienne, rapide comme une flèche. La biche se dérobe devant le moindre danger grâce à sa vitesse. Dans la tradition grecque, elle est consacrée au culte de la Déesse Héra, Reine céleste et épouse du grand Zeus. Mais elle est surtout connue pour son lien avec la Déesse Artémis, sœur du Dieu solaire Apollon, et incarnation de la Terre dans son aspect vierge et sauvage. 

Le char de la Déesse Artémis est tiré par quatre biches, ce qui au niveau symbolique multiplie son lien avec l’aspect jeune et sauvage de la terre. De plus, le symbolisme du chiffre 4 est lui aussi intimement lié à celui de la Terre. Tout converge vers une profonde féminité symbolique de la biche. La Déesse Artémis possédait également une cinquième biche, celle qui fut nommée «la biche aux cornes d’or et aux pieds d’airain». Ces attributs ont évidemment une importance symbolique et ne sont pas là par hasard. Ils nous révèlent un double visage de la biche d’Artémis, celui qui la relie à l’aspect céleste et solaire (les cornes d’or), et celui qui la relie à l’aspect terrestre et chtonien (les pieds d’airain), on pourrait presque parler d’une face diurne et d’une face nocturne. Ce principe nous renvoie à toute la sagesse païenne liée à la connaissance des cycles. 

Cette biche aux pieds d’airain est celle que le grand Héraclès, autre héros solaire de nos traditions européennes, poursuivit dans la monde des rêves jusqu’au pays des Hyperboréens. Il la poursuivit durant une année entière. Son défi était de la capturer vivante. Héraclès parvint à placer une flèche entre l’os et le tendon de la biche sans verser une seule goutte de son précieux sang. Après l’avoir ainsi immobilisée, Héraclès put ramener la biche à Mycènes. Les Hyperboréens sont les habitants du grand Nord, et dans la tradition grecque ils représentaient les sages des origines. Ils étaient le souvenir d’un âge d’or perdu et de la sagesse qui prévalait en ces temps lointains. Le mythe de la biche et de sa course vers le pays des Hyperboréens nous plonge ainsi dans l’archétype de la quête de la sagesse, de cette pureté originelle si difficile à atteindre. 

Les pieds d’airain de la biche relèvent eux aussi d’un aspect symbolique double. Dans les anciennes traditions païennes d’Europe, l’airain est un alliage de métaux qui symbolise l’union du Ciel-Père et de la Terre-Mère. Les pieds d’airain de la biche isolent l’animal de la terre en renforçant son lien avec les puissances solaires et célestes. Mais en même temps, l’airain génère une évidente lourdeur qui rattache l’animal aux forces de la terre. Ce caractère bipolaire de la biche aux pieds d’airain souligne de manière mystique toute la force sacrée qui se cache dans la course perpétuelle de la vierge farouche. 

Hathuwolf Harson.

Source :

« Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant