L'Ours

Au travers des Âges...

De nos jours, l’ours évoque souvent l’image câline du nounours tellement appréciée par les enfants. Mais nos ancêtres avaient une toute autre image de cet animal. Depuis la plus haute préhistoire européenne, en passant par les Celtes, les Germains, les Grecs et les Romains, jusqu’au début du XXè siècle, l’ours fut vénéré d’une manière continue et très similaire. Il évoque symboliquement bien des notions comme la force primitive et sauvage, la brutalité cruelle, le courage, la puissance violente et dangereuse. Mais nous allons voir que la symbolique de l’ours est bien plus profonde que ça.

Les éléments archéologiques et la survie de son culte au travers des différentes cultures postérieures, nous permettent de reconstruire certains aspects du culte lié à l’ours durant la préhistoire. Ses racines se situent dans une époque aussi reculée que le paléolithique, époque à laquelle l’animal est en directe concurrence avec l’être humain car tout comme eux, il habite dans des cavernes et vit de la chasse et de la cueillette. La relation entre humains et ours est très étroite, et la frontière entre chasseurs et chassés est souvent difficile à situer. En Europe cet heritage du paléolithique l’imprègne d’un pouvoir mystérieux comme celui des profondeurs obscures des cavernes qui est son habitat naturel. L’obscurité est le symbole des mystères initiatiques, la caverne était donc l’endroit ideal pour célébrer les rites d’initiation ou de type chamaniques. Les peintures rupestres au fond des cavernes préhistoriques selon les dernières recherches, seraient justement intimement liées à ces pratiques chamaniques de nos ancêtres les plus lointains. On imagine très bien le “sorcier” du clan couvert d’une peau d’ours récitant des “mantras” qui devaient résonner de manière solennelle au fond des grottes. Il est fort probable aussi que le jeune initié pour devenir un chasseur adulte et un guerrier devait affronter un ours afin de prouver son courage et sa force. Les restes archéologiques les plus anciens où il a été posible de démontrer qu’il existait une attitude cultuelle vis-à-vis de l’ours, furent trouvés à la grotte des dragons à Wildenmannlisloch en Suisse et furent datés entre 70.000 et 100.000 avant notre ère. Des restes de plus de 1000 ours y ont été trouvés placés dans des coffres d’une manière bien particulière et orientés vers l’entrée de la grotte ; ces restes étaient accompagnés d’une statuette de la Terre-Mère, la plus ancienne connue à ce jour.

Ce dernier point nous mène à une constatation fondamentale: le culte de l’ours était également un culte à l’ourse. Les grottes dans lesquelles logeaient les ours ou les hommes furent de tout temps une image de la matrice de la Terre, son utérus. L’ourse donne jour à ses petits dans une grotte et rejoint par là la symbolique liée à la Terre-Mère, la Grande Déesse de la fécondité. Et ça n’est pas le seul point commun entre l’ourse et la Terre-Mère. En effet l’hibernation de cet animal sacré est un reflet des cycles naturels de la Terre, la nature entre en sommeil durant les mois d’hiver afin de renaître avec les beaux jours du printemps. Nos ancêtres de la préhistoire voyaient en l’ourse une envoyée et une représentante de la Grande Déesse. Cette relation toute particulière entre l’ourse et la Terre a survécu dans une étymologie très intéressante que l’on trouve en allemand moderne. Dans la langue de Goethe l’ours se dit “Bär”, et pour dire “donner le jour à un enfant” on emploie le verbe “Gebären” qui pourrait se traduire littéralement par “l’action ´d’ourser´”. Quant à l’utérus, il se traduit en allemand par “die Gebärmutter”, mot qui pourrait se décomposer de la manière suivante: “la mère dont l’action est ´d’ourser´”. Cette relation étymologique se retrouve aussi dans une autre langue germanique, l’anglais, où pour dire “donner le jour à un enfant” on emploie le terme “to bear a child”, bear signifiant ours. Il est fort à parier que dans la société préhistorique, la chamane vouant un culte à la Déesse-Ourse était aussi celle qui assistait les naissances au sein du clan, la sage-femme. Les évidences archéologiques démontrent que le culte à l’ours semble s’être maintenu à travers toute la période paléolithique vu que d’autres grottes plus récentes présentent les mêmes caractéristiques cultuelles liées à l’ours. À Regourdou (Montignac en Dordogne), des restes d’ours sont retrouvés disposés de manière rituelle. À Lascaux une tombe fut découverte où se trouvaient enterrés ensembles un Néandertalien et un ours. Dans la grotte de Montespan (Haute-Garonne) fut découverte une statuette vieille de 22.000 ans présentant un ours acéphale percé par plusieurs sagaies. Dans la grotte Chauvet en Ardèche, les archéologues retrouvèrent également des crânes d’ours disposés de manière rituelle.

Pour mieux comprendre les cultes chamaniques liés l’ours, il est nécessaire de se plonger un peu dans la culture religieuse d’un peuple connu pour ses cultes chamaniques : les Sami (les Lapons) du Grand Nord européen. L’ours était en effet présent chez eux comme l’un des animaux les plus sacrés et il était vénéré comme “chien de dieu”, c’est à dire représentant direct des forces divines. La chasse à l’ours était réservée aux meilleurs chasseurs, aux plus forts. Après avoir abattu un ours, des festivités ainsi que de nombreux rites avaient lieu durant plusieurs jours. Ces rites se concluaient par une cérémonie d’enterrement de l’ours. Une vieille légende sami parle d’une jeune femme qui après s’être disputé avec ses 3 frères, va chercher refuge auprès d’un ours dans sa grotte. L’ours et la jeune femme eurent un fils. L’ours pour sauver sa « famille » n’hésita pas à se sacrifier lorsque les 3 frères vinrent les chercher. Ici deux mythes se recoupent : celui de la Terre-Mère, et celui de la Chasse.

La Sibérie, qui elle aussi est impregnée de chamanisme, donne une grande place à l’ours dans ses traditions religieuses qui peuvent être mises en parallèle avec les traditions chamaniques du Nord de l’Europe. L’ours y est associé à la lune et au cycle des plantes car il disparaît en hiver et apparaît à nouveau au printemps. Il est également présent dans les rites d’initiation tels que les concevaient nos ancêtres de la préhistoire. L’animal a la réputation de ne rien oublier et d’avoir une grande mémoire car il entend par l’intermédiaire de la Terre-Mère. Les sibériens lui donnent des noms comme « maître de la forêt », « Grand-Père », « Grand-Oncle », ou bien « Grand-Mère ». Ces appellations démontrent à quel point les liens avec l’ours sont étroits et presque famliaux pourrait-on dire. Certains rites de protection incluaient l’utilisation de certaines parties du corps de l’ours comme les pattes, les griffes ou les dents. Une patte clouée près d’une porte d’entrée protégeait contre les mauvais esprits. Si elle était déposée dans un berceau, elle était censé apporter protection à l’enfant. Porter une griffe permettait de s’approprier la force et la santé de l’animal. Chez les Yakoutes, l’ours est pris à témoin dans les serments, car jurer se fait assis sur un crâne d’ours.

 

Mais revenons à présent dans notre belle et vieille Europe afin de voir le rôle que jouait la symbolique de l’ours dans nos anciennes traditions polythéistes. Chez les Celtes l’ours représente la noblesse guerrière et le pouvoir temporel opposé au pouvoir spirituel de la classe sacerdotale des druides représentée par le sanglier. Tout semble indiquer que les Celtes ont perpétué l’ancien culte préhistorique de l’ours, tout comme ils le firent avec le culte du cerf au travers du Dieu Kernunnos. Ici aussi l’ours incarne la force physique dans son état le plus primaire et originel. En tant qu’habitant des cavernes, il représente également le maître de l’autre monde, celui de l’au-delà. Aux défunts il était coutume de mettre des offrandes dans la tombe comme les dents ou les griffes d’ours. Chez les Gallo-romains à Beaucroissant dans l’Isère il existait le culte au Dieu Mercure Artaios qui était associé à l’ours et à la chasse. En celte commun, « ours » se dit « Artos » ; en vieil irlandais « Art » ; en langue gaëlique « Arth » ; en breton « Arzh ». Cette étymologie se retrouve dans le nom du célèbre roi Arthur (Artoris) qui représente l’archétype du roi et du pouvoir temporel. Il incarne l’idéal chevaleresque au travers de la quête du Graal et rappelle l’importance de la classe guerrière. Cette opposition entre temporel et spirituel, royauté et sacerdoce, est exprimée dans un conte gallois où Arthur chasse durant 9 jours et 9 nuits le sanglier blanc dont le nom est Twrch Trwyth. Les Gallois nomment les constellations de la Grande et Petite Ourse le « Char d’Arthur ». À ce titre il est intéressant de noter que la Grande Ourse est la constellation qui permet de trouver l’étoile du Nord, et que notre mot « arctique » (le Nord polaire) vient d’une étymologie similaire vu qu’en grec ancien « arktos » signifie « ours ». Il semblerait donc que l’ours ait eu une relation étroite avec la symbolique du Nord qui représente l’origine de toute chose, le point central et immuable du pouvoir temporel. La racine celte du mot « ours » se retrouve aussi dans le nom du sorcier irlandais Mathgen qui vient de Matugenos qui veut dire « Né de l’ours ». En Gaule furent trouvées des dédicaces à une Déesse Andarta dont le nom veut dire « Grande Ourse ». Son nom est apparenté avec celui de la Déesse Andrasta vénérée par les Bretons au 1er siècle de notre ère. On retrouve avec ces Déesses l’escence féminine de la classe guerrière, élément typique de la culture celtique. Et il existe une Déesse celte qui incarne parfaitement le culte à l’ourse : la Déesse Artio. En 1832 fut trouvé à Muri près de la ville suisse de Berne une statue représentant la Déesse accompagnée d’une ourse. Cette statue porte une inscription votive : DEAE ARTONI (« À la Déesse Artio »). Elle date du 2ème siècle avant notre ère.

Ce n’est certainement pas un hasard si la ville de Berne a comme emblême héraldique un ours. De plus il est à suppooser que le nom même de Berne ait un lien avec Bär (« ours » en allemand). L’ourse semble avoir mangé des fruits de l’écuelle tenue par la Déesse. Cette écuelle est à mettre en relation directe avec la symbolique de la corne d’abondance et du graal qui est l’image de la fertilité et de la fécondité proportionnées par la Grande Déesse-Mère. L’ourse concentre en elle les notions d’amour maternel, de la Terre sauvage, celle qui n’est pas cultivée, de la forêt et de la montagne à l’état brut, dispensatrice de fruits et de gibiers. Artio accompagnait très certainement les rites des mères en phase d’allaitement.

 

Dans les Pyrénées il existe un bel exemple d’un rite lié au culte de l’ours et qui a survécu à l’usure du temps et des siècles. À Arles-sur-Tech et Prats-de-Mollo en Roussillon, chaque année on célèbre le marriage de l’ours avec Rosette, une figure féminine dans laquelle on peut reconnaître le profil de l’ancienne Déesse-Mère. Traditionnellement cette fête de l’ours (la diada de l’os) se tenait le 2 février. Les Celtes célébraient la fête d’Imbolc le 1er février, fête qui a survécu dans la moderne chandeleur, et qui symbolisait le réveil de la nature, le retour de la lumière ainsi que la promesse du printemps. L’ours, un homme déguisé couvert de suie mélangé à de l’huile, pourchasse à travers tout le village les gens afin de les noircir. En fin de journée les chasseurs finissent par attraper l’ours auquel ils enlèvent le déguisement et célèbrent ainsi la victoire de l’homme sur l’animal tout en rappelant que l’homme naît de l’animal. Par ailleurs en Comminges, les sources évoquent le culte à une ancienne Déesse-Ourse du nom de Artahé dont l’étymologie se rattache clairement au groupe celtique. Ceci prouve l’importance que devait avoir le culte à l’Ours(e) dans cette région des Pyrénnées centrales. Des variantes de ce culte se retrouvent dans bien d’autres régions comme le Pays Basque ou Bigorre. On retrouve dans toutes les Pyrénnées le fameux conte « Jean de l’Ours » qui reprend le thème du rapt d’une femme par l’ours et de la naissance d’un enfant mâle doué d’une force extraordinaire. Ce dernier, Jean de l’Ours, réussit à l’âge de 7 ans à s’enfuir de la caverne natale pour rejoindre le monde des humains. Chez les basques, Jean de l’Ours est souvent associé à Baxajaun le Seigneur de la forêt sauvage. Certains auteurs voudraient voir dans le Big Foot américain ou le Yéti himalayen une continuation de cet ancien conte ou un parallèle avec Jean de l’Ours. Ce thème se retrouve en fait dans bien des cultures d’Europe et d’ailleurs qui ont cotoyé l’ours : les Pyrénnées bien-sûr, la Suisse, la Finlande, la Russie, l’Amérique du Nord, le Japon, etc...

Chez les anciens Grecs, l’ours est l’attribut de plusieurs divinités, mais on le trouve surtout accompagnant la Déesse lunaire Artémis, plus connue chez les Romains sous le nom de Diane. La Déesse Artémis revêt souvent la forme d’un ours, et elle est la Déesse de la chasse et de la nature sauvage et vierge. L’étymologie de son nom remonterait à une époque antérieure aux Grecs et serait originaire d’une racine lingüistique proto-indo-européenne qui signifie « ours ». Certaines sources montrent une parenté avec certains noms de lieu en Anatolie d’époque hittite. Très lié au mythe lunaire, l’ours était chasseur et chassé à la fois, sacrificateur et sacrifié. Les rites liés au culte de la Déesse Artémis étaient connus pour être plutôt durs, voire cruels. La nature vierge et sauvage ne fait pas de cadeaux, la Déesse Artémis non plus. Par ailleurs, la nymphe Callisto qui accompagne souvent la Déesse Artémis, fut séduite par le roi des Dieux Zeus. Callisto enfanta alors un fils du nom d’Arkas (nom lié à l’ours). Héra, l’épouse de Zeus, éprise de jalousie et de rage par la perte de la virginité de Callisto, transforma cette dernière en ourse. Quelques temps plus tard, Arkas fut lui aussi transformé par Zeus en ours. Le père des Dieux prit alors les deux par la queue et les projeta vers le ciel étoilé où ils devinrent la Grande et Petite Ourse.

À Rome l’ours symbolisait, tout comme chez les Celtes, la force et la classe guerrière. C’est ainsi que le porte-étendard des légions romaines (le signifer) se revêtait souvent d’une peau d’ours invitant par ce biais la force divine de l’animal à posséder les légionnaires. Ceci avait pour but d’augmenter considérablement les chances de victoire au combat. De plus, Rome se rendit célèbre pour ses jeux du cirque où il était coutume entre autres d’affronter des animaux sauvages afin de prouver la force et la rage au combat. L’ours, que les romains faisaient venir la plupart du temps de la lointaine Germanie, y tenait une très bonne place. L’empereur Caligula fit par exemple combattre 400 ours en un jour dans la célèbre arène du Circus Maximus.

Dans la culture germano-nordique, l’ourse est également présente comme symbole lié à Mère-Nature et comme élément rituel des mères et des naissances. Une des versions récentes des runes germano-nordiques, nous parle de la rune BAR que l’on nomme parfois aussi la rune de l’ourse. Elle est censée apporter la force magique de Nerthus la Terre-Mère et de protéger lors des naissances. Elle accompagne aussi le défunt dans son voyage post-mortem. On soupçonne que derrière cette rune pourrait se cacher une ancienne divinité ourse du panthéon proto-germanique. Le culte à l’ours quant-à lui se distingue surtout au travers d’une classe guerrière toute particulière connue sous le nom de Berserkir et dont le nom veut dire « chemise [en peau] d’ours ». Ces guerriers étaient craints et connus pour leur fureur et rage au combat. Revêtus juste d’une peau d’ours, en transe, les Berserkir combattaient avec une extrême violence et sans aucune crainte pour leur propre vie. Ils vouaient un culte particulier au Dieu Wodan / Odin dont l’étymologie est également en relation avec la fureur au combat. Après avoir bu dans un crâne d’ours une mixture hallucinogène, les Berserkir appelaient en eux avec l’aide du Dieu, la force de l’ours afin de se mettre psychiquement parlant dans la peau de l’animal. Boire du sang d’ours avait également la réputation de conférer la force sauvage de l’animal. L’attitude de ces guerriers rejoint tout à fait le symbolisme de l’ours : force extrême, brutale et sauvage. Le passage à l’âge adulte des jeunes se traduisait par un rite dans lequel les futurs guerriers, pour prouver leur courage, devaient affronter un ours en combat singulier à mains nues. Certains noms germaniques ont conservé le souvenir de ce culte au plantigrade. Bernhard (Bernard) signifie « fort comme un ours » ; Bernulf veut dire « fort comme un ours et tenace comme un loup » ; Björn se traduit par « celui qui a la force de l’ours » ; Ursula dont le nom remonte à la racine latine « Ursus » désignant l’ours ; Beowulf (célèbre héros mythique de la tradition anglo-saxonne) possède une étymolgie intéressante : « le loup des abeilles » qui est le Kenning (image poétique) pour désigner l’ours. Certains contes de tradition germanique nous parlent également de l’ours comme gardien d’un ancien trésor, ce qui le rapproche du symbolisme de l’abondance et du dragon gardien des trésors. On retrouve également dans le célèbre roman « Le Hobbit » deTolkien un personnage du nom de Beorn qui a la particularité de pouvoir se transformer en ours.

Dans le mythe fondateur de la tradition balte Lacplesis, l’ours joue un rôle important dans la figure du héros moitié homme moitié ours qui sauve la le peuple letton.

 

Dans l’Europe christianisée il était coutume de diaboliser ou de récupérer les anciens symboles païens ; il en fut de même pour l’image de l’ours qui dût se voir relégué au rôle d’une figure démoniaque. Un des premiers chrétiens, Saint Augustin, n’hésita pas à écrire que « Ursus est diabolus » (l’ours est le diable). Ces premiers chrétiens se rendirent hélas célèbres par leurs écrits haineux et intolérants à l’extrême pour tout ce qui touche aux traditions d’origine païenne. Cette dépréciation fanatique de la part de l’église catholique envers l’ours durant tant de siècles eût comme résultat que durant le Moyen-Âge le plantigrade sacré était considéré que comme un animal goinfre et stupide. Cependant, le culte à l’ours étant très enraciné dans les cultures européennes, certains saints chrétiens reprirent à leur compte l’image de l’ours en s’associant à cet animal mythique afin de le dénaturer: St-Éloi, St-Ursmer, St-Ursus, St-Vallier, St-Gall, St-Colomban, St-Arige, et St-Armand pour n’en citer que quelques-uns. Cette association entre un saint et un ours est une démarche typique du christianisme : lorsque la destruction et la persécution d’un culte païen ne donnaient pas les résultats espérés, l’église n’hésitait pas à récupérer un ancien mythe païen en le déformant et en trahissant ainsi son sens original. L’iconographie chrétienne a très souvent représenté le diable avec les attributs d’un ours, et c’est donc logiquement que dans de nombreuses festivités locales, comme celle de La Vijanera en Cantabrie, on trouve un ours symbolisant le mal lequel est « tué » rituellement chaque année. Cette diabolisation de notre si bel animal, malgré les siècles de persécutions chrétiennes, n’a pas réussi à effacer de notre inconscient collectif la véritable dimension symbolique liée à l’ours.

Ainsi, nous avons pu voir à travers ce bref exposé à quel point l’ours fut une figure centrale dans bien des mythes de l’Europe païenne et comment il a pu survivre dans la majeure partie des traditions populaires. De la force sauvage et brute en passant par l’amour maternel de l’ourse, il est clair que la symbolique de l’ours fut profondément ancrée dans l’inconscient collectif de nos ancêtres, et ceci depuis les âges les plus reculés de notre histoire. Le défi pour notre époque et pour les générations à venir sera de maintenir vive cette symbolique représentant une véritable flamme de la connaissance et une porte ouverte sur la sagesse de nos anciens mythes.

 

Hathuwolf Harson

 

Dimanche 3 Décembre 2017


Réveil de l'Ours et de la lumière...

Ci-dessous, deux extraits de mon article sur le symbolisme de l'Ours :

 

Dans les Pyrénées il existe un bel exemple d’un rite lié au culte de l’ours et qui a survécu à l’usure du temps et des siècles. À Arles-sur-Tech et Prats-de-Mollo en Roussillon, chaque année on célèbre le marriage de l’ours avec Rosette, une figure féminine dans laquelle on peut reconnaître le profil de l’ancienne Déesse-Mère. Traditionnellement cette fête de l’ours (la diada de l’os) se tenait le 2 février. Les Celtes célébraient la fête d’Imbolc le 1er février, fête qui a survécu dans la moderne chandeleur, et qui symbolisait le réveil de la nature, le retour de la lumière ainsi que la promesse du printemps. L’ours, un homme déguisé couvert de suie mélangé à de l’huile, pourchasse à travers tout le village les gens afin de les noircir. En fin de journée les chasseurs finissent par attraper l’ours auquel ils enlèvent le déguisement et célèbrent ainsi la victoire de l’homme sur l’animal tout en rappelant que l’homme naît de l’animal.  

Chez les Celtes l’ours représente la noblesse guerrière et le pouvoir temporel opposé au pouvoir spirituel de la classe sacerdotale des druides représentée par le sanglier. Tout semble indiquer que les Celtes ont perpétué l’ancien culte préhistorique de l’ours, tout comme ils le firent avec le culte du cerf au travers du Dieu Kernunnos. Ici aussi l’ours incarne la force physique dans son état le plus primaire et originel. En tant qu’habitant des cavernes, il représente également le maître de l’autre monde, celui de l’au-delà. Aux défunts il était coutume de mettre des offrandes dans la tombe comme les dents ou les griffes d’ours. Chez les Gallo-romains à Beaucroissant dans l’Isère il existait le culte au Dieu Mercure Artaios qui était associé à l’ours et à la chasse. En celte commun, « ours » se dit « Artos » ; en vieil irlandais « Art » ; en langue gaëlique « Arth » ; en breton « Arzh ». Cette étymologie se retrouve dans le nom du célèbre roi Arthur (Artoris) qui représente l’archétype du roi et du pouvoir temporel. Il incarne l’idéal chevaleresque au travers de la quête du Graal et rappelle l’importance de la classe guerrière. Cette opposition entre temporel et spirituel, royauté et sacerdoce, est exprimée dans un conte gallois où Arthur chasse durant 9 jours et 9 nuits le sanglier blanc dont le nom est Twrch Trwyth. Les Gallois nomment les constellations de la Grande et Petite Ourse le « Char d’Arthur ». À ce titre il est intéressant de noter que la Grande Ourse est la constellation qui permet de trouver l’étoile du Nord, et que notre mot « arctique » (le Nord polaire) vient d’une étymologie similaire vu qu’en grec ancien « arktos » signifie « ours ». Il semblerait donc que l’ours ait eu une relation étroite avec la symbolique du Nord qui représente l’origine de toute chose, le point central et immuable du pouvoir temporel. La racine celte du mot « ours » se retrouve aussi dans le nom du sorcier irlandais Mathgen qui vient de Matugenos qui veut dire « Né de l’ours ». En Gaule furent trouvées des dédicaces à une Déesse Andarta dont le nom veut dire « Grande Ourse ». Son nom est apparenté avec celui de la Déesse Andrasta vénérée par les Bretons au 1er siècle de notre ère. On retrouve avec ces Déesses l’escence féminine de la classe guerrière, élément typique de la culture celtique. Et il existe une Déesse celte qui incarne parfaitement le culte à l’ourse : la Déesse Artio. En 1832 fut trouvé à Muri près de la ville suisse de Berne une statue représentant la Déesse accompagnée d’une ourse. Cette statue porte une inscription votive : DEAE ARTONI (« À la Déesse Artio »). Elle date du 2è siècle avant notre ère.

Ce n’est certainement pas un hasard si la ville de Berne a comme emblême héraldique un ours. De plus il est à suppooser que le nom même de Berne ait un lien avec Bär (« ours » en allemand). L’ourse semble avoir mangé des fruits de l’écuelle tenue par la Déesse. Cette écuelle est à mettre en relation directe avec la symbolique de la corne d’abondance et du graal qui est l’image de la fertilité et de la fécondité proportionnées par la Grande Déesse-Mère. L’ourse concentre en elle les notions d’amour maternel, de la Terre sauvage, celle qui n’est pas cultivée, de la forêt et de la montagne à l’état brut, dispensatrice de fruits et de gibiers. Artio accompagnait très certainement les rites des mères en phase d’allaitement.

Hathuwolf Harson

 

Dimanche 3 Décembre 2017


Le Culte de l'Ours...

Les Finlandais appartiennent principalement au groupe ethnoculturel des Finno-Ougriens. Ces derniers sont un des rares peuples d’Europe à ne pas être d’origine indo-européenne. Bien que certains apports indo-européens ont eu lieu lieu au niveau ethnique, ceux de la branche nordique et la branche slave, les Finlandais parlent une langue qui n’est pas indo-européenne. La famille finno-ougrienne se compose de peuples comme les Lapons, les Finnois, les Caréliens, les Vepses, les Votes, les Estoniens, les Lives, les Tchérémisses, ou encore les Votiaks. Leur zone d’influence s’étend de l’Oural en Russie à la Finlande. La plupart sont de nos jours des tribus très isolées et numériquement en baisse constante. 

Les traditions païennes de ces peuples se sont conservées jusqu’au siècle dernier, et dans de nombreux cas, même jusqu’à nos jours. Certes, ils n’ont pas non plus échappé aux horreurs de la christianisation, mais au lieu de mélanger les deux religions, ils ont souvent réussi à les maintenir séparées de forme parallèle. Le paganisme des Finno-Ougriens remonte très loin dans le temps puisqu’il est l’héritier direct des traditions de la révolution agricole du néolithique et surtout des traditions de chasse et cueillette issues du lointain paléolithique. Ce qui caractérise le paganisme de ces Finno-Ougriens sont leurs cultes chamaniques qui rassemblent d’évidents parallèles avec les traditions chamaniques des peuples sibériens. Le chamanisme finno-ougrien a d’ailleurs probablement influencé en partie le paganisme nordique, ce qui peut se constater avec la tradition du Seiðr pratiquée par les Dieux Vanes ainsi que par le Dieu Óðin.

Parmi les Finnois existait une forte dévotion au culte animal dont certains, comme l’élan ou l’ours, devinrent les animaux-totems des différentes tribus. Et c’est une de ces relations avec leur animal-totem que nous allons voir à présent au travers de leurs rites. L’animal en question est l’ours. Pour le symbolisme de l’ours, voir le lien à la fin de cet article. 

Le culte de l’ours était célébré de manière dramatique et festif à la fois. D’importantes cérémonies entouraient la mise à mort de l’ours. Les chasseurs n’avaient pas le droit de manger durant les deux jours qui précèdent la chasse à l’ours. Des rites de purification se tenaient pendant lesquels on passait les habits, les chiens de chasse, et les armes au travers des fumées de feux consacrés à l’esprit de l’ours. Ensuite, les chasseurs rampaient jusqu’à une grotte où se cachait l’animal. Ils le faisaient en chantant des hymnes en l’honneur du roi des forêts afin de le réveiller. Lorsqu’il sortait de sa caverne, les chasseurs le tuaient. Ils s’excusaient alors auprès de l’ours de l’avoir tué. On respecte de cette façon l’esprit de l’animal et s’établit ainsi une certaine harmonie entre l’homme, sa proie et la nature. L’ours était dépecé sur place. À continuation, on se rendait en procession au foyer du clan, une procession qui se faisait dans la joie et la bonne humeur. Arrivés à la maison, les chasseurs accrochaient la peau de l’ours au mur au cours d’un grand festin pendant lequel on ne pouvait manger que de la viande d’ours. Pendant les préparatifs du festin, il était coutume de chanter en l’honneur de l’animal. On posait le crane de l’ours sur la table afin que son esprit accompagne tous les membres du foyer. Le festin était fortement arrosé de bière et de schnaps. Le jour suivant durant une procession festive, on menait les os et le crane de l’ours dans une clairière en forêt. Les os étaient enterrés afin que l’esprit animal retourne vers la Terre-Mère, tandis que le crane était suspendu à une branche d’arbre, ce qui permettait de se concilier les puissances célestes. Cet acte rituel était aussi censé rappeler l’union sexuelle des forces terrestres et célestes. 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Dimanche 3 Décembre 2017


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