L'Araignée

L’araignée est un animal qui cause souvent de nos jours le dégoût ou la peur. Même si un personnage moderne comme Spiderman est venu redonner une place plus honorable à l’araignée, elle reste tout de même dans la mentalité moderne un animal que l’on préfère ne pas rencontrer. La crainte qu’elle occasionne chez certaines femmes relève parfois de la peur panique. Et pourtant, l’araignée ne fut pas toujours vue de la sorte. Nos ancêtres païens la considéraient comme un animal digne d'un très grand respect. Dans les traditions polythéistes d’Europe, elle entrait de plein droit dans la grande famille des animaux sacrés. Nous allons voir pourquoi.

 

Contrairement à d’autres animaux dont le symbolisme remonte à la plus haute préhistoire, celui de l’araignée se caractérise par une très forte influence indo-européenne. Bien que rattaché aux forces lunaires, le symbolisme de l’arachnide plonge ses racines dans l’univers magico-religieux des nos ancêtres Indo-Européens. Ce qui caractérise l’araignée est bien-sûr le fait qu’elle tisse sa toile. Le fil qu’elle tisse fut considéré par les traditions païennes issues des Indo-Européens, comme un miroir des Déesses du destin. Chez les Romains ces Déesses se nommaient les Parcae (les Parques), dans la tradition germano-nordique elles portaient le nom de Nornes du destin. Dans tous les cas de figure, ces Déesses du destin sont au nombre de trois et tissent de longs fils qui représentent le destin des hommes. Chaque fil tissé par les Nornes équivaut à la destinée d’un être humain. Les trois Nornes sont Urd (le passé), Verdandi (le présent – ce qui devient), Skuld (le futur). Le Devenir de toutes les vies est entre leurs mains. L’Araignée comme tisseuse participe donc logiquement de ce pouvoir magique lié aux Nornes, le pouvoir qui régit le grand livre des destins. 

 

La toile d’araignée dans son ensemble était elle aussi un reflet de la force du destin. La toile semble très fragile et pourtant elle est d’une efficacité terrible vis-à-vis des proies qui s’y laissent prendre. L’apparence trompeuse de la toile est une leçon de la vie, car elle rappelle que l’on ne doit jamais se fier aux apparences au risque de se perdre soi-même. L’araignée en tissant sa toile est l’artisan de la réalité et des illusions générées par cette même réalité. Celui qui sait voir au-delà de ces illusions superficielles de la vie, est celui qui prendra conscience des véritables dimensions de la réalité. Le symbolisme de l’araignée est une véritable invitation à un voyage au plus profond de notre conscient et de notre inconscient. Les Upanishads de la tradition indo-aryenne ont fait de l’araignée un symbole de la liberté, car elle est celle qui est capable de se mouvoir sur d’autres plans de la réalité ouvrant ainsi les portes de nouveaux états de conscience. 

 

Dans la tradition gréco-romaine, il existe une figure mythologique intimement liée à l’araignée, c’est une jeune fille de Lydie qui portait le nom d’Arachné. Elle était passée maître dans l’art du tissage. Sa renommée remonta jusqu’aux Dieux de l’Olympe. La Déesse Athéna fut tellement intriguée qu’elle décida de rendre visite à Arachné. Athéna, étant elle-même très habile dans l’art du tissage, fut blessée dans son honneur lorsque Arachné lui dit qu’elle était la meilleure tisseuse au monde. Athéna et Arachné firent un concours, et c’est la toile d’Arachné qui fut la gagnante. Athéna, furieuse et humiliée, déchira l’ouvrage d’Arachné. Cette dernière, alors désespérée, décida de se donner la mort et alla se pendre. La Déesse Athéna prise de remords décida de donner une seconde vie à Arachné. Mais elle ne revint pas sous forme humaine puisque la Déesse la transforma en araignée pour qu’elle puisse tisser des toiles durant toute l’éternité. 

 

Dans la tradition germanique, le mythe de l’araignée liée à la chance et au destin a survécu dans le folklore populaire. On dit par exemple que chasser ou tuer une araignée qui se trouve dans la maison attire la malchance, car le fait d’avoir une araignée dans son foyer est un signe de bon augure. Au Tirol elle est considérée comme sacrée et nommée « petite bête de la mère de dieu » (Muttergottestierchen). On peut y voir la relation que l’araignée possédait à l’origine avec le symbolisme lié aux Déesses du destin. Dans les Monts Métallifères d’Allemagne (Erzgebirge), on récitait une petite invocation à l’araignée lorsqu’on en découvrait une à l’intérieur de la maison. On lui disait : « si tu apportes la chance, alors reste ici. Si tu n’en apportes pas, alors tu peux t’en aller » (Bringst du Glück, so bleibst du stehen. Bingst du keins, so kannst du gehen). En français aussi cette relation avec l’araignée s’est conservée dans l’expression bien connue : « Araignée du soir, bon espoir ». L’araignée vue le soir est censée apporter la chance, alors que celle qui est aperçue le matin apporte la malchance. Le soir est ici compris comme l’accomplissement du cycle d’une vie, alors que le matin est vu comme une vie nouvelle, ce qui implique auparavant une mort. Dans le Sud de l’Allemagne on disait aussi que si on voyait l’araignée dans sa toile, c’était un signe que le lendemain il ferait beau, par contre si l’araignée se trouvait sur le sol, alors il fallait s’attendre à du mauvais temps. Dans le même ordre d’idée, on disait que si l’araignée avait tissé sa toile près d’une fenêtre, il ferait chaud, mais si elle l’avait tissé près du poêle alors il ferait froid. Par ailleurs, si une de ces bêtes était surprise en train de grimper sur le corps de quelqu’un, on se réjouissait car on était persuadé que la journée à venir serait couronnée de succès. L’araignée était également associée aux Kobolds et aux autres puissances cachées de la nature. Tout ce folklore montre bien que l’araignée a toujours conservé de manière directe ou indirecte une étroite relation avec les forces du destin.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Jeudi 22 Novembre 2018