Bacchanales

Païens contre Païens...

Dans la Rome païenne il a existé un culte au Dieu Bacchus, le Dieu du vin, que l'on célébrait durant des festivités nommées "Bacchanales". On ne sait pas à quel moment exactement apparut le culte au Dieu Bacchus, mais on suppose que cela eut lieu vers 300 avant notre ère. Le Dieu Bacchus est l'équivalent romain du Dieu grec Dionysos. Ce Dieu du vin, de l'ivresse, de l'exaltation, et des débordements sexuels, n'est pas d'origine indo-eruopéenne. Le culte à ce Dieu fut introduit en Europe du sud par l'immigration et par les contacts commerciaux de l'époque. Son origine serait à chercher dans les traditions païennes du Proche-Orient. C'est d'abord en Grèce (6è siècle? avant notre ère) où fut adopté ce culte. Puis vint le tour de Rome. Le culte à Bacchus s'est logiquement très bien implanté dans les régions où la culture du vin était très importante. Son expansion fut très rapide. Au début il fut très bien accueilli par le substrat de populations d'origine pré-indo-européenne, comme les Étrusques par exemple. 

 

Le culte à Bacchus s'étendit tellement qu'il finit rapidement par atteindre les classes aristocratiques de la société romaine. Une bonne partie des classes sociales d'origine indo-européenne finirent donc aussi par rendre culte au Dieu Bacchus. À l'origine, les bacchanales n'avaient lieu que les 16 et 17 mars de chaque année. Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que ces festivités soient modifiées de manière très ample, car par la suite jusqu'à 5 fois par mois avaient lieu les bacchanales. Les adeptes de Bacchus devinrent tellement nombreux qu'ils finirent par représenter véritablement un état dans l'état. Rome, qui à l'époque était une république et pas encore un empire, se sentit menacée dans ses fondements mêmes. Le Dieu Bacchus se caractérisait par un culte à mystères. Ce Dieu du vin était parfois représenté comme un homme mûr et barbu (voir à droite sur la photo) ou bien jeune, exalté, et même efféminé. Les cultes à mystères étaient typiques des populations européennes dont l'origine était antérieure aux Indo-Européens. Bacchus rejoint ainsi les Divinités chtoniennes d'origine pré-indo-européenne. Le terme "mystères" fait référence au caractère secret et occulte des rites qui entouraient le culte au Dieu Bacchus. Dès l'initiation aux mystères, l'adepte devait se tenir strictement aux règles du secret absolu. Les bacchanales quant à elles furent rapidement connues pour leurs débordements. L'ivresse extrême et les orgies sexuelles à outrance étaient les deux éléments qui caractérisaient les bacchanales. Ces débordements furent tels, que les autorités de la république romaine commencèrent à voir d'un très mauvais oeil les bacchanales. Un véritable esprit de révolte prenait alors racine parmi les adeptes de Bacchus. Selon les dires de certains auteurs latines, la débauche sexuelle durant les bacchanales dépassait l'imaginable. Précisons au passage que les autorités païennes de la république romaine étaient plutôt tolérantes vis à vis des cultes religieux, rien de commun avec l'obscurantisme judéo-chrétien qui viendra quelques siècles plus tard. Ce n'est pas l'aspect religieux qui dérangeait en fait l'élite de Rome, mais bien les conséquences sociales du culte sectaire lié au Dieu Bacchus. L'autorité était menacée par un esprit de révolte généré par cette débauche étrangère. Deux conceptions païennes s'affrontaient: celle d'origine indo-européenne basée sur l'ordre cosmique de la société divine et humaine, et celle d'origine chtonienne et pré-indo-européenne basée sur l'aspect tellurique de la fécondité. 

 

Cette tension continua à grandir jusqu'à ce qu'en 186 avant notre ère éclata une forte polémique. Cette dernière reçut d'ailleurs le nom de "scandale des bacchanales". Une courtisane nommée Hispala Fecenia révéla le secret de ces pratiques à un jeune homme qu'elle aimait, Publius Aebutius, afin de le protéger de sa propre mère qui voulait l'initier aux mystères de Bacchus. Suivant les conseils de Hispala, Publius refusa de se faire initier aux mystères. Il fut alors chassé par sa mère et par le mari de celle-ci. Il alla se réfugier chez une de ses tantes qui lui conseilla de parler de cette histoire au consul Postumius. Le consul décida de mener une enquête secrète. Le sénat s'émut et l'on craignit que la secte ne cachât un complot contre la république. Il chargea les consuls d'informer extraordinairement contre les bacchanales et les sacrifices nocturnes, de promettre des récompenses aux délateurs et d'interdire les rassemblements des initiés. Ce scandale des bacchanales conduisit à une répression du culte où 7000 conjurés environ furent condamnés à mort. Païens contre païens... L'ordre contre le désordre... Le culte à Bacchus fut ainsi interdit durant plus d'un siècle et demi. Le changement de régime à Rome fut décisif pour la survie de la tradition des bacchanales. Peu avant le changement de millénaire, la politique romaine passa d'une république à un système impérial. Et c'est l'empereur César qui autorisera à nouveau les bacchanales. Il le fit sous certaines conditions qui avaient pour objectif le contrôle de ces célébrations. César voulait ainsi éviter que de possibles débordements puissent mettre en péril l'autorité de Rome. 

 

Ce passage historique fut utilisé par certains monothéistes comme argument pour dire que les païens ont eux aussi connus des persécutions religieuses. Encore une fois, il est clair que la critique monothéiste se caractérise par sa mauvaise foi. Car il suffit d'analyser rapidement la situation sociale et politique de l'époque pour se rendre compte que l'aspect religieux n'était pas du tout le problème de fond. Par ailleurs, cet épisode est aussi une réponse à certains néo-païens qui croient que le paganisme serait tolérant envers et contre tout. Et bien non, même la tolérance a ses limites. Car un excès de tolérance peut mener sur des pentes glissantes et déboucher sur un véritable suicide religieux, culturel et identitaire. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "La religion romaine archaïque", Georges Dumézil
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Bacchanales

Jeudi 30 Novembre 2017