4 au 10 Avril - Ludi Megalenses

Fête en l'honneur de la Déesse Cybèle... Un problème identitaire...

Dans la Rome païenne du 4 au 10 Avril se tenaient les célébrations et les jeux en l’honneur de la Déesse Cybèle. Ces jeux portaient le nom de Ludi Magalenses. Jusqu’au 9 Avril les jeux étaient des mises en scène religieuses et théâtrales. De grands banquets somptueux avaient lieu pendant lesquels nobles et citoyens festoyaient allègrement. Les esclaves n’étaient pas autorisés à participer à ces célébrations de Cybèle. On sacrifiait à la Déesse une génisse qui n’avait connu ni le joug ni le mâle. Le 10 Avril la statue de la Déesse était portée en procession publique jusqu’au Circus Maximus. Là de grandes courses de chars suivaient les offrandes de fleurs faites à Cybèle. 

 

Les célébrations pour la Déesse commençaient le 4 Avril car c’était la date anniversaire de son arrivée triomphale à Rome. Il faut savoir en effet que Cybèle est une Déesse étrangère qui fut importée d’Anatolie en l’an 204 avant notre ère. Son origine est exactement phrygienne, et les spécialistes s’accordent à dire qu’elle remonte très certainement à la Terre-Mère vénérée dans cette région au néolithique, tel que ce fut le cas à Çatal Höyük. Elle était représentée à cette lointaine époque avec une forte poitrine, et par la suite même avec de très nombreuses poitrines qui symbolisaient l’aspect Mère Nourricière. La première question qui se pose est de savoir pourquoi elle fut reçue triomphalement à Rome comme la Magna Mater, la Grande Mère. La réponse se trouve dans la généalogie mythique de Rome au travers du héros Énée. Les patriciens romains se disaient descendants d’Énée, un des héros de la bataille de Troie, ville au passé grandiose qui se trouve en Anatolie. Cybèle étant la grande Déesse d’Anatolie, les Romains ont voulu y voir la Déesse-Mère de leurs lointains ancêtres. La statue de Cybèle entrant dans Rome était donc célébrée comme un retour de la Déesse parmi ses descendants. 

 

Mais cette arrivée de la statue de Cybèle à Rome ne se fit pas sans frictions et problèmes. Car avec la Déesse furent aussi importés ses prêtres qui pratiquaient des rites que les Romains du 2ème siècle avant notre ère voyaient d’un très mauvais œil. Le caractère orgiaque à outrance du culte anatolien, la troupe bruyante et délirante des prêtres de la Déesse, sont deux des aspects qui gênaient profondément l’éthique romaine (souvenons-nous que nous sommes au 2ème siècle avant notre ère, et qu’à cette époque Rome ne connaît pas encore la décadence qu’elle eût à subir sur la fin de l’empire). Mais le plus grand problème fut celui de la castration. Selon les rites anatoliens, les prêtres s’émasculaient et avaient un aspect et un comportement très féminins. La castration était rigoureusement interdite à Rome car elle était vue comme un attentat contre la dignité masculine et une offense contre la patrie. Dès le début donc, bien que la Déesse soit la bienvenue, les lois romaines apportèrent de fortes limitations au culte de Cybèle. Ils romanisèrent son culte en interdisant bien-sûr la castration, et en limitant ses offices à deux prêtres. De plus tous les rites devaient se tenir strictement dans le temple qui lui était dédié; seul une fois l’an était autorisé une procession qui permettait qu’on sorte la statue de son temple. Par ailleurs tout sacrifice selon le rite anatolien était lui aussi interdit. 

 

Au travers de ces différentes restrictions imposées par les autorités romaines, se révèle un conflit très ancien, une opposition religieuse et culturelle qui connût son grand tournant pendant la deuxième moitié du néolithique: cet affrontement est probablement celui qui à l'origine opposa la vision solaire et héroïque des Indo-Européens, à celle lunaire et chtonienne des peuples antérieurs aux Indo-Européens issus du néolithique ancien. À une époque où les Romains ne s'étaient pas encore étendus comme ils le firent par la suite, les valeurs religieuses ouraniennes et solaires héritées de leurs ancêtres indo-européens, étaient encore celles qui prédominaient dans la société romaine. Ces valeurs sont celles que défend Rome face aux prêtres de Cybèle et de leurs rites venus du plus profond du néolithique. L'identité et l'âme même du peuple romain devaient être défendues afin qu'elles ne soient pas menacées par le culte "exotique" de Cybèle. Le brassage des cultures dont fut victime plus tard l'empire romain, fut une des raisons qui mena Rome à sa perte. Certains apports culturels étrangers sont souvent un enrichissement pour une nation. Par contre, lorsque ceux-ci deviennent excessifs, on ne peut plus parler "d'apports" mais plutôt de conquête par l'intérieur, ce qui génère une dissolution complète de l'identité propre. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

Les Fastes

La Religion Romaine Archaïque

Wikipedia Megalesia

 

Samedi 11 Novembre 2017