Oniromancie

Rêves et Divination...

Dans nos traditions païennes d’Europe, il existait de nombreuses manières d’entrer en contact avec les Dieux, et différentes façons de consulter le destin. La divination représentait une part importante dans le culte aux Dieux. Augures, oracles, signes naturels, haruspices (lire les entrailles d’un sacrifice), runes, transes chamaniques, sont quelques-unes des méthodes que l’on constate dans les traditions païennes d’Europe. Mais il en est une qui fut présente un peu partout et dont on ne parle pas souvent. C’est l’oniromancie. Cette méthode est l’art divinatoire qui analyse les rêves. Les rêves permettent dans ce cas de comprendre la volonté du destin et de celles qui le régissent, les Moires (grecques), les Parques (romaines), ou encore les Nornes (germano-nordiques). Le mot «oniromancie» vient du grec, il est composé de deux racines : όνειροϛ – oneiros (le rêve), et μαντεία – manteia (la prophétie). 

 

L’oniromancie était en fait le mode le plus courant et le plus simple pour établir un contact entre la Divinité et l’homme. L’oniromancie était pratiquée du Nord au Sud de l’Europe, mais c’est le Sud qui nous a livré les meilleures traces de ce culte. Le rêve peut être prémonitoire ou simplement révéler une partie inconnue de soi-même ou des êtres chéris. Le rêve utilise des symboles et des archétypes communs à toutes les traditions païennes. D’où l’importance de bien connaître le symbolisme de toutes choses afin de mieux analyser ses rêves et de comprendre ce que nous enseignent les Fileuses du destin. C’est ce que cette page (SPIR) tente d’ailleurs d’exposer depuis quelques années. Dans un rêve, rien n’est le fruit du hasard. Tout a son importance. C’est pourquoi, il faut bien cerner les symboles que véhiculent les rêves. Ils peuvent être de nature multiple, mais toujours ils auront une connexion entre eux. Les symboles relèvent de sujets divers comme les éléments naturels (le soleil, la lune, les étoiles, la montagne, la plaine, la forêt, l’océan, la grotte, la pluie, la foudre, le vent, la lumière, l’obscurité, etc…), les animaux, les couleurs, les signes anciens, les nombres, les expressions des gens, bref, tout est lié car tout est symbolisme. Comprendre les liens des symboles entre eux, est la clé de l’oniromancie et de tous les arts divinatoires. 

 

À présent, nous allons nous attarder sur la Grèce antique car c’est elle qui nous a légué de nombreux témoignages sur l’oniromancie. Une grande quantité de sanctuaires sont apparus dans le monde grec où la réponse oraculaire était donnée par la Divinité au consultant au cours de son sommeil. Ce fut le cas par exemple des oracles béotiens d’Amphiaraos et de Trophonios où la personne devait au préalable se purifier suivant des rites bien définis. À Oropos, il devait sacrifier un bélier, dormir ensuite enveloppé dans la peau de l’animal sacrifié. À son réveil, les prêtres du temple interprétaient le rêve. À Labadée, le consultant pratiquait également des sacrifices et des rites de purification, puis descendait dans une grotte où l’attendaient des visions et des épreuves. À la fin d’un véritable circuit d’épreuves, la personne devait perdre connaissance, générant ainsi les rêves. Les rites de purification ont pour but de laver la personne de toute impureté personnelle afin que son esprit soit vraiment ouvert aux messages divins. Le sacrifice permet d’entrer en contact avec la Divinité. Et la grotte est la matrice de la Terre-Mère, un endroit idéal donc pour recevoir ses messages. Certains rites initiatiques du culte à Dionysos impliquaient aussi ce genre d’épreuves où le consultant devait symboliquement mourir pour renaître à la vie. L’interprétation des songes par les prêtres permettait de comprendre la racine du problème et de guider vers une solution constructive. 

 

L’oniromancie faisait une grande place à l’iatromantique, qui est la même discipline mais dans le cadre exclusif de la médecine. Le rêve dans ce cas devait permettre la guérison d’un patient malade. Cette discipline fut la grande spécialité d’Asklépios, Dieu de la médecine et fils du très solaire Apollon. Dans l’antiquité grecque, les sanctuaires d’Asklépios connurent un très grand succès. Invocations et rites de purification étaient les premiers pas que le consultant devait effectuer avant d’entrer en contact avec le Dieu. Ensuite, il devait passer la nuit dans l’abaton, un dortoir sacré, où il voyait en songe le Dieu qui lui expliquait quelle action accomplir pour se situer sur la voie de la guérison. Parfois, le Dieu guérissait directement le patient sans autre forme de procès. Rêve et réalité sont ainsi indissolublement unis. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

  • «La divination dans l’antiquité», Raymond Bloch – Presses universitaires de France.

 

Dimanche 3 Décembre 2017