Quesstenbaum

L'Arbre Païen vénéré de nos jours et son Rituel...

C’est dans la région allemande du Harz près du village de Questenberg que s’est maintenu un rituel païen depuis la nuit des temps. C’est un fait assez exceptionnel de pouvoir constater qu’un rite païen ait pu se conserver de manière inaltérée. Le fond et la forme de cette fête ont traversé les millénaires en partie grâce à l’isolement géographique de l’endroit. Bien-sûr, des missionnaires chrétiens ont tenté à plusieurs reprises au cours des siècles d’interdire la célébration du Questenbaum, mais heureusement ils échouèrent dans leur entreprise de destruction. Leur haine de tout ce qui est d’origine païenne ne put en venir à bout, ceci grâce à l’entêtement de la population locale. La célébration put ainsi résister aux différents changements religieux et politiques. À la fin du 19è siècle, elle fut redécouverte avec grand enthousiasme et vantée par les frères Grimm qui contribuèrent beaucoup au renouveau de la mythologie germanique. Les mouvements païens du début du 20è siècle contribuèrent eux aussi à l’éloge de cette fête. Le national-socialisme la respecta et la mit à l’honneur en tant qu’héritage germanique. Le communsime, malgré son athéisme viscéral, la respecta aussi en tant que fête du peuple. Bref, nous sommes là en présence d’une célébration qui pour les païens vaut de l’or, car son rituel précis et détaillé continue d’être d’actualité. C’est une source d’information fondamentale pour comprendre le déroulement d’une fête dont les racines remontent jusqu’à l’âge du bronze proto-germanique. 

 

Le Questenbaum (prononcer “Kvèsteunbaoum”) est un terme allemand qui pourrait se traduire par “l’arbre de la quête”. Il désigne l’arbre que l’on peut voir sur la photo, il est le point central de la fête du même nom. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il est une survivance directe de l’ancienne Irminsul de la tradition païenne des Germains. L’Irminsul (prononcer “Irminnsoul”) était l’arbre cosmique de la tradition germanique, celui que la tradition scandinave nomma Yggdrasil, l’arbre mythique auquel le Dieu Wodan / Óðinn se pendit 9 jours et 9 nuits afin d’obtenir la connaissance sacrée. Dans la tradition germanique, il était également lié au Dieu souverain Tiwaz (voir lien à la fin pour l’article sur l’Irminsul). L’Irminsul était l’axis mundi, la colonne vertébrale du monde unifiant terre et ciel, l’axe central des 9 mondes de la comogonie germano-nordique. La région du Harz où se célèbre le Questenbaum est une des régions d’influence des anciens Saxons païens qui résistèrent héroïquement à la campagne de christianisation forcée de Charlemagne au 8è siècle de notre ère. Le Questenbaum mesure environ 10 mètres de haut et 3,50 mètres de diamètre au niveau de la couronne. Cette dernière figure clairement une roue solaire, symbole par excellence des solstices. 

 

Nous allons voir à présent une desription détaillée de tout le rituel qui entoure la fête du Questenbaum en suivant un témoignage direct de 1980 (en pleine période communiste de cette partie de l’Allemagne). C’est un certain Werner Ohnesorge de Leipzig qui nous offre ce précieux témoignage auquel, comme toujours, je n’hésiterai pas à rajouter mes commentaires pour l’aspect symbolique du rituel. 

 

Bien que cette célébration tourne de nos jours autour de la pentecôte, il est reconnu qu’à l’origine elle devait être celle du solstice d’été, date clé et incontournable pour toutes les traditions païennes de notre belle et vieille Europe. Une semaine avant la pentecôte, la confrérie du Questenbaum se rend en forêt et décore ses haches avec des brindilles de bouleau. Cet arbre est de grande importance dans la tradition païenne, car il donna son nom à une des runes germano-nordiques. Le bouleau est lié aux forces vives de la renaissance printannière et à la grande Déesse dans son aspect jeune. La confrérie se rend ensuite à la montagne avoisinante près d’une ancienne forteresse des Saxons de Widukind. Là, on coupe de grosses branches et des troncs d’hêtre qui serviront de tuteurs et pour d’autres tâches pratiques. Le hêtre lui aussi revêt une grande importance dans la symbolique païenne des Germains (voir liens à la fin de cet article). Ensuite, les membres de la confrérie vêtus en permanence de leurs habits traditionnels, se chargent de couper un tronc de chêne qui sera la colonne vertébrale du Questenbaum. Anciennement, on coupait un tronc de chêne chaque année, mais pour des raisons écologiques évidentes, cet aspect a été réduit à un tronc tous les 7 à 10 ans. Et encore une fois, il faut relever l’aspect symbolique, car le chêne joue un rôle important, il était l’arbre dédié au Dieu Donar (Thor). Aucune roue ni aucun chariot ne sont autorisés pour le transport de tout ce bois, tout doit se faire à la sueur du front et à la force des bras. Les déplacements de la confrérie sont régis par un ordre strict et discipliné. Les célibataires ouvrent la marche et portent les branches et les troncs d’hêtre. Les hommes mariés au milieu sont chargés de la lourde tâche de transporter le tronc du chêne. Le reste de la logistique et le petit bois sont sous la responsabilité des hommes d’un âge plus mûr et ce sont eux qui ferment la marche. La colonne de marche est accompagnée d’une fanfare qui joue des thèmes traditionnels. Tout ceci correspond à un symbolisme bien précis que l’on retrouve dans presque tous les rites liés aux solstices, c’est celui du passé (les hommes mûrs), du présent (les hommes mariés), et de l’avenir (les hommes célibataires). L’immense effort que requiert le transport du bois génère une véritable transe générale, une dure tâche qui soude les hommes entre eux et renforce le sentiment d’appartenance à une communauté. La colonne est dirigée par un Questenhauptmann, un capitaine de confrérie, lui-même aidé par un sergeant qui à grands coups de cris, motive la troupe. Cette motivation est loin d’être superflue si l’on se souvient que les troncs d’hêtres pèsent en moyenne 500 kg et le tronc de chêne dans les 3 tonnes. Une fois arrivé à destination, les troncs sont couchés sur le sol. On les prépare soigneusement en les élagant et en enlevant une partie de l’écorce. 

 

Interdiction d’utiliser des roues est accompagnée d’une coutume qui veut qu’aucune roue ne doit tourner pendant la nuit qui précède la fête. Ceci a bien-sûr une valeur hautement symbolique qui tourne autour du soleil lui même. La roue du cycle solaire atteint avec le solstice d’été son point culminant, un arrêt dans sa course du temps avant de commencer sa lente descente vers l’autre solstice, celui d’hiver. Le samedi de pentecôte les préparatifs battent leur plein, tout le monde s’agite et termine de mettre au point les derniers détails de la fête. L’après-midi les célibataires se rendent encore une fois en forêt pour rapporter des troncs de bouleau. Ce sont 20 bouleaux qui sont ainsi rassemblés sur la place. Vers 19 heures sur cette même place, on construit une grande cabane au moyen des troncs de bouleau. Vers minuit arrivent de la localité voisine de Rotha les Käsemänner (les hommes des fromages). Le maire de Questenberg les reçoit en grandes pompes. Ces hommes viennent faire une offrande en récitant depuis des siècles la même phrase qui rime :

 

“Ich bin der Mann aus Rothe

Und bringe die Käse mit dem Brote”. 

 

[Je suis l’homme de Rotha

Et j’apporte les fromages avec le pain].

 

L’offrande est ainsi remise officiellement au maire. Tout le monde se rend ensuite à la brasserie de la place où dans le tumulte général commencent les réjouissances. Les boissons coulent à flot et l’on se partage les fromages et le pain de l’offrande. Avec l’autorisation préalable des autorités locales, on opère certaines années au sacrifice d’un boeuf. Cette offrande et ce sacrifice ont trois fonctions principales: celle de protéger contre les mauvais esprits, celle d’honorer les ancêtres, et celle d’assurer l’abondance pour le nouveau cycle à venir. Il ne fait aucun doute que nous sommes ici en présence d’un rite purement païen. Dans la brasserie près de la cabane la fête bat son plein pendant que tout le monde danse, boit et mange. 

 

Quelques heures avant l’aube, la confrérie se rend vers le mont du Questenbaum. Là, les membres de la confrérie, dans un silence religieux, démontent l’ancien arbre, celui de l’année précédente. Un cycle vient en chasser un autre. Le vieil arbre et toutes ses décorations sont offertes en sacrifice au feu purificateur, celui qui détruit, purifie et renouvelle. C’est un moment solennel pendant lequel est prononcé un discours et où tout le monde se souvient des générations passées. Ce recueillement vient lier passé, présent et avenir dans le grand concert des cycles, il unit les gens à leurs ancêtres et à leurs lignées de sang. Une nourriture matinale composée de choucroute et de pain frais est distribuée à tout le monde. Une bouteille d’alcool fait également le tour des participants. Le silence de l’obscurité nocturne est rompu par les premières discussions entre amis. Bientôt le soleil va se lever. L’émotion atteint un véritable paroxisme. Le moment tant attendu se rapproche. La communauté est plus que jamais soudée et unie. Et enfin, par delà l’Arnsberg, apparaît le soleil rougeoyant, le feu céleste commence à percer l’obscurité de toute sa force divine. La fanfare se met à jouer et tout le monde chante l’air connu de “Dich seh ich wieder, Morgenlicht” [Je te reverrai lumière de l’aube]. Par delà la joie immense, c’est une véritable transe religieuse qui s’empare de tous les participants. Il faut avoir vécu un lever du soleil pendant un rituel de solstice d’été pour comprendre toute l’émotion qui se dégage de ces moments magiques et divins. C’est cette émotion générale qui accompagne l’assemblée dans les heures matinales jusqu’à midi, moment qui voit le rituel tirer sur sa fin. Les participants se retirent en ordre de marche en brandissant fièrement leurs drapeaux. Ces derniers sont présentés de forme solennelle aux autorités locales. La confrérie se charge ensuite de sa tâche la plus difficile qui est celle de dresser le nouvel arbre. Tout doucement, dans un immense effort commun, coordonné et discipliné, on lève puis on décore le nouveau Questenbaum. Une fois dressé, on forme autour du nouvel Irminsul un grand cercle, et commence alors la danse du Questenbaum qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. Cette ronde dansante autour de l’axe central est une image de la roue solaire et de ses cycles annuels que l’on célèbre de manière festive dans l’allégresse générale. Cette danse solaire est celle qui marque la fin du grand rituel annuel du Questenbaum.

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

  • “Hoch und heilig”, Friedrich Sander

 

Liens :

  • Symbolisme de l’Irminsul
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=277627099042772&set=a.305926009546214.1073741844.230064080465741&type=3&theater
  • Symbolisme du chiffre 9
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=267494656722683&set=a.305926009546214.1073741844.230064080465741&type=3&theater
  • Symbolisme du bouleau
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=364619353676879&set=a.300053296800152.1073741833.230064080465741&type=3&theater
  • Symbolisme de la roue solaire
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=404058083066339&set=a.305926009546214.1073741844.230064080465741&type=3&theater
  • Symbolisme du hêtre
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=405438599594954&set=a.319588084846673.1073741851.230064080465741&type=3&theater
  • Symbolisme du chêne
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=261160990689383&set=a.319588084846673.1073741851.230064080465741&type=3&theater

 

Mardi 5 Décembre 2017