Les Liens...

Symbolisme, Magie et Fonction...

C’est une citation en langue viking, le norrois, qui va ouvrir ce sujet fondamental pour tous ceux qui veulent comprendre le rôle hautement important que jouent les liens dans les traditions païennes de nos ancêtres. Dans les Eddas, le Gylfaginning ch. 20, le Dieu Óðin est définit de la manière suivante : « hann heitir ok hangaguð ok haptaguð », ce qui se traduit par « Il s’appelle aussi Dieu des pendus ainsi que Dieu des liens ». Un autre terme en norrois pour désigner le fait de lier, est le mot « bond » que l’on retrouve par exemple en allemand moderne « binden » qui veut dire « lier ». Or c’est très souvent par ce terme que les anciens désignaient les Dieux, et non par le mot « dieu ». Les Dieux étaient en fait les Lieurs. Ceci nous donne d’entrée une idée de cette importance que revêt la notion de liens. 

 

Dans les traditions païennes le lien est l’élément basique de tout rituel. Le pouvoir surnaturel du lien est ce qui donne vie à une opération magique, c’est-à-dire qu’en liant les choses entre elles, on les oblige à agir entre elles. La magie du genre imitatif est un bon exemple pour illustrer la force magique du lien. Invoquer la pluie en agitant les eaux d’une étendue tranquille, est un acte par lequel on relie les eaux célestes des nuages à celles que l’on agite. On force les eaux du ciel à répondre aux eaux de l’acte rituel. Cet acte se construit sur le lien que l’on génère entre les forces d’en bas et celles d’en haut. Le chamanisme, qu’il soit le seiðr nordique ou celui des traditions sibériennes, repose lui aussi tout entier sur ce principe magique du lien. Lorsque le chaman entre en transe et se laisse posséder par son esprit-animal, il crée un lien entre l’esprit de l’animal et le sien, les deux se fondent l’un dans l’autre pour n’en faire plus qu’un. Nouer les éléments entre eux est le pouvoir suprême de la magie et de tout rituel qui l’accompagne, ce qui se retrouve sous une multitude de formes : 

-invoquer une force destructrice et la lier à une maladie, ainsi force-t-on la guérison en détruisant la maladie,

-la jeune femme qui se frotte le ventre contre un symbole phallique (exemple : un menhir), ainsi la femme crée un lien entre le désir de recevoir et de donner, celui d’être fécondée et de tomber enceinte,

-chanter le nom d’une rune ; les vibrations émises par ce nom chanté génèrent le lien entre l’opérant et le symbolisme de la rune,

-sacrifier à une Divinité ; principe qui repose sur le don mutuel, on a reçu donc on donne à son tour, liant ainsi le monde des Dieux et celui des hommes,

-danser en rondes autour du feu lors des solstices, est l’acte par lequel on reproduit la course du soleil durant ses différentes phases cycliques, créant ainsi le lien harmonieux entre la dimension cosmique et la dimension humaine.

On pourrait continuer ainsi sur de nombreuses pages, car le lien est le socle de toute magie traditionnelle. 

 

Tout cet aspect magique nous plonge au plus profond de la nature même du Dieu Óðin. Ce n’est pas pour rien qu’il est nommé Dieu des liens, car en effet il est grand maître dans l’art de la magie. Il sait faire et défaire les liens qui unissent les choses entre elles. Il faut rappeler ici un élément important trop souvent oublié : Óðin est certes un Dieu guerrier, mais à proprement parler il n’entre jamais en combat au corps à corps, son art de la guerre s’exerce exclusivement au travers de la magie. Quant au sacrifice du Dieu, lorsqu’il se pendit à l’arbre cosmique Yggdrasil, il est lui aussi en connexion étroite avec le principe du lien. La corde de la pendaison est en soi une figuration du lien qui unit le Dieu et Yggdrasil, ce dernier étant lui-même le lien cosmique entre les différents mondes. Óðin se relie par son sacrifice non seulement à l’ordre cosmique, mais aussi à lui-même, ce qui se retrouve lorsqu’il dit : « …offert à Óðin, à moi-même offert… ». Lorsqu’il ramassa les runes au cours de son sacrifice rituel, il put établir le lien entre lui et la connaissance liée aux runes. Ce pouvoir de lier les runes entre elles, permet au Dieu de manipuler les forces cosmiques et celles du destin. Et comment parler du destin et des liens sans évoquer les Nornes ? Impossible… Les trois Nornes sont justement celles qui tissent les fils du destin, elles nouent les fils et relient les destinées entre elles. Elles établissent le lien entre passé, présent, et avenir. Ici encore, se montre la toute puissance du lien. 

 

Il nous faut à présent revenir à Óðin et à son équivalent dans la tradition indo-aryenne, le Dieu Varuna. Ces deux Dieux sont les représentants de la première fonction indo-européenne dans son aspect magico-religieux. Cette fonction souveraine, celle du roi prêtre-magicien, se caractérise par le pouvoir royal exercé grâce à la magie des liens. Et c’est bien la place qu’a le lien dans le monde du symbolisme traditionnel, le lien est l’outil de la fonction royale et souveraine, celle qui exerce sa puissance en reliant et en organisant la structure divine et humaine afin qu’elle soit un reflet de l’ordre cosmique, dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit. Le Dieu indo-aryen Varuna est maître de la mâyâ, de l’art de la magie qu’il pratique par la puissance souveraine des liens. Il régit, organise, et ordonne par ce pouvoir du lien, et comme au moyen d’un filet, le Dieu maintient les hommes dans le cadre de leurs devoirs et obligations. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir Varuna représenté avec une corde à la main, image du lien sacré. Une autre figuration du pouvoir du lien se retrouve chez l’épouse d’Óðin, la Déesse Frigga qui est très souvent accompagnée d’un métier à tisser. 

 

Cette approche du symbolisme du lien permet d’entrevoir l’importance qui a pu se cacher derrière ce principe fondamental et pratique de l’art magico-religieux de nos ancêtres païens. 

Que les Dieux, les Lieurs, nous guident sur cette voie de la connaissance de nos anciennes traditions, qu’ils nous relient à cet héritage magique véhiculé par nos gènes et notre inconscient collectif ! 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Lundi 26 Novembre 2018