Incantations de Merseburg

Que revienne la Lumière !...

L'image est une illustration d'Emil Doepler de 1905. Cette scène représente la guérison d'un cheval ; en premier plan se trouvent les Dieux Wodan et Balder. Cette illustration n'est pas une invention de l'artiste, elle se base sur deux textes historiques qui sont connus comme les Incantations de Merseburg. 

Ces incantations sont issues de deux manuscrits qui sont datés aux alentours de 900 de l'ère présente. Ils ont été écrits en vieil-haut-allemand et présentent deux scènes de mythologie germanique. Les incantations de Merseburg sont avec l’œuvre de Tacite les textes incontournables pour une bonne approche de la tradition germanique continentale. En plus de l'aspect mythologique, ces incantations sont dignes d'intérêt car elles comportent deux formules magiques dont on connaît d'autres exemples historiques. 

 

Transcription de la 1è incantation :

 

Eiris sazun idisi

sazun hera duoder.

suma hapt heptidun,

suma heri lezidun,

suma clubodun

umbi cuoniouuidi:

insprinc haptbandun,

inuar uigandun.

 

Traduction :

 

Autrefois les Idisi étaient assises,

assises ici et là.

Certaines attachèrent l'ennemi,

Certaines maintinrent leur armée,

Certaines défirent les liens

des braves :

Sautez hors des chaînes,

échappez à l'ennemi.

 

Les Idises posent des problèmes aux spécialistes car on ne sait que peu de choses sur leur nature et leur identité. Certains les relient aux Valkyries, d'autres à des Esprits féminins liés à d'anciennes pratiques chamaniques du Nord européen. Ce qui est certain, c'est que cette scène évoque une libération de prisonniers suite à une bataille. Dans cette première incantation, le charme magique est le suivant: "Sautez hors des chaînes, échappez à l'ennemi". Dans les Eddas on retrouve cette libération des liens dans les charmes runiques du Hávamál. 

 

Transcription de la 2è incantation :

 

Phol ende uuodan

uuorun zi holza.

du uuart demo balderes uolon

sin uuoz birenkit.

thu biguol en sinthgunt,

sunna era suister;

thu biguol en friia,

uolla era suister;

thu biguol en uuodan,

so he uuola conda:

 

sose benrenki,

sose bluotrenki,

sose lidirenki:

ben zi bena,

bluot zi bluoda,

lid zi geliden,

sose gelimida sin.

 

TRADUCTION :

 

Phol et Wodan

chevauchaient dans les bois,

Lorsque le poulain de Balder

se foula la patte.

Un charme lui fut prononcé par Sinthgunt,

et sa sœur Sunna.

Un charme lui fut prononcé par Frija,

et sa sœur Volla.

Un charme lui fut prononcé par Wodan,

comme lui seul le savait :

 

Que soit un os foulé,

Que soit le sang foulé,

Que soit le membre foulé :

Os à os,

Sang à sang,

Membre à membre,

Comme s'ils étaient collés.

 

Phol serait selon certains auteurs une hypostase du Dieu Balder. 

À remarquer comment est écrit dans le texte original le nom de Wodan (Odin)=> Uuodan (pron. "ouodan").

Sunna est la Déesse du soleil. 

Sinthgunt n'est connue que dans ce texte.

Frija est la Déesse Frigga.

Volla est une Déesse de l'abondance.

 

Le Dieu Wodan (Odinn) est le chamane qui guérit par ses pouvoirs d'incantation le cheval blessé du Dieu Balder. Le charme magique est ici : "Os à os, Sang à sang, Membre à membre". Ce charme est celui que l'on retrouve dans d'autres formules magiques d'origine païenne, des formules toutes liées à des pratiques chamaniques de guérison. 

 

Interprétation possible :

Le Dieu Balder est le Dieu solaire de la lumière. Derrière ce 2è charme de Merseburg, il semblerait qu'il se cache une métaphore liée aux cycles du soleil, à sa mort et à sa renaissance. Le cheval blessé de Balder représenterait la phase nocturne du cycle solaire, et sa guérison serait le retour du soleil vers un nouveau cycle. La présence de la Déesse Sunna, le soleil, serait la confirmation de cette possible interprétation. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Formules_magiques_de_Mersebourg
  • http://www.homomagi.de/MerseburgerZaubersprueche.htm

 

Mercredi 6 Décembre 2017