Culte des Matrones chez les Germano-Romains

La Triple Déesse et les Nornes…

Au début du 1er millénaire de l’ère vulgaire, dans les territoires du Sud-Ouest de la Germanie, s’est répandu de manière très soutenue le culte aux matrones. C’est un culte très important qui se constate chez les Germains ayant choisi la collaboration avec les Romains. Parmi ces Germains on trouve par exemple les Ubiens qui depuis le début ont choisi de s’intégrer complètement à la culture païenne des Romains. D’autres peuples germaniques suivront la même voie. Ce ne sont d’ailleurs pas uniquement des Germains dont il faudrait parler ici, car le substrat celte était encore très vivace dans ce secteur géographique, un substrat celte qui n’avait pas toujours choisi la collaboration, mais qui fut vaincu et soumis par le pouvoir de Rome. On peut donc parler ici d’une triple influence culturelle et religieuse: romaine-germanique-celtique.

 

Le culte aux matrones dans le Sud-Ouest de la Germanie est attesté par plus de 1100 preuves archéologiques, des pierres votives ou des altars. Plus de la moitié sont d’origine germanique. La grande majorité des représentations de matrones figurent trois Déesses. Grâce à leurs tenues vestimentaires, on a pu identifier les divers aspects du culte aux Déesses, la vierge, la femme, et la mère. On retrouve ici le triple aspect de la Grande Déesse des Celtes ainsi que des Germains. Protectrices des jeunes femmes, du mariage et des mères de famille, ces trois Déesses sont également des protectrices de la famille et du clan, de la fécondité et de la fertilité. Croissance, richesse et bonheur étaient des notions fortement liées à ces matrones dont le nom signifie “Mères”. Derrière ces matrones se cachent également les Parques romaines dont l’équivalent germanique sont les Nornes. Elles sont les trois Déesses du destin qui assistent les humains et décident de leur sort dans les trois grandes phases de la vie: naissance, vie, et mort. Les Nornes germano-nordiques portent à ce titre des noms qui parlent d’eux-mêmes: Urðr (l’origine, ce qui est arrivé), Verðandi (ce qui devient), Skuld (ce qui sera)…passé, présent, et futur. Par ailleurs, il se pourrait également que ces matrones aient eu un lien avec les Dises germaniques. 

 

L’archéologie nous a livré de nombreux noms de matrones. Dans plus d’un cas, ils nous révèlent un peu plus la nature de cette triple Déesse. À remarquer que les noms sont latins, avec dans certains cas des mélanges linguistiques germaniques. Dans tous les cas de figure, ces noms sont issus d’une fusion entre Latins, Germains, et Celtes. En voici quelques exemples :

Abiamarcae = la terre frontalière derrière (la forêt).

Afliae = celles qui donnent la force, qui renforcent.

Ahueccaniae = du germanique *ahwo et lié au vieil haut allemand aha: l’eau. 

Alaterviae = les fidèles en tout.

Almaviahenae = celles de la rivière Ulm (rivière en Germanie).

Aufaniae = abondance et mère originelle.

Euthungae = mères des Souabes (peuple germanique).

Frisavae = mères des Frisons (peuple germanique).

Gavadiae = liées aux fiançailles.

Gavasiae = liées aux naissances.

Lubicae = les guérisseuses (du germanique *lubja).

Mediotautehae = Déesses de la terre du milieu (celtique).

Nersihenae = celles de la rivière Niers (près de Köln).

Nervinae = celles des Nerviens (peuple germanique).

Octocannae = celles du lieu Octanna (origine celtique).

Ratheihiae = celles de la roue (du destin)… (du germanique *raþa). Ici la référence aux Nornes est claire.

Renahenae = celles du Rhin

Saitchamiae = celles de la magie (du germano-nordique Seiðr).

Textumeihae = celles qui apportent le bonheur

Veterahenae = celles de l’eau (origine germanique).

 

 


 

Hathuwolf Harson

 

Source : 

  • “Lexikon der germanischen Mythologie”, Rudolf Simek

 

 

Jeudi 7 décembre 2017