17 Mars - Sainte Gertrude de Nivelles et la Déesse Gerðr

Le 17 Mars en Belgique, à Nivelles dans la province de Brabant, on célèbre une sainte franque du nom de Gertrude. On promène alors sa statue en procession dans les rues de la ville. Cette Gertrude a vécu au 7è siècle de notre ère et fut la première abbesse de Nivelles. Elle est donc contemporaine de la période de christianisation du peuple franc. Nous sommes avec Gertrude en pleine époque historique où le but avoué des aristocrates francs est de convertir au christianisme le peuple dans son entier en effaçant toute trace de paganisme. Wodan, Ziu, Frija, et tous les autres Dieux ancestraux doivent ainsi être reniés au profit du crucifié, ce dieu importé du moyen orient. Mais comme presque partout en Europe, le culte à nos anciens Dieux était trop profondément enraciné dans l'inconscient collectif pour qu'il disparaisse aussi facilement. L'ancienne tradition sut trouver bien des voies de camouflage afin de perpétuer le souvenir des rites ancestraux.

 

Nous allons voir que cette sainte Gertrude de Nivelles illustre bien ce genre de camouflage, où derrière un saint on reconnaît de manière évidente les traits d'une ancienne Divinité païenne. Pour cela, deux éléments principaux sont à prendre en compte afin de retrouver qui se cache derrière le rideau chrétien: le nom et la date. La combinaison de ces deux éléments va nous mettre clairement sur la bonne voie. La date du 17 Mars n'est pas anodine. Certains avis contraires pourraient avancer l'argument comme quoi c'est la date de la mort de la sainte. Mais alors pourquoi avoir choisi la date de sa mort et non tout autre événement de sa vie comme sa naissance par exemple? Ce choix ne fut pas le fruit du hasard, car le 17 Mars entre complètement dans la période de l'équinoxe de printemps, période qui va voir la renaissance cyclique des forces solaires et des forces terrestres. L'aspect chtonien fut jadis célébré par des rites en l'honneur de la grande Déesse, la Terre-Mère, louant ainsi la Nature qui renaît après son sommeil hivernal. Quant-au nom de la sainte, il est une référence claire et nette à la grande Déesse païenne de la tradition germano-nordique, la Déesse Gerðr, que les Germains continentaux connaissaient sous le nom de Gerda, nom qui est à l'origine du mot allemand "Terre" (die Erde). Certes, l'étymologie du nom germanique Gertrud (prononcer "Guertroud") nous renvoie à toute autre chose, puisque le nom se traduit par "la puissance de la lance" (Ger+þruþi). Mais malgré tout il existe un lien phonétique évident entre Gertrud et Gerðr, ce qu'on pourrait définir comme un glissement linguistique. L'association entre les deux noms fut établie au moyen âge, ce qui permit au peuple de continuer d'une certaine manière le culte à la grande Déesse durant cette période tellement cruciale sonnant l'arrivée du printemps. 

 

La Terre-Mère est une figure divine très présente dans la tradition germano-nordique comme dans tous les paganismes d'Europe. La grande Déesse est l'héritière de ce culte à la Terre-Mère issu du paléolithique supérieur, cette période tellement lointaine qui, au sortir de l'âge de glace, vît le surgir de l'humanité en Europe. Cet ancien culte à la Terre-Mère fut parfaitement intégré dans nos cultures indo-européennes étant donné que la Déesse incorpora sans problème le panthéon des Divinités indo-européennes. Dans la tradition germano-nordique, la Terre-Mère adopta de nombreux noms, des noms variés qui ont toujours conservé un lien direct avec la Terre. En voici quelques exemples :

  • Nerthus
  • Jörðr
  • Gerðr
  • Erda
  • Fjörgyn
  • Fold
  • Grund 
  • Hlódyn (version norroise du germanique Hludana)

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "Oding-Wizzod", Gerhard Heß
  • "Lexikon der germanischen Mythologie", Rudolf Simek
  • "Das große Lexikon der 5000 Vornamen", Axel Juncker Verlag
  • Gertrude de Nivelles: http://fr.wikipedia.org/wiki/Gertrude_de_Nivelles

 

Jeudi 7 Décembre 2017