Útiseta

Rite Germano-Nordique de Divination...

Et bien au-delà...

L'útiseta (prononcer "outisséta") est un de ces rites païens de tradition germano-nordique qui nous sont parvenus de manière pour ainsi dire inaltérée. Grâce à des textes chrétiens du moyen-âge condamnant de manière haineuse les anciens rites païens, une description parfois détaillée a pu arriver jusqu'à nous. La permanente paranoïa chrétienne du moyen-âge vis-à-vis du paganisme a obligé les chrétiens à promulguer de nombreuses lois interdisant tout rite d'origine païenne. C'est le cas par exemple du Gulathingslög qui est un ancien texte de loi norvégien. Ce texte évoque justement l'Útiseta qui nous intéresse ici. Chez les Germains continentaux, l'Útiseta était également connu étant donné que l'évêque Burchard de Worms, chrétien haineux du 11è siècle que nous avons déjà vu ici à propos de plusieurs condamnations de rites païens, fustige cette ancienne pratique rituelle et la qualifie de diabolique dans son Poenitentiale. 

 

"Útiseta" signifie littéralement "être assis au-dehors". On y reconnaît les mots germaniques "être assis" (to sit en anglais, sitzen en allemand), et "dehors" (out en anglais, aus en allemand). Le texte de l'évêque Burchard de Worms dit la chose suivante: "...As-tu été assis(e) à la croisée des chemins sur une peau de taureau afin d'interroger le futur?". Cette description germanique correspond à la version nordique de l'Útiseta pour laquelle on peut lire qu'il était coutume de s'assoir sur une peau de vache à un croisement de chemins, et d'y invoquer les morts afin de connaître l'avenir. 

 

Ces quelques éléments littéraires ont permis de reconstruire ce qu'a pu être le rite en soi. Cette pratique rituelle s'apparente très certainement au Seiðr, le chamanisme nordique et nous allons voir qu’elle regorge de symbolismes divers. Après un sacrifice d'un taureau ou d'une vache, ou simplement l’utilisation d’une peau de l’animal sacrifié antérieurement, éléments qui nous relient aux runes Fehu et Uruz, il fallait étendre cette peau sur le sol en la situant exactement à une croisée de chemins. Puis, après s’être assis dessus, il fallait probablement entamer des exercices de respiration afin de diriger la concentration de l’esprit. Ceci devait être suivi d’incantations faite à bases de galdrar, les incantations composées à partir de formules magiques dont les sons particuliers et hautement symboliques étaient censés activer une vibration énergétique bien précise. C’est à ce moment où la personne a dû entrer dans une véritable transe chamanique, que devaient être invoqués les morts. L’esprit est à ce stade détaché du corps et peut établir le contact avec le monde des ancêtres. Ce monde des Esprits et des Ancêtres est le lieu où l’esprit du pratiquant va obtenir par des visions concrètes les réponses qu’il attendait. Ce monde spirituel est hors de toute échelle de l’espace-temps, ce qui permet d’entrevoir ce que pourrait réserver l’avenir. 

 

Dans le monde magico-religieux des symboles germano-nordiques, la vache et le taureau (remplaçant l’ancien aurochs) sont des animaux qui incarnent l’aspect originel des forces chtoniennes. Il suffit de penser à la vache cosmique Auðumla ou à la valeur symbolique de la rune de l’aurochs pour réaliser à quel point la présence de ces animaux dans cette pratique rituelle n’est pas le fait du hasard. En prenant place sur une de ces peaux, le pratiquant cherche à connecter avec le principe même de la force originelle de la terre. Cette connexion est en plus confirmée par le fait que la peau soit posée parterre, ce qui ici aussi établit un lien vibratoire avec la terre. Quant-à la croisée des chemins comme lieu précis du rite, elle relève aussi d’une valeur magico-religieuse très ancienne. Comme nous l’avons vu pour les Sinagries pyrénéennes, le croisement est un endroit qui vibre particulièrement car c’est là que les changements de destin peuvent être réalisés. Chaque chemin correspond à une ligne de destinée, tandis qu’un croisement reflète les tournants que peuvent prendre ces destins. De plus, c’est à la croisée des chemins que se rencontrent les êtres des différents mondes et des différents niveaux de conscience. C’est donc l’endroit idéal pour connecter avec les Esprits issus des autres réalités. Il nous faut également revenir sur le terme Útiseta, car ce mot nordique ne signifie pas seulement le fait d’être assis dehors, il nous parle aussi du fait d’être en dehors de son corps, moment du rite où l’esprit quitte le corps pour voyager au travers des autres mondes et des autres états de conscience. 

 

Pour parfaire cette description, il faut ici rappeler que ce genre de pratique rituelle comporte de nombreux éléments dont l'origine est antérieure aux Indo-Européens, prenant ainsi racine dans notre passé païen issu du néolithique et du paléolithique. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "Götter und Kulte der Germanen", Rudolf Simek
  • "Lexikon der germanischen Mythologie", Rudolf Simek
  • http://therunecircle.forumotions.in/t17-utiseta-sitting-between-the-worlds

 

Liens :

  • Rune Uruz
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=301065820032233&set=a.300053296800152.1073741833.230064080465741&type=3&theater
  • Sinagries pyrénéennes
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=327677944037687&set=a.306268396178642.1073741849.230064080465741&type=3&theater

 

Mardi 5 Décembre 2017