Le Pouvoir de la Tradition

Avec l’étude du rite, nous avons pu entrevoir l’importance vitale de la tradition pour toute société païenne. Nous allons voir à présent la question de la tradition d’un peu plus près. Jusqu’au 18è siècle, la tradition était honorée de manière soutenue. Ce n’est qu’avec l’arrivée du siècle des lumières que la tradition commença à avoir mauvaise presse, car elle fut associée en Europe à une royauté largement décadente où l’aristocratie était plus préoccupée par ses frou-frous et maquillages que par le bien-être de la nation. C’est pourquoi on associa injustement la tradition à une relique entretenue par des arriérés. Depuis on parle de sociétés traditionnelles pour les peuplades dites primitives, sans plus employer ce terme pour définir l’Europe. C’est une bien grande injustice qui fut faite à la tradition, car cette dernière dépasse amplement les valeurs douteuses de cette royauté décadente. À nous de remettre un peu les pendules à l’heure car nous allons constater que les coutumes d’un peuple sont un élément incontournable pour toute société païenne, élément sans lequel nous serions comme un arbre sans racine.

 

Un homme sans tradition serait balloté par son présent, il n’aurait aucune référence, aucune amarre car il serait dépourvu de passé. La tradition engendre la stabilité qui permet à une société de faire fasse à l’imprévu. Les coutumes, les célébrations et les commémorations sont le ciment de toute tradition, celle qui donne une identité aux peuples et aux individus qui les composent. La tradition est un lien entre les générations qui ont un héritage commun. La nation devient le réceptacle de la tradition, elle est façonnée par les rites qui rappellent l’existence de l’archétype en générant un sentiment d’unité. Elle est unificatrice et transitoire à la fois. Elle consolide une nation tout en étant transitoire car les choses changent avec le temps, ce qui permet d’affirmer que les coutumes peuvent donc changer dans la forme mais pas dans le fond. 

 

La tradition est aussi un moyen de la connaissance, ce n’est pas un savoir théorique, mais bien pratique, fondé sur l’expérience. Platon disait que quand on transmet, on enseigne. Le passé permet ainsi de mieux comprendre le présent, et de ne pas répéter les erreurs commises auparavant. La tradition est la matérialisation de la mémoire collective. Comme savoir pratique, la tradition est une autorité essentielle, une autorité qui est acceptée car elle est le fait de quelque chose de stable qui suit une continuité. L’autorité incarnée dans la tradition a une valeur sacrée. Ce dernier concept de l’autorité d’un clan ou d’une nation nous mène tout droit à celui du traditionalisme. La tradition peut être pratiquée de manières différentes. L’intégrisme par exemple n’apporte pas de retouches et veut tout conserver. La restauration fonctionne un peu sur la même base car elle vise à restaurer une ancienne tradition sans prendre en compte les changements. Ni la restauration, ni l’intégrisme peuvent donc être une solution positive pour la tradition, car cette dernière n’est ni immuable ni immortelle. Elle est en fait tout aussi bien mécanique que créatrice, elle maintient et inove en même temps. La question que l’on peut se poser alors est de savoir comment on peut accorder l’esprit de la tradition et les variations dans le temps.

 

Une tradition figée devient immobilisante. Elle doit en fait s’adapter en restant fidèle à elle-même. La forme change mais point le fond. La tradition n’est pas un usage pétrifé, elle doit en permanence rester inventive. La création n’est absolument pas anti-traditionnelle, car la tradition ne devrait pas être rétrospective ni passéiste. Elle fait seulement référence au passé et à l’histoire en l’accompagnant de l’expérience. Elle nous enracine et nous rend aptes à traverser ce qui est passager comme les modes ou autres illusions. Descartes par exemple concevait la conservation comme une création perpétuelle. Il s’agit donc selon ces principes de trouver un juste équilibre entre passé et avenir. Au niveau politique, on peut reprocher au despotisme d’être un ennemi de la tradition car il s’articule autour du principe de l’arbitraire, principe qui ne fait aucune place à la tradition véritable. Par ailleurs, la démocratie n’est pas non plus une amie de la tradition car elle cherche l’innovation à tous prix, coupant ainsi la société de ses racines afin de la rendre plus manipulable. Ces deux aspects politiques sont stériles vis-à-vis de la tradition sacrée, ils n’apportent pas ce lien vital qui unit les hommes entre eux et qui les rattache à leur passé le plus lointain. Le pouvoir de la tradition étant justement ce lien sacré, il serait peut-être nécessaire de penser à un nouveau système qui permette aux hommes d’honorer leurs racines tout en s’adaptant aux nouvelles formes de vie ! 

 

Hathuwolf Harson

 

Dimanche 3 Novembre 2017