Ostara

Origines Païennes de Pâques...

Symbolisme du Printemps, de la Source, de l'Oeuf et du Lapin...

Les origines païennes de Pâques sont multiples car plusieurs traditions polythéistes y ont contribué. Mais il en est une qui a particulièrement imprégné les traditions de Pâques en Europe : c’est la tradition germano-nordique… dans ce cas, plus germanique que nordique d’ailleurs. C’est celle que nous allons voir de près dans cet article. Le sujet est trop vaste pour traiter toutes les origines possibles, car nous devons y aborder des thèmes symboliques majeurs comme le printemps, l’œuf, la source, et le lapin. Tout d’abord, il convient de préciser ce que Pâques n’est pas pour les Européens : ce n’est ni la commémoration de la sortie du peuple juif de son esclavage en Égypte, et ce n’est pas non plus le souvenir de la crucifixion du nazaréen venu racheter les péchés de ses ancêtres… Non. Pour l’Européen fidèle à ses racines païennes, Pâques est une célébration de la vie terrestre qui renaît, une renaissance cyclique, un hymne à la vie. Car c’est bien là tout le symbolisme véritable de Pâques, une fête célébrée depuis la nuit des temps, dont les origines sont à chercher dans les lointaines époques historiques du néolithique et même du paléolithique, et qui ont été reprises plus tard par les Indo-Européens, pour être finalement corrompues par le judéo-christianisme. 

 

Dans les milieux païens de nos jours il existe une confusion assez commune qui consiste à mélanger les deux fêtes que sont Pâques et l’équinoxe de printemps. Or ceci apparaît comme une erreur lorsqu’on étudie les coutumes historiques. Bien qu’étant très proches l’une de l’autre dans le rythme des lois cycliques, les deux fêtes se différencient énormément, car l’équinoxe de printemps est de nature solaire et virile, alors que la fête de Pâques est lunaire et féminine. La meilleure preuve de l’origine païenne et lunaire de Pâques est la date à laquelle elle se célèbre. Car en effet tout le monde aura remarqué déjà que Pâques ne tombe jamais à la même date d’une année à l’autre. Mais pourquoi donc? L’explication en est toute simple en fait : Pâques se célèbre lors de la première pleine lune après l’équinoxe de printemps. C’est cette pleine lune qui décide de la date, date qui de nos jours est approximative car on la fait coïncider avec le week-end le plus proche. La pleine lune comme référence cyclique nous renvoie évidemment à d’anciens rites qui étaient célébrés à une lointaine époque où nos ancêtres fonctionnaient sur la base d’un calendrier lunaire. 

 

La première pleine lune du printemps a évidemment une valeur hautement symbolique. Alors que l’équinoxe marquait la renaissance des forces solaires et ouraniennes, celle de Pâques marque la renaissance des forces terrestres et chtoniennes. Certains se demanderont que viennent faire terre et lune ensembles. La lune et la Terre-Mère sont dans le monde des symboles traditionnels sacrés deux éléments étroitement liés. L’un est le miroir de l’autre, et les deux sont les représentants majeurs des principes de croissance et de fertilité. Le printemps de Pâques célèbre donc selon le rythme lunaire la renaissance cyclique de toute la nature terrestre avec ses promesses d’abondance pour la nouvelle période. Après les longues ténèbres de la période hivernale, après le retour de la lumière solaire, voici aussi la nature qui revient à la vie. Elle porte en elle les germes d’une vie nouvelle qui ne demande plus qu’à voir le jour. 

 

Nous touchons là un terme crucial pour bien comprendre le fond de la fête de Pâques, c’est le mot «germe». S’il y a une image qui convient pour définir Pâques, ce serait bien celle du germe. Le germe est la vie à l’état embryonnaire qui est sur le point d’éclore. Toute créature nouvelle au printemps est un germe, qu’elle soit un bébé humain ou animal, ou encore la pouce d’une plante. Ce germe printanier annonçant la vie nouvelle pour la terre a trouvé un symbole dans notre tradition de Pâques : c’est celui de l’œuf. Et en effet, quoi de mieux qu’un œuf pour figurer ce germe de la vie renouvelée? Une vie régénérée est sur le point de naître, l’œuf nous rappelle à son souvenir. La coquille qui protégeait l’embryon de la vie commence à se rompre, et de cet œuf va surgir le souffle de cette vie renouvelée. Cette image reflète entre autres la plante dont le germe perce la croûte terrestre. Voilà ce que dans le fond nos ancêtres célébraient avec ce qui est devenu le fameux œuf de Pâques. Les belles couleurs avec lesquelles on peint ces œufs de Pâques sont elles aussi un hymne à la vie et à la joie que procure son retour. Dans le même ordre d’idée se retrouve un élément symbolique qui lui aussi est associé aux forces printanières du germe et de l’œuf : il s’agit du symbole de la source. Toute source représente en effet l’origine d’un nouveau début générant à son tour un flux vital nouveau, et c’est bien ainsi que doit être compris la fête du printemps. 

 

Ensuite vient un autre grand symbole de la fête de Pâques qui est celui du lapin. Là aussi certains se poseront la question de savoir pourquoi on parle des «œufs du lapin de Pâques», alors qu’il est évident qu’un lapin ne pond point d’œufs car il est un mammifère. Le lapin fut en fait associé au symbole printanier de l’œuf, mais il n’est pas celui qui pond les œufs de Pâques, il les apporte. C’est une nuance qui a son importance. Pourquoi un lapin? Et encore une fois, il ne faut pas chercher bien loin pour en comprendre le sens originel. Le symbolisme du lapin se concentre principalement sur son incroyable capacité à se reproduire. Ne dit-on pas d’ailleurs de nos jours encore, «se reproduire comme un lapin»? Cet aspect de reproduction en abondance est celui qui est retenu pour figurer Pâques et le printemps. Tout ceci fait du lapin un digne représentant des forces chtoniennes de fertilité et fécondité, forces inhérentes au printemps terrestre.

 

Dans la tradition païenne germanique, il existait une Déesse qui est très intimement liée au printemps. C’est elle qui a donné son nom à Pâques dans certaines langues germaniques : c’est la Déesse Ostara. Les Saxons et les Angles la nommaient Eostra. Voici comment son nom a survécu dans les langues en question :

-Ostern en allemand

-Easter en anglais

-Ôstarûn en vieil-haut-allemand

-Le mois d’avril portait chez les Anglo-Saxons le nom de «Éosturmonath».

Les autres langues germaniques, comme le néerlandais ou les idiomes scandinaves, se sont hélas fait contaminées par le mot d’origine sémitique : «pâques». Ce mot hébreux ḥag ha-pessaḥ חג הפסח célèbre l’agneau pascal, animal que le peuple juif sacrifia à son dieu unique pour sortir d’Égypte. Ceci n’a bien-sûr rien de commun avec notre fête de la vie représentée par la splendide jeunesse d’une belle Déesse comme Ostara. Fleurs, œufs, et lapins l’accompagnent. Tout chez Ostara est un hymne à la vie régénérée. De tout son être divin émane un parfum de fraîcheur printanière baignée des senteurs de mille fleurs. L’étymologie même du nom d’Ostara nous donne une autre indication sur sa nature profonde puisqu’il viendrait d'*Áustro, mot qui désigne l’Est comme point cardinal et au niveau symbolique il désigne l’aube. Tout comme l’œuf ou la source, l’aube est un symbole clair et net d’un retour cyclique de la vie, d’un nouveau commencement. Ostara incarne ainsi l’aube cyclique de la vie terrestre. Elle est en cela une émanation de la Terre-Mère dans son aspect le plus jeune. Les germes de la vie nouvelle tombent sous sa tutelle divine. 

 

Dans les coutumes liées aux œufs de Pâques, il était courant de croire que ces œufs avaient des vertus propres relevant des forces magiques du printemps. Ils protègent le foyer, ont des propriétés médicinales et repoussent toute force négative. Les œufs de Pâques apportent avec eux une véritable force brute venue du plus profond de la terre. Un écrit rhénan du 17è siècle dit que si l’on mange des œufs à Pâques, on sera fort et en bonne santé toute l’année. On dit des œufs de Pâques qu’ils pouvaient soigner les affections des yeux, la fièvre, et les maux de tête. En Autriche et en Silésie la tradition voulait que l’on mange les œufs de Pâques pendant des banquets publics. Si l’on s’égarait disait-on, il suffisait de se rappeler avec qui on avait mangé les œufs, pour retrouver son chemin. Ceci est le souvenir du symbolisme de l’œuf dont le germe de vie indique la voie à suivre pour le nouveau cycle. Les coquilles des œufs ne devaient pas être simplement jetées ; il fallait les conserver religieusement pour les répartir tout autour de la maison afin de protéger le foyer contre la vermine et autres insectes comme les fourmis. Dans la région de l’Allgäu du Sud de l’Allemagne, on jetait sur les champs les coquilles des œufs, car ainsi on évitait un brusque changement de temps qui en cette période de l’année peut être périlleux pour les nouvelles cultures. Il existait aussi l’habitude de faire des offrandes d’œufs de Pâques aux Esprits des ancêtres et à ceux de la nature afin d’appeler à soi les forces de fertilité. Construire une nouvelle maison était un évènement qui lui également était accompagné d’offrandes d’œufs. Ces œufs durant la période de Pâques servaient par ailleurs dans divers rites de divination comme celui connu dans les Alpes autrichiennes et bavaroises. Le vendredi de Pâques, à minuit, on versait dans un verre d’eau le contenu d’un œuf brouillé, et le lendemain matin on pouvait prédire selon les figures formées par l’œuf dans l’eau, quels fruits seraient particulièrement propices pour la saison à venir. Une autre version autrichienne est celle qui consiste à faire un trou de chaque côté d’un œuf, puis de regarder au travers au moment de l’aube ; on était alors censé pouvoir voir l’avenir. 

 

Tel que nous l’avons mentionné plus haut, les sources et l’eau en général étaient très vénérées durant la période de Pâques car c’est l’un des moments de l’année pendant lequel l’eau possède une force magique très puissante. On avait pris l’habitude durant Pâques de se rendre à l’aube auprès d’une source afin de se purifier en se lavant symboliquement le visage. De plus on disait que ce rite avait pour vertu d’embellir la personne pour le cycle à venir. Cette coutume existait encore dans les années 20 du siècle passé dans la région de Poméranie dans le Nord de l’Allemagne. Pendant ce lavage printanier, il était d’ailleurs important de le faire en direction opposée au courant de l’eau, image symbolique marquant le retour aux sources. Il fallait aussi se taire en observant un silence très strict, il fallait éviter de répondre à toute salutation par exemple. Une des joies pour les gars du village, était justement de chercher par tous les moyens de faire parler les jeunes filles qui venaient d’effectuer leur rite de purification pascale. Tout comme les œufs, l’eau de Pâques a de fortes vertus médicinales et protège la santé durant le cycle nouveau. Dans ce cas, il fallait chercher l’eau de la source durant la pleine lune de Pâques, remplir plusieurs récipients pour l’avoir chez soi en cas de nécessité. Dans la région allemande la Mark, on disait qu’il fallait être rentré avant l’aube pour que l’eau ne perde pas ses vertus médicinales. De plus il fallait éviter de passer par tout croisement de routes. En Prusse occidentale, on recommandait à toute fille amoureuse de boire 3 cuillères de cette eau magique de Pâques et de penser très fort au jeune homme chéri afin que la passion de l’amour emplisse aussi le cœur de ce dernier. 

 

À l’instar des œufs et des sources, le lapin de Pâques possède lui aussi des vertus magiques. Chez les Grecs il était associé à la Déesse de l’amour Aphrodite, et les Germains en firent l’animal de prédilection de la Déesse du printemps. La puissance reproductive du lapin était la force liée à la fécondité que l’on cherchait alors à s’approprier. En plus de consommer du lapin, il était coutume d’accrocher à sa maison une patte de lapin. Ce genre d’acte rituel était censé attirer les bienfaits symboliques du lapin. Avec les siècles, le symbolisme de ce genre de rite s’est largement amplifié étant donné que la patte du lapin est devenue un porte-bonheur de manière très générale. On dit qu’elle donne de la chance au jeu et protège contre tout évènement non désirable. Les vertus médicinales du lapin ne sont pas non plus négligeables, vu que toutes les parties du corps du lapin sont utilisées comme moyen de guérison : la cervelle contre les chutes de cheveux, le foie contre l’épilepsie, l’œil du lapin contre les problèmes de vue, les dents contre les douleurs dentaires, les excréments contre la toux et même pour ne pas tomber enceinte. De plus, un lapin qui croisait le chemin de quelqu’un en passant de droite à gauche, était un signe de mauvaise augure, il fallait pour y remédier cracher 3 fois en direction du lapin, se retourner 3 fois, puis faire 3 pas en arrière. Tout dans le lapin de Pâques relevait donc de forces magiques qui remontent à d’anciens rites païens dont le caractère magico-religieux ne fait aucune place au doute. 

 

En attendant Ostara, je souhaite à tous les païens une bonne fête de Pâques. Que la Déesse répartisse tous ses bienfaits. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "Kleines Lexikon des Aberglaubens", Ditte und Giovanni Bandini
  • "Dictionnaire des symboles", Chevalier et Gheerbrant
  • "Lexikon der germanischen Mythologie", Rudolf Simek

 

Dimanche 3 Décembre 2017