Le Torque

Le torque, ce collier typiquement celte, se retrouve parmi tous les peuples celtes, de la péninsule ibérique à l'Allemagne, de la Grande-Bretagne, en passant par la Gaule, jusqu'aux Balkans. Les torques étaient pour la plupart en or ou en bronze, plus rarement en argent ou en fer. Sa forme torsadée lui a donné son nom; "torque" vient du latin "torques" qui signifie "tordre". Une ou plusieurs tiges torsadées lui donnent sa forme caractéristique. La majorité des torques forment un cercle ouvert dont les extrémités se terminent par des embouts plus ou moins ornementés. Voici un exemple d'un torque trouvé en Galicie (Espagne) avec un embout finement décoré représentant une roue solaire


Voici quelques exemples archéologiques de Torques.

 

L'art celte lui a donné ses titres de noblesse, et comment ne pas s'y attendre quand on connaît toute la beauté de cet art celte. Mais l'origine des torques n'est pourtant pas celte. Ce sont d'autres peuples indo-européens qui ont précédé les Celtes dans l'utilisation de ce genre de collier. Des torques furent en effet trouvés parmi la culture scythe de l'Europe de l'Est et parmi les peuples de l'âge du bronze en Europe centrale et en Grande-Bretagne. Cependant, ce sont les Celtes qui ont rendu célèbres les torques. Une des plus anciennes représentations d'un torque celte se retrouve sur la statue du Guerrier de Hirschlanden en Allemagne datée du 6è siècle avant notre ère. 

 

 

Tout semble indiquer que dans une première phase le torque était surtout porté par les femmes. Des exemples historiques existent comme ceux de la princesse de Vix en France (<=), ou encore celui de Reinhiem en Allemagne (=>).


Sur le fameux chaudron de Gundestrup, on peut observer que la Déesse Rigani porte aussi un torque. Jusque vers 300 avant notre ère, il est très courant de trouver des torques dans les tombes de femmes. Il devait être alors un bijou typiquement féminin. L'importance de l'aspect féminin dans les cultes religieux des Celtes confirment d'ailleurs cette origine plutôt féminine. Ce n'est qu'après cette date que la situation change, car on ne les retrouve alors plus que parmi les tombes d'hommes. Certains historiens pensent que ce changement pourrait être dû au fait qu'au début les femmes offraient à leurs hommes leur torque pour marquer un fait d'armes valeureux. Celui qui s'était battu avec courage et distinction recevait cette récompense de son épouse. Mais quelque chose a dû se passer au niveau culturel pour que les femmes celtes ne portent presque plus le torque depuis cette date. C'est ainsi probablement que chez les Celtes le torque devint un bijou typiquement masculin. Ceci se retrouve aussi sur le chaudron celte de Gundestrup qui nous donne encore un bel exemple de torque avec la représentation du Dieu Cernunnos (prononcer Kernunnoss). On y voit en effet le Dieu portant un torque au cou et tenant un autre dans sa main.

 

Voyons à présent le symbolisme qui se rattache au torque. Tous les spécialistes sont d'accord pour dire qu'il s'agit d'une marque distinctive dans la société celte: il est un symbole de noblesse. Ce sont les personnes de haut rang qui portent le torque, et ceci même à l'époque où le torque était plus un élément féminin que masculin. La noblesse guerrière et l'aristocratie sont les porteurs de torques dans la société celte. Il appartient donc aux deux premières fonctions duméziliennes. 

 

 

Il est fort probable que dans sa première phase, en plus de sa marque de noblesse, le torque fusse aussi un symbole du principe cyclique féminin. Les cultes lunaires qui se rattachent à cette cosmogonie féminine en auraient été l'expression sacrée et cachée. Il n'était pas rare de trouver des double-spirales sur les torques, symbole qui se rattache aux phases cycliques de la lune


 

Le fait que le torque soit un cercle avec une ouverture pourrait également permettre ce rapprochement, car au lieu d'avoir un cycle bouclé, symbole typiquement solaire, nous avons avec le torque une forme de représentation cyclique interrompue que l'on retrouve avec le symbolisme des spirales. L'origine symbolique du torque serait donc une connection avec les cycles lunaires et le culte à la grande Déesse, la Terre-Mère. Le torque qui se trouve sur la photo illustrant cet exposé, le torque de Snettisham en Grande-Bretagne, possède d'ailleurs la particularité d'avoir été fait au moyen de 8 tiges torsadées, chiffre qui n'est pas sans rappeler ce que nous avons vu pour la symbolique cyclique issue de l'âge du bronze européen, où le 8 représente l'accomplissement d'un cycle, la semaine lunaire de huit jours (ou plutôt de 8 nuits).

 

Dans sa deuxième phase, celle qui rattache le torque aux hommes et aux guerriers, en plus du symbole aristocrate qui reste une constante, ce collier sacré devint une marque de courage et de valeur au combat. Le guerrier par sa victoire lors d'une bataille avait démontré sa force et sa noblesse, et pouvait alors porter fièrement son torque. Nietzsche aurait très certainement dit ici qu'il était le symbole du surpassement de soi-même, la marque du surhomme. C'était donc un orgueil de porter le torque, à tel point que les guerriers celtes qui très souvent luttaient complètement nu, se défaisaient de tout sauf de leur torque. On peut par exemple le constater sur la célèbre statue du 3è siècle avant notre ère représentant un guerrier Gaulois mourant, il est entièrement nu, mais porte toujours son torque. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Photo:

 

Vendredi 23 Novembre 2018