Comenir

Quand Paganisme et Christianisme se mélangent...

En Catalogne, dans les parties montagneuses du Roussillon et jusqu'en Aragon, existait une pratique religieuse qui a survécu jusque dans les années 1960. Cette pratique remonte aux traditions païennes des Pyrénées, et se maintint durant près de 1500 ans, immergée sous une grosse couche de vernis chrétien. Mais malgré ce vernis, les autorités ecclésiastiques voyaient d'un très mauvais oeil que puisse continuer une telle "superstition relevant de la plus pure idolâtrie". C'est grâce à la pression populaire que put survivre cette tradition millénaire, même si ce fut avec un déguisement chrétien. Les villageois y tenaient énormément car ils étaient convaincus de son efficacité, sans compter que c'était un héritage de leurs ancêtres depuis la nuit des temps.

 

La pratique religieuse en question se nomme "Comenir", terme qui signifie "conjurer les orages". Le rituel se tenait dans un abri annexe à l'église qui se nomme Comenidor en Catalogne, et Exconjuradora en Aragon. L'abri était formé par une dalle couverte de tuiles, elle-même soutenue par quatre pilliers, aspect qui n'est pas sans rappeler un dolmen (les tuiles en moins). Le curé s'y rendait dès les premières manifestations orageuses avec son missel et de l'eau bénite. Il devait ensuite prononcer des formules de conjuration. Pendant ces incantations, l'officiant répandait de l'eau bénite en direction de l'orage, alors que le sacristain se livrait aux sonneries de cloches appropriées. 

 

Bien des indices indiquent que l'origine païenne est à chercher dans le domaine celtique, car les Celtes ont beaucoup influencé une grande partie des Pyrénées. Tel que nous le montrent d'autres exemples pyrénéens d'époques païennes, les Dieux gaulois ont fusionné avec des Divinités autochtones antérieures aux Indo-Européens. La pratique du Comenir devait donc très certainement être lié à l'origine au Dieu gaulois Taranis, le Dieu des orages et de la foudre. L'officiant du rituel devait probablement se situer dans un abri du type grotte, lui-même situé près d'une source. Ces deux derniers éléments indiquent que l'officiant païen aurait pu faire appel ainsi à la Grande Déesse, la Terre-Mère, cherchant par là sa protection contre les colères du céleste et puissant Taranis. Quant au son des cloches, cela pourrait être le lointain écho du fort bruit que l'on faisait pendant les rituels guerriers ou ceux censés écarter les foudres du Dieu céleste. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

Petit Dictionnaire de Mythologie Basque et Pyrénéenne

 

Lundi 13 Novembre 2017