L'Aigle et le Dieu Jupiter...

Et un conflit politique du XXème Siècle...

Voici un extrait d’un texte de l’auteur Julius Evola édité pour la première fois en 1941 en Italie. Il analyse la relation entre l’aigle, symbole de souveraineté, et le Dieu Jupiter, souverain du panthéon romain. Lorsqu’il est question de la dimension «olympienne», Evola se réfère à l’aspect purement ouranien des forces divines. Dans son analyse, les forces célestes s’opposent aux forces chtoniennes dans une lutte perpétuelle, la lumière contre l’obscurité, une véritable guerre sainte qui génère le mouvement vital des cycles cosmiques. Cette vision de la lutte serait selon l’auteur un reflet typique de la religiosité indo-européenne. Rappelons au passage qu’à l’époque du texte, les Indo-Européens étaient nommés «Aryens». 

Évola présente ici aussi une réflexion très intéressante à propos du lien entre le symbolisme germano-nordique de l’aigle et celui des Romains, les deux étant liés par l’histoire ainsi que par l’inconscient collectif des deux peuples. On ne peut véritablement comprendre ce passage que si on le remet dans son contexte historique. Durant les années 30, l’Allemagne national-socialiste revendiquait l’aigle comme un symbole typiquement germanique, ce qui est en partie vrai, mais qu’en partie. C’est là que Julius Évola entre en scène avec ce texte en revendiquant l’aigle comme un symbole avant tout romain. L’auteur, qui défend la grandeur de l’Italie fasciste, cherche ainsi à répondre au slogan de la campagne de propagande national-socialiste qui disait «Los von Rom !» (Libérons-nous de Rome). L’Allemagne national-socialiste avait en effet lancé cette campagne afin de «re-germaniser» le pays, le Reich devait être fier avant tout de ses racines germaniques, réduisant de cette manière l’importance de l’apport gréco-romain. Ce sujet intéressant d’un point de vue historique, nous ouvre la porte sur un conflit peu connu, un affrontement intellectuel et idéologique, entre ces deux pays pourtant alliés qu’étaient l’Italie fasciste et l’Allemagne national-socialiste. Il est ainsi très instructif pour nous de constater à quel point le symbolisme païen de l’aigle a pu être important durant cette phase cruciale de l’histoire européenne du XXè siècle. Pour le symbolisme traditionnel de l'aigle, voir le lien à la fin de cet article. Voyons à présent ce texte de Julius Evola : 

 

“L’esprit olympien de la romanité est lui aussi marqué par le symbolisme de l’aigle. Il était traditionnellement admis que celui sur lequel se posait un aigle était prédestiné par Zeus [Jupiter] à une haute destinée ou à la royauté, signe de légitimité olympienne de l’une ou de l’autre. Mais il était également admis par la tradition classique, et plus spécifiquement encore par la tradition romaine, que l’aigle était un présage de victoire, impliquant la conception olympienne de la lutte et de la victoire […]. La victoire des hommes, reflet de celle de Zeus [Jupiter] sur les forces anti-olympiennes et barbares, était prédite par l’apparition de l’animal de Zeus [Jupiter], l’aigle. 

 

Ceci permet de bien comprendre en relation avec la signification profonde d’origine traditionnelle et sacrée, et non comme une allégorie quelconque, le rôle qu’avait l’aigle dans les enseignes romaines parmi les “signa” et les “vexilla”, dès les origines. Déjà à l’époque républicaine, à Rome, l’aigle était l’enseigne des légions – on disait: “un aigle par légion et pas de légion sans aigle”. En général l’enseigne était faite d’un aigle aux ailes déployées et tenant la foudre dans ses serres. Ainsi se trouve confirmé le symbolisme olympien: le signe de la force de Jupiter est uni à l’animal qui lui est consacré, car c’est avec la foudre que le Dieu combat et extermine les Titans.

 

[…] À l’époque impériale, d’enseigne militaire il devint le symbole de l’imperium lui-même. Nous savons le rôle que joua l’aigle dans l’histoire successive des peuples nordiques et germaniques. Ce symbole semble avoir été abandonné pour une longue période le sol romain et s’être transporté dans les races germaniques, au point d’apparaître comme un symbole essentiellement nordique. Ce n’est pas exact. On a oublié l’origine de l’aigle qui figure encore aujourd’hui comme emblème de l’Allemagne, comme il fut celui de l’empire autrichien, dernier héritier du Saint Empire Romain Germanique. L’aigle germanique est simplement l’aigle romain. Ce fut Charlemagne qui, en 800, sur le point de déclarer la “renovato romani imperii” en reprit le symbole fondamental, l’aigle, et en fit celui de son empire. Historiquement, ce n’est donc que l’aigle romain tel qu’il s’est conservé jusqu’à aujourd’hui comme symbole du Reich. Toutefois ceci n’empêche pas que d’un point de vue plus profond, supra-historique, on puisse penser à quelque chose de plus qu’une simple importation. En effet, l’aigle figurait déjà dans la mythologie nordique comme l’un des animaux consacrés à Odinn-Wotan et comme cet animal fut ajouté aux enseignes romaines des légions, de même il figurait sur les cimiers des antiques chefs germains. On peut donc concevoir que Charlemagne en prenant l’aigle comme symbole de l’empire ressuscité avait en vue la Rome antique, et simultanément, et inconsciemment, il reprenait aussi un symbole de l’antique tradition aryano-nordique, conservé seulement sous forme fragmentaire et crépusculaire par les différents peuples de la période des invasions. Quoiqu’il en soit, par la suite, l’aigle finit par ne plus avoir qu’une valeur héraldique et sa signification profonde et originelle fut oubliée. […] La connaissance de la signification originelle du symbolisme aryen de l’aigle, emblème ressuscité de nos deux peuples, pourrait même marquer le sens le plus haut de notre lutte et se relier à cette tâche qui répète en cela, dans une certaine mesure, l’aventure identique dans laquelle l’antique peuple aryen, sous le signe olympien et évocateur de la force olympienne exterminatrice des entités obscures et titaniques, pouvait se sentir comme la milice des forces d’en haut et affirmer un droit supérieur et une fonction supérieure de puissance et d’ordre.”

 

Source :

  • «Symboles et mythes de la tradition occidentale», Julius Évola

 

Lien : 

  • Symbolisme de l'aigle: https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305428916262590.1073741838.230064080465741/298614020277413/?type=3&theater

 

Vendredi 13 Juillet 2018