La Grotte del Castillo

La Déesse et l'Arbre du Monde... Et ce qu'en fit le Judaïsme

La grotte du Castillo est un site archéologique qui se trouve dans la région espagnole de Cantabria, dans le Nord-Ouest de la péninsule ibérique. Elle comporte quelques 220 motifs peints ou gravés qui furent datés du paléolithique supérieur. Henri Breuil, le pape de la préhistoire, étudia au début du 20è siècle de très près l’art pariétal de la grotte du Castillo. Il put déterminer l’existence de motifs remontant aux premières époques du paléolithique, ce qui nous met en présence de peintures et gravures vieilles de 38.000 à 10.000 ans. Les archéologues ont quant-à eux pu prouver que la grotte fut occupée durant une période historique énorme ; cette occupation humaine du site couvre une période entre 125.000 avant notre ère et 2000 avant notre ère. L’art pariétal démontre que ce site ne fut pas seulement un habitat, mais aussi un temple naturel, un lieu de culte lié à la grande Déesse de cette période préhistorique. Des rites chamaniques et d’autres dédiés aux thèmes sacrés de fertilité et fécondité devaient très certainement s’y tenir. 

Un détail de cet art pariétal très riche retient ici toute l’attention. C’est celui qu’on peut voir à gauche sur la photo. Cette roche comporte deux types de symboles typiques du paléolithique. Ils nous parlent de la vision religieuse et de la cosmogonie de ces très lointains ancêtres. De couleur rouge se trouvent plusieurs symboles que les archéologues nomment habituellement des signes campaniformes. Ce terme ne correspond en fait pas vraiment au symbole qui se cache derrière ce signe. Les spécialistes des symboles de l’art pariétal ont depuis longtemps reconnu qu’il s’agit de la représentation d’une vulve. Comme nous l’avons déjà vu avec d’autres exemples, la vulve est un symbole hautement sacré étant donné qu’elle est une figuration du pouvoir féminin de donner la vie. La vulve est une manifestation de la matrice originelle, celle de la grande Déesse-Mère. Cette représentation du sexe féminin est donc intimement liée aux cycles de la vie, en particulier à celui de la naissance. 

L’autre symbole majeur, qui lui n’est représenté qu’une fois, est un signe arboriforme de couleur noire. Cet arbre comporte 9 branches. Il nous renvoie évidemment au symbolisme de l’arbre cosmique, l’axe sacré du monde. Ce qui nous permet de constater au passage la très grande ancienneté de ce symbole religieux. L’Irminsul ou l’Yggdrasil de la tradition germano-nordique par exemple ont leurs racines dans cette époque du paléolithique, prouvant ainsi une continuité de ce culte païen au travers de nombreux millénaires. L’axe cosmique est l’arbre de vie, il est symbole du lien entre terre et ciel, entre les forces ouraniennes fécondantes et les forces chtoniennes fécondées. Le fait qu’il ait ici 9 branches nous renvoie à la conception d’un nouveau cycle, une période qui se régénère en elle-même. 

Henri Breuil a pu également constater au cours de ses études que ce genre de représentation féminine associée à l’arbre du monde, est souvent accompagné d’un serpent. Ces trois éléments lèvent une partie du voile qui couvre les mystères de la religiosité du paléolithique. Il est fort probable que nous soyons là en présence d’une véritable figuration du mythe de la création selon la cosmogonie de cette époque reculée. Le serpent serait dans ce cas le symbole du pouvoir masculin originel, qui, aux côtés de la représentation féminine, serait une allégorie du couple divin originel, celui qui donna le jour à tous les êtres vivants. La manifestation de la vie en elle-même est représentée par l’arbre cosmique. Cette image d’une femme, d’un serpent, et d’un arbre, devait avoir une grande importance dans cette mythologie préhistorique. Elle célébrait très probablement la manifestation première de la vie. Cette conception religieuse axée autour du principe femme-serpent-arbre a survécu au travers des différentes traditions païennes postérieures de manière très diverse. La mythologie basque par exemple est celle qui permet de se rapprocher de cette ancienne cosmogonie religieuse. Et comme toujours, le monothéisme, ennemi des traditions polythéistes et fortement enclin à récupérer et corrompre les anciens symboles, a intégré dans ses fables le mythe préhistorique du principe femme-serpent-arbre : c’est la fameuse fable d’Ève, du serpent et de l’arbre du jardin d’Eden. Cet exemple démontre encore une fois de plus pourquoi on peut parler de corruption des anciens symboles païens. 

Nous avons vu qu’à l’origine ce principe était un véritable hymne à la vie naissante, tout ce qu’il y a de plus beau et de sacré. Et bien le judaïsme, qui donna plus tard ses fables au christianisme et à l’islam, fit de ce principe quelque chose de bien différent et de typiquement sémitique peut-on dire. Ève n’est plus la représentation du féminin sacré ici, elle est l’origine de la faiblesse, celle qui se laisse tenter par le diable sous forme de serpent. C’est ce serpent qui l’a convaincu de manger un fruit de l’arbre défendu. Pourquoi défendu? C’est dieu qui interdit qu’Adam et Ève en mangent, car c’est l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Le dieu unique de la tradition juive ne veut pas que l’on goûte de la connaissance, car ceci est une vile chose aux yeux du monothéisme qui fonctionne sur le principe de la foi aveugle et non de la connaissance. Par ailleurs il faut ici rappeler que le concept monothéiste de Bien absolu et de Mal absolu, est inconnu des traditions polythéistes qui savaient relativiser toute chose. Ceci nous démontre une fois de plus, que pour qu’il y ait survivance d’un symbole d’une tradition à l’autre, il ne suffit pas de conserver la forme, il faut aussi que le fond reste intact dans ses grandes lignes. On voit nettement que ça n’est pas le cas avec la fable monothéiste, car la Déesse-Mère devient une Ève source de tout mal, le serpent divin donnant le germe de vie devient le diable comme incarnation du Mal absolu, et l’arbre de vie devient une source de tentation prohibée. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=309052992566849&set=a.232402220231927.1073741829.230064080465741&type=3&theater

http://fr.wikipedia.org/wiki/Grotte_du_Castillo

Symbolisme de la vulve: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=267883613350454&set=a.305926009546214.1073741844.230064080465741&type=3&theater

Symbolisme du Serpent

Symbolisme de l'arbre cosmique:https://www.facebook.com/photo.php?fbid=277627099042772&set=a.305926009546214.1073741844.230064080465741&type=3&theater

Le Serpent Magdalénien de Lortet

Terra Mater, la Déesse-Mère

Sugaar, le Serpent Basque

 

Mardi 27 Juin 2017

Pour partager l'article