La Chamane de Bad Dürrenberg

Religiosité au Mésolithique

En 1934 á Bad Dürrenberg en Allemagne (Sachsen-Anhalt) fut mis à jour un site archéologique du mésolithique avec la tombe d’une femme remontant au 6è millénaire avant l’ère vulgaire. Ces restes archéologiques nous font remonter à une époque très reculée de notre histoire européenne, une période charnière de notre histoire car elle fut la transition entre le paléolithique et le néolithique, entre la période où nos ancêtres vivaient de chasse et de cueillette et la période de la grande révolution agricole. Le paléolithique se caractérise par une harmonie complète avec la nature, où l’être humain appartient à la terre. Avec l’arrivée de l’agriculture ce lien allait être modifié de manière importante car en travaillant la terre, l’homme allait devenir maître de celle-ci. Au niveau religiosité, ceci allait également avoir de profondes conséquences. Les deux périodes se caractérisent par un fort culte à la Grande Déesse, la Terre-Mère. Mais dans le premier cas, celui du paléolithique, la Déesse était toute puissante, alors que dans le deuxième cas, la Déesse se mit au service des hommes pour le dire d’une certaine manière. Pour ce qui est du mésolithique, on peut affirmer que la religiosité fut la même que durant le paléolithique. 

 

Grâce aux nombreuses statuettes trouvées, aux peintures rupestres, et autres restes archéologiques, il a été possible de reconstituer quelque peu l’univers religieux de ces lointains ancêtres. Il existait un fort culte à la Terre-Mère, et à côté se trouvait également un culte au pouvoir fécondant d’une Divinité masculine. De plus, le culte aux animaux était très fort, car le lien entre monde animal et monde humain était intimement lié. Tout semble indiquer que les rites religieux tournaient autour d’une pratique du type chamanique. Les chamanes étaient les «sorciers» ou «sorcières» de chaque clan qui assuraient le lien entre le monde des hommes, celui des ancêtres, et celui des Divinités. Le chamanisme se base principalement sur des rites où le ou la chamane se met en transe afin d’entrer en contact avec les différents mondes. Il est dit du chamane qu’il se transforme en animal durant ses transes. En fait, l’esprit d’un animal prend possession du chamane, et c'est celui-ci qui le guide dans sa quête. Ce genre de culte païen très ancien est aussi nommé «animisme» par les spécialistes. Le lien avec le monde animal y tient une place prioritaire. 

 

La tombe de Bad Dürrenberg vient complètement confirmer cette approche chamanique de la religiosité du mésolithique. Dans cette tombe se trouvait le corps d’une femme qui est décédée entre l’âge de 25 et 30 ans, ainsi que le corps d’un bébé de 12 mois environ. Les restes archéologiques trouvés dans la tombe de la femme sont ceux qui ont permis de déterminer la fonction de cette femme au sein de son clan il y a quelques 8000 ans. Ce n’est pas pour rien que les archéologues l’ont baptisé dès le début la «chamane de Bad Dürrenberg», car en effet tous ces restes indiquent clairement que cette femme était la chamane de son clan. L’image au centre de la photo est une reconstitution faite d’après les découvertes archéologiques. 

Comme on peut le constater, les parures sont nombreuses et très variées. Les bois de chevreuil se présentent de telle façon qu’ils étaient très probablement fixés sur la tête. Le chevreuil au niveau symbolique s’apparente au cerf, un animal qui permet le lien entre monde des hommes et celui des Esprits. Le fait que la chamane ait porté ces bois démontre que l’objectif était justement cette communication interactive entre humains et Dieux. Certains restes ont aussi indiqué qu’elle devait porter une peau de loup. Le symbolisme du loup est lui aussi d’une très haute importance dans toutes les traditions païennes depuis la plus haute préhistoire (voir lien à la fin). Ensuite furent également trouvés plus de 100 restes d’ossements avec des trous, ce qui indique qu’ils devaient être portés comme amulettes par la chamane. Il s’agit de d’ossements et de dents (défenses dans le cas du sanglier) provenant d‘animaux comme l’aurochs, le cerf, la grue, le sanglier, le chevreuil, la loutre, le bison. Tous ces animaux sont évidemment très symboliques et devaient jouer un rôle important dans les rites de la chamane. Ils étaient certainement censés aider la chamane dans ses états de transe afin de pouvoir être possédée par l’esprit-animal de manière plus efficace. Le fait de porter sur elle ces restes d’animaux devait lui permettre un contact profond et durable durant ses transes. 

L’aurochs véhiculait avec son esprit la force et la puissance masculine, une énergie combative, sauvage et brute, très utile pour affronter des Esprits pas toujours amicaux. L’aurochs fut très important pour les rites du chasseur au paléolithique. Vaincre l’animal était une véritable épreuve initiatique. Le symbolisme de l’aurochs fut tellement important, qu’il survécut jusqu’à la période de l’âge du fer germanique. On le retrouve en effet en bonne place parmi les runes germano-nordiques. Une rune porte son nom, la rune Uruz (Uruz signifie Aurochs). 

Le cerf, comme nous l’avons vu ci-dessus, permettait la communication verticale entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Au-delà de son symbolisme lié à la force fécondante cyclique, le cerf était le lien entre les différents mondes. Le cerf était une monture pour le chamane, car il lui permettait de voyager du monde des hommes vers le monde des Dieux. Son symbolisme a survécu lui aussi très longtemps, puisqu’on le retrouvera plus tard dans le profil du Dieu celte Cernunnos ainsi que dans la rune germanique Algiz, la rune de l’élan, animal dont le symbolisme nordique se rattache à celui du cerf continental. 

La grue se retrouve elle aussi dans les mythes celtiques postérieurs. Cet oiseau, comme on a pu le constater sur le célèbre chaudron de Gundestrup, est intimement lié à la figure de la Terre-Mère dans le mythe de la Déesse gauloise Rigani. 

Le sanglier est lui aussi très présent dans les mythes païens européens. Il symbolise la puissance fécondante dans la tradition germano-nordique, alors que chez les Celtes le sanglier est plutôt lié au Dieu de la guerre en raison de sa farouche combativité. 

Le chevreuil, comme nous le disions plus haut, relève du même symbolisme que le cerf.

La loutre est un animal tout aussi terrestre qu’aquatique, ce qui le rattache symboliquement aux forces fécondantes de l’eau et de la terre. L’eau serait ici symboliquement le sperme des Esprits, alors que la terre serait la matrice fécondée. 

Le bison préhistorique devait posséder un symbolisme très proche de celui de l’aurochs, figurant lui aussi la force brute et sauvage, la puissance masculine fécondante.

 

Par ailleurs, les spécialistes ont pu grâce aux technologies modernes reconstituer le visage de la chamane. Cette reconstitution se trouve sur l’image en bas à gauche. Comme on peut le constater, il s’agit d’une personne de race blanche dont les traits révèlent des caractéristiques cromagnoïdes. Les pommettes saillantes, la partie supérieure de l’orifice oculaire plus prononcée, établissent des signes distinctifs hérités des caractéristiques raciales des plus anciennes périodes du paléolithique. 

 

Cette tombe de Bad Dürrenberg est un de ces nombreux éléments clés de l’archéologie européenne qui permettent à celui qui se penche sur la question d’effectuer un véritable voyage dans le temps, et de comprendre ainsi un peu mieux la religiosité de nos ancêtres de la préhistoire.

 

Hathuwolf Harson

 

Liens :

Symbolisme du Cerf 

Symbolisme du Loup

Symbolisme du Sanglier 

Déesse Rigani

Symbolisme de l’Aurochs :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.300053296800152.1073741833.230064080465741/301065820032233/?type=3&theater

 

Sources :

https://de.wikipedia.org/wiki/Bestattung_von_Bad_Dürrenberg

http://www.museum-digital.de/san/index.php?t=objekt&oges=3639

http://www.museum.de/event/das-grab-der-schamanin-von-bad-durrenberg-und-die-mesolithische-bestattungssitten-in-europa-offentlicher-vortrag

 

Mardi 27 Juin 2017

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