Zarathoustra et le Dualisme Irano-Aryen

L'Imposture du Dualisme chez les Aryens...

Nombreux sont ceux qui connaissent le Zarathoustra du philosophe allemand Nietzsche, une figure bien sympathique, mais qui n’a rien de commun avec le personnage historique, personnage qui va être l’objet de cet article. Zarathoustra, également nommé Zoroastre, fut le fondateur d’une nouvelle religion que l’on nomme le zoroastrisme et qui apparût au début du 1er millénaire avant notre ère dans l’actuel Iran. Les sources écrites qui nous ont permis de connaître le personnage historique de Zarathoustra, sont les hymnes gathiques qui sont la partie la plus ancienne de l’Avesta. Ils sont rédigés dans une langue archaïque indo-européenne très proche du védique, propre aux Irano-Aryens de l’Est de l’Iran. C’est là que vécurent Zarathoustra et ses premiers disciples. Sa date de naissance est très incertaine, et varie énormément selon les interprétations: entre 1000 et 600 avant notre ère. Le 7è siècle selon certaines sources semble le plus probable, bien qu’il existe une tendance à le voir encore plus ancien que le 1er millénaire. Zarathoustra était du clan des Spitama dont les ancêtres se consacraient à l’élevage des chevaux, une activité typique héritée de la cutlure aryenne des origines. Il fut le père de deux fils et d’une fille. 

 

Zarathoustra fut un ennemi décidé et virulant de la tradition religieuse de ses pères. Bien que d’origine aryenne, tout semble indiquer que Zarathoustra adopta et développa une certaine religiosité étrangère. Il renia les Dieux de ses ancêtres pour se lancer dans une aventure mystique plutôt douteuse, car en effet il allait introduire une vision du monde nouvelle, qui, via le dualisme, allait mener aux premières formes de monothéisme chez un peuple aryen. Il faut se souvenir à ce stade que les Aryens sont une de nombreuses branches des peuples indo-européens. Au cours du 2è millénaire avant notre ère, ces Aryens peuplèrent l’Inde et l’Iran. Le nom même d’Iran vient de “Aryānā”, mot qui signifie “Pays des Aryens”. En Inde, les Aryens furent confrontés aux populations négroïdes dravidiennes. La branche aryenne qui s’installa en Iran fut confrontée quant-à elle aux populations sémitiques issues à l’origine de la péninsule arabique. Le début du 1er millénaire avant l’ère vulgaire, est justement la période qui correspond à celle où un peuple sémitique, les Hébreux, tentent d’imposer une nouvelle religion basée sur le culte d’un dieu unique nommé Yaweh. C’est cette nouvelle religion sémitique qui formera la base de la religion juive, chrétienne, et musulmane, les 3 monothéismes qui furent, et qui sont, un fléau pour les religions polythéistes. Il semblerait donc que ce virus monothéiste se propagea de telle manière, qu’au 1er millénaire avant l’ère vulgaire, les Aryens d’Iran finirent par entrer en contact avec les enseignements haineux et exclusifs du monothéisme sémitique. C’est là qu’entre en scène Zarathoustra. Directement ou indirectement, il fut largement influencé par cette religiosité étrangère à la tradition indo-européenne de ses pères. 

 

En tant qu’adversaire déclaré de la religion irano-aryenne, Zarathoustra fut obligé de fuir son clan. Il trouva refuge auprès du roi-prêtre Vistaspa, roi de la tribu des Fryana. Zarathoustra ne tarda pas à vouloir convertir ce roi à sa nouvelle religion, croyance que nous ne manquerons pas de voir de plus près ci-dessous. En prêchant contre les anciens Dieux, Zarathoustra fut très rapide dans l’art de se faire des ennemis. C’est avant tout bien-sûr la classe sacerdotale qui s’opposa à lui: Kavis (rois-prêtres des autres clans), Ustigs (les sacrificateurs), et Karpans (ceux qui accomplissent les rites). Mais grâce à l’appui de Vistaspa et de deux nobles, Zarathoustra réussit à agrandir le nombre de ses adeptes. De plus, une importante crise régnait alors dans le secteur de l’élevage de bétail, ce qui avait plongé beaucoup de gens dans la précarité. Ce contexte instable fut favorable aux doctrines de Zarathoustra. Non content de s’être mis à dos la classe sacerdotale, il fit le choix de s’attaquer à la classe guerrière, la 2è fonction de la société trifonctionnelle indo-européenne. Zarathoustra voulait voir disparaître les anciens rites de la tradition guerrière. Selon lui, la boisson sacrée (haoma) devait être interdite. Petit à petit il réussit à conquérir les masses et imposa sa nouvelle religion. Les anciens Dieux furent dans un premier temps interdits, puis remplacés par des “êtres sprirituels”, des saints immortels. Cette démarche sournoise n’est pas sans rappeler celle qu’utiliseront les chrétiens quelques siècles plus tard pour judéo-christianiser l’Europe. Ces “saints immortels” furent d’ailleurs fondus dans le moule des trois fonctions de la société irano-aryenne afin de mieux parfaire l’enracinement de la nouvelle foi. 

 

Voyons donc à présent un peu ce qu’était cette croyance nouvelle qu’on nomme zoroastrisme, religion qui a survécu jusqu’à nos jours, et qui a grandement influencé des mouvements religieux postérieurs comme ceux des Manichéens, des Gnostiques, des Bogomiles, ou encore des Cathares. Même certains aspects du mithraïsme romain s’inspirèrent du zoroastrisme. Zarathoustra prêchait sa bonne parole en expliquant qu’Ahura Mazda est le seul Dieu véritable, et que ce dernier lui parlait au cours de visions extatiques. La pratique de transes rituelles semble avoir été habituelle parmi la première communauté zoroastrienne. Mais ce qui caractérise avant tout la doctrine de Zarathoustra, c’est le dualisme. La clef de voûte de cette croyance est sans doute aucun ce dualisme qui oppose un Bien absolu à un Mal absolu. Rappelons au passage que cette notion absolutiste Bien / Mal était inconnue de nos ancêtres païens, c’est donc une véritable révolution religieuse qu’imposa Zarathoustra. Ce qui caractérise le dualisme par rapport au monothéisme, c’est la présence de deux Divinités qui s’opposent dans leurs rapports absolutistes. L’ennemi du Dieu Ahura Mazda était Anra Mainyu “l’esprit hostile”. Les deux auraient créé le monde sensible, le premier étant à l’origine de la vie, tandis que le deuxième à l’origne de la “non-vie”, la mort. Cette conception se retrouvera quelques 1800 ans plus tard chez les Cathares du Sud de la France qui disaient que le Bien, d’ordre spirituel, était une création de Dieu, alors que le Mal, d’ordre matériel, était une création du diable. Selon Zarathoustra, le Dieu Ahura Mazda était la vérité, tandis qu’Anra Mainyu était le mensonge. Ahura Mazda était l’univers, les saints immortels étaient ses éléments. L’eschatologie du zoroastrisme rappelle elle aussi la doctrine du monothéisme. Les Bons atteignent à la fin de leur vie la béatitude en entrant dans le royaume céleste de Vohu Manah, alors que les Mauvais vont chez Acista Manah. Les âmes des Bons traversent le pont Chinvat. Zarathoustra prêchait une apocalypse avec un jugement final. C’est une fin du monde lors de laquelle Ahura Mazda enverra le feu et le métal en fusion afin de punir et de purifier l’humanité. Le Mal sera alors vaincu et le monde transfiguré. Tout comme dans le monothéisme, la morale est très présente. L’adepte du zoroastrisme devait appliquer des dogmes moraux pour collaborer complètement à l’oeuvre d’Ahura Mazda. C’est une foi totale en pensées, paroles, et actions. Le disciple était tenu à lutter en permanence contre le Mal. Zarathoustra sut conquérir le coeur des masses avec certains dogmes comme celui de la protection sacrée du bétail. Il interdit les sacrifices de bovins et prêche qu’il faut les respecter par dessus-tout. Zarathoustra apparaît ainsi comme le bon pasteur qui annonce la parole divine d’Ahura Mazda pour contribuer à la victoire finale du Bien absolu. Cette image du bon pasteur sera largement reprise par les premiers chrétiens pour définir leur jésus-christ. 

 

Après la mort de Zarathoustra, sa religion évolua quelque peu. Elle intégra de plus en plus d’éléments de l’ancienne religion polythéiste, ceci afin d’éviter un possible retour au culte des anciens Dieux. Le zoroastrisme continua ainsi à être une relgion révélée, et non héritée… Le désir d’une rupture avec la tradition païenne est une constante. Le disciple de Zarathoustra devait se confesser à Ahura Mazda et aux Amesa Spantas. Il abjurait solennellement les Daevas (les anciens Dieux transformés en démons par le zoroastrisme). La communauté primitive des zoroastriens ne mit pas longtemps pour élever le défunt Zarathoustra au rang de “saint prophète”, ce qui pourrait permettre un parallèle croustillant : “Ahura Mazda est grand, et Zarathoustra est son prohète”… Certaines qualités de l’ancien Dieu Mitra du panthéon aryen furent greffées de forme post mortem à Zarathoustra, ce qui transfigura l’image de ce dernier en un véritable sauveur divin. Il ne fallut pas attendre longtemps pour que se répandent des contes fantastiques sur Zarathoustra, sa naissance, sa vie et son oeuvre…Un jésus avant l’heure était né.

 

Ainsi, comme nous avons pu le constater, la différence entre dualisme et monothéisme est très légère. Dans la forme et le fond, les méthodes, tactiques, et dogmes, sont presque identiques, car même si le monothéisme ne dit pas que Satan est un Dieu, il possède lui aussi cette opposition absolutiste entre Bien et Mal. Avec l’introduction du zoroastrisme en Iran au premier millénaire avant l’ère vulgaire, on peut donc parler des premiers pas d’une religion monothéisante chez les Aryens.

 

Hathuwolf Harson

 

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Mardi 27 Novembre 2018