Famille - Clan - Tribu - Race

Le Polythéisme Indo-Européen, une longue histoire de conscience identitaire...

Le culte de la lignée était fondamental dans les traditions païennes des Indo-Européens et de leurs descendants. C'est un culte aux ancêtres, un hommage que les vivants rendent aux défunts du groupe humain auquel ils appartiennent. C'est une forme de remerciement à ses ancêtres, car sans eux nous ne serions pas ici aujourd'hui, ils ont à un moment donné perpétué la grande chaîne humaine en donnant vie à une descendance. 

 

Les cultes ouraniens et la symbolique solaire sont une caractéristique religieuse et sociale des Indo-Européens. Par rapport aux premières époques du néolithique, antérieures aux Indo-Européens, époque de tradition plutôt matrilinéaire qui donnait une très nette priorité aux cultes chtoniens et au grand culte féminin de la Terre-Mère, la société indo-européenne est de type patrilinéaire. Elle apporte avec elle une vision virile et guerrière. Le grand Dieu souverain *Deiwos, le Père du Ciel Diurne représente alors la figure divine majeure de la société des Dieux. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut croire que les Indo-Européens auraient supprimé les cultes féminins antérieurs. Bien au contraire, ils les intégrèrent dans leurs panthéons divins respectifs. Tout comme l'alliance des Dieux Aesir et Vanir de la tradition germano-nordique, les Indo-Européens ont su générer un véritable équilibre entre les aspects féminins et masculins du monde religieux et humain, équilibre qui n'existait pas antérieurement. 

 

Le choix du nom de chaque individu était très important car l'ancêtre éponyme était celui qui transmettait l'identité individuelle, il est vu comme un maillon de la chaîne sacrée qui remonte jusqu'à l'origine d'une lignée. C'est ainsi qu'on s'appelait "fils de..." ou "fille de...". Il n'existait pas un nom de famille qui se perpétue de génération en génération comme de nos jours. Actuellement un pays de tradition germano-nordique maintient cette coutume, c'est l'Islande. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce système ancestral, voici un exemple: Ragnar et Ingrid ont un fils qu'ils prénomment Erik, ce dernier portera donc le nom complet de Erik Ragnarsson (Éric fils de Ragnar). Erik devient grand et épouse Astrid, leur fils porte le prénom de Karl, le nom complet de ce fils sera Karl Eriksson. Erik et Astrid ont aussi une fille, cette dernière nommée Gudrun portera le nom complet de Gudrun Eriksdottir (Gudrun fille d'Erik). Comme on peut le constater, il n'y a pas de patronyme définitif et fixe dans la lignée des noms. Ceci explique en partie pourquoi dans les traditions païennes une énorme importance était donnée aux généalogies que l'on chantait dans d'interminables poèmes. Ces poèmes généalogiques permettaient de manière pratique de mémoriser l'histoire d'une famille et d'un clan et de fixer une identité sacrée, celle qui place l'individu par rapport à sa communauté de sang. Nombreuses sont ces nobles lignées dont l'origine remontait jusqu'aux propres Dieux. 

 

Selon la conception polythéiste des Indo-Européens, l'Esprit des ancêtres demeurait au sein du clan tant que le culte aux Dieux était respecté. Le jour où ce lien aux Dieux était rompu, alors la lignée tombait dans l'oubli, le gouffre du néant. L'individu a certes une importance indéniable dûe à l'esprit de liberté qui caractérise les Indo-Européens, mais il n'oublie pas qu'il n'est rien sans son clan. L'humain n'existe qu'au travers de sa communauté. L'individu est partie intégrante, le maillon sacré et indispensable d'une chaîne humaine dont les dimensions grandioses le dépassent. On peut d'ailleurs rappeler ici que le paganisme n'est pas une religion individuelle, et encore moins individualiste. On ne devient pas païen par conversion personnelle ni par caprice égoïste, car le polythéisme est une tradition religieuse collective et identitaire, l'individu se réalise pleinement au travers d'un groupe humain et d'un lien de sang. Le paganisme historique est une question d'héritage sacré et non une affaire de conversion d'individu. Les conversions personnelles et la promesse d'une vie individuelle dans l'au-delà, sont des notions qui n'apparaîtront véritablement qu'avec le christianisme. 

 

Dans les tradtions païennes des Indo-Européens, l'appartenance au groupe humain se divisait comme suit: la famille, le clan, la tribu, et la nation (la race). 

 

- La Famille :

Elle est le groupe humain basique, comme dans la plupart des sociétés humaines d'ailleurs. La famille est le reflet de la relation de sang la plus étroite qui soit. En grec "famille" se dit "genos", en latin "gens". Ce mot latin est apparenté au mot "genus" qui veut dire "race". Cette étymologie est révélatrice d'une vision bien précise de la question: la famille est la base même du groupe racial. Autour d'elle s'articule tout le méchanisme des espèces humaines donnant ainsi une identité propre à chaque groupe ethnique au sens large. La racine des mots latins "gens" et "genus" vient de l'indo-européen *gen- qui veut dire "engendrer". On retrouve donc là, l'origine de cette notion de descendance sacrée, celle qui perpétue l'espèce. Ce mot latin d'origine indo-européenne lié à la famille et à la race, à survécu dans nos langues modernes. Voici quelques exemples français: les "gênes", le "génie", les "gens", "engendrer", ou encore le "genre". En langue germanique, un des mots pour famille se disait "kinda" ou "kenþa", mot qui signifiait aussi "enfant" qu'on retrouve dans l'allemand "Kind" (enfant), ou dans l'anglais "kind" (le genre, la sorte). L'association des termes modernes "das Kind" (allemand) et "the kind" (anglais) est elle aussi révélatrice de l'association typiquement indo-européenne entre les notions de famille et de race. 

 

- Le Clan :

Il est le regroupement naturel de plurieurs familles apparentées. Le clan est la base de ce qui favorisa à l'origine la naissance de villages. C'est le principe même de la civilisation qui naît avec le regroupement humain en clans. Autour de ces villages naquirent toute une infrastructure et une relation sociale qui allaient révolutionner la société humaine. Le clan ou le village se disent dans les langues indo-européennes de manière plutôt diverses: "vîs-" en indo-iranien (branche aryenne), "oikos" en grec, "weils" en langue gothique, mot qui est apparenté à "weihs" qui veut dire "sacré". Village en germanique commun se disait "*haimaz", mot que l'on retrouve dans l'allemand moderne "die Heimat" qui signifie "la patrie". C'est donc encore une fois l'étymologie des noms qui nous permet de prendre conscience de la relation étroite qui existe entre les notions de Clan, Village, Sacré, et Patrie.

 

- La Tribu :
Elle est le regroupement de plusieurs clans. Basée sur des liens de sang, de culture, et de langue, la tribu est la première forme historique d'alliances entre divers groupes humains. Au-delà du fait que ces alliances donnaient une force culturelle et militaire au groupe humain, elles soudaient les différents clans par une identité commune, un dénominateur commun donnant une spécificité propre à chaque tribu. En indo-iranien "tribu" se dit "zantu-", en grec "phulé" (l'alliance de quatre tribus forme une "phratrie"), en germanique commun "*sebjo" donne le mot moderne "die Sippe" (la tribu), mot qui veut aussi dire "les proches". Cette relation entre "tribu" et "proches" démontre que la tribu elle aussi est une affaire de sang, une affaire familiale au sens très large. En langue celtique irlandaise, "tribu" se dit "tuath", nom qui nous renvoie à la famille des Dieux Tuatha De Danann ("les gens de la Déesse Dana"). Cette famille divine celte est celle qui vint des îles du nord du monde pour conquérir l'Irlande.  

 

- La Race :
Cette notion était à l'origine également rendue par le mot NATION. Mais il ne faut pas interpéter ce mot de nation comme on le ferait de nos jours. Les peuples indo-européens étaient des peuples en mouvement presque permanent, leur conception de la nation ne faisait donc pas référence à un site géographique en particulier. Pareillement que chez les Amérindiens d'ailleurs, pour nos ancêtres indo-européens, le concept de nation se basait sur la relation ethnique qui existait entre plusieurs tribus. C'est cette alliance naturelle entre plusieurs tribus qui donna jour au concept de "nation". C'est la nation-race pourrait-on dire. Plusieurs peuples indo-européens avaient développé une conscience raciale très marquée. Ce fut le cas par exemple en Anatolie avec les Hittites, ou encore en Inde avec les Aryens. Ces derniers confrontés à des peuples de type négroïde appelés les Dravidiens, s'étaient pendant de nombreux siècles préservés de tout mélange racial excessif, élément qui de nos jours a conservé des traces évidentes dans la caste des Brahmanes. Les Indo-Aryens possédaient un enracinement racial et religieux tellement fort, qu'ils avaient un Dieu de la race, un Dieu représentant exclusivement leur peuple: le dieu Aryaman. En langue védique, la racine "ari-" désigne la communauté aryenne par opposition aux non-Aryens, les étrangers. En langue indo-aryenne, la nation et la race sont désignées par le terme "aryamya", en grec par le terme "ethnos" (mot qui donna le français "ethnie"), en latin par le terme "populus" (mot qui donna le français "peuple"). Cette notion de race était plus présente chez certains peuples indo-européens que d'autres. Très présente chez les Hittites, les Indo-Aryens, et à l'origine chez les Perses, les Grecs, et les Romains, cette conscience raciale était moins marquée chez les Celtes et les Germains. Il faut dire qu'ils n'en avaient pas vraiment besoin étant donné que dans leur passé lointain ils n'eurent jamais à s'unir face à de grands mouvements de nations. Ce n'est qu'avec la fin de l'antiquité que Celtes et Germains connaîtront ces grandes confrontations de cultures et d'ethnies. Ils étaient tellement préservés dans leurs immenses forêts, que l'auteur latin Tacite dit des Germains au premier siècle la chose suivante: "Personnellement, je suis de ceux qui pensent que les peuples de Germanie n'ont jamais été altérés par aucun croisement avec d'autres nations et sont demeurés une race à part, qui est pure et ne ressemble qu'à elle même." 

Comme nous avons pu le voir, cette question identitaire et ethnique était pour nos ancêtres païens des traditions indo-européennes, une évidence et un des fondements de leur vision du monde et de la vie. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu'une race était considérée comme supérieure à une autre. La distinction entre races humaines se faisait sur une base d'identité, de différenciation entre divers groupes humains. Bref: ni supérieurs ni inférieurs, tout simplement différents et fièrs de l'être. 

 

Hathuwolf Harson 

 

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Lundi 26 Novembre 2018