Omphalos, le Centre du Monde

Il y a très très longtemps le Dieu Zeus, le roi céleste, prit la décision d’envoyer ses deux aigles aux confins du monde. Alors qu’un des aigles s’envolait en direction de l’Orient, l’autre prit la direction de l’Occident. Leur vol fut long et ne s’arrêta qu’après un tour complet de la terre. À l’endroit même où les deux aigles se rencontrèrent, le grand Dieu Zeus fit tomber sur terre une pierre énorme. Cette pierre fut désignée par le terme grec d’Omphalos, mot qui veut dire nombril. Et c’est bien là tout le symbolisme de cette pierre : elle marque le nombril du monde, le centre sacré de la terre. 

 

L’omphalos est l’ombilic, le centre de la manifestation physique et le centre du monde spirituel. C’est à partir de ce centre originel que se génère toute matérialisation, celle qui se diffuse vers les 4 points cardinaux. Cette diffusion des énergies vitales aux 4 points cardinaux n’est pas sans rappeler le graphisme symbolique de la roue solaire. Le centre est source de toute vie, tout comme le centre d’une roue duquel part l’impulsion qui donne le mouvement à toute la roue. Cet aspect sacré du symbolisme du centre se retrouve dans le graphisme du cercle avec un point central. L’omphalos grec ne se trouve d’ailleurs pas à n’importe quel endroit étant donné qu’il se situe au grand temple de Delphes, l’un des plus grands de l’antiquité, et ce n’est certainement pas exagéré de dire que c’était en fait LE temple de l’antiquité. Il était dédié au culte du Dieu Apollon, à l’endroit même où le Dieu avait jadis vaincu le monstre chtonien Python. Certains mythes affirment même que l’omphalos marquait justement l’endroit où le grand Dieu solaire Apollon tua le serpent-dragon Python. Ce temple de Delphes était le centre spirituel du monde grec, on y venait de tous les horizons afin de consulter l’oracle de la pythie. Que l’omphalos ait une connexion avec le Dieu solaire Apollon paraît logique si l’on considère que le centre est un élément symbolique incontournable de la roue solaire ou du swastika, symboles associés à Apollon. 

 

La vie générée par ce centre sacré comporte également une dimension liée au pouvoir viril de fécondation. Ceci est confirmé par la symbolique phallique rattachée à l’omphalos. La racine «phalos» ne rappelle-t-elle d’ailleurs pas le mot «phallus» ? L’omphalos serait à ce titre le phallus du Dieu, celui qui féconde la Terre et qui renouvelle le grand cycle de la vie. La verticalité jaillissante du centre n’est autre qu’un reflet de ce pouvoir viril de générer la vie. L’omphalos de Delphes n’était pas le seul de l’antiquité. Loin de là même. On peut même avancer que chaque peuple et chaque communauté païenne avait son grand centre spirituel, son propre omphalos. Chaque centre concentrait en lui toute l’identité d’un peuple, il était la manifestation et l’expression de l’inconscient collectif d’un clan, d’un peuple, ou d’une race. Chez les Celtes de la Gaule par exemple, le centre géographique et spirituel se trouvait dans la célèbre forêt des Carnutes, lieu désigné par César comme le «locus consecratus». Chez les Celtes d’Irlande, le centre sacré était marqué par une pierre dressée à Tara, le haut-lieu de tous les Irlandais. Certains menhirs du néolithique furent de cette manière reconvertis par les Celtes en véritables omphalos de leurs clans. 

 

Dans la tradition indo-aryenne, le germe vital des mondes était la manifestation de l’ombilic. C’est sur ce nombril du monde que s’établit le grand feu sacrificiel védique. Le paganisme hindou a d’ailleurs conservé cet héritage aryen au travers du lingam, l’omphalos lié au culte du Dieu Shiva. En plus de représenter le centre du monde, le lingam a une forte connotation sexuelle en tant qu’expression phallique du Dieu Shiva lui-même. 

 

Au travers de ce rapide survol du symbolisme de l’omphalos, on peut constater à quel point la notion de centre était importante pour nos ancêtres païens. Générateur de tout mouvement vital, le centre se manifeste par son pouvoir fécondant et par sa haute valeur identitaire.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Lundi 26 Novembre 2018