Symbolisme des Nains

Bien que de nombreuses traditions païennes d’Europe les possèdent dans leur panthéon, les nains relèvent principalement de la tradition germano-nordique. C’est donc surtout à cette tradition que nous allons faire référence. 

 

Les nains sont des génies issus de la terre et du sol. Il existe deux versions différentes dans les Eddas quant à leur origine. La première (Voluspa 9) les fait naître du sang du géant Brimir et des os du géant Bláinn. La seconde version (Gylfaginning 13) les présente comme des vers qui rongeaient le corps du géant Ymir. Dans les deux cas, les nains sont nés des géants, ce qui est au niveau symbolique une indication fondamentale, car cela permet d’établir une relation entre nains et les forces du chaos du monde chtonien. Ce lien avec le monde souterrain est largement confirmé par les mythes anciens où l’on constate que les nains vivent dans les rochers, les montagnes, les grottes, et autres cavernes obscures. Le monde souterrain est leur royaume. Dans le panthéon germano-nordique, ils s’apparentent à d’autres esprits de la nature comme les elfes ou les fées. Mais contrairement à ces derniers qui sont des êtres aériens et légers, les nains sont des êtres de la terre, massifs et lourds. Cet antagonisme génère d’ailleurs une tension permanente entre elfes et nains, un conflit qui fut très bien rendu par Tolkien dans son Bilbo le hobbit et son Seigneur des anneaux, oeuvres littéraires qui se sont largement inspirées des mythes germano-nordiques. Le monde souterrain dans lequel évoluent les nains les met en relation avec le monde des morts, avec les connaissances occultes, et la Terre-Mère. 

 

Les nains sont surtout connus pour leur art de la forge et leurs connaissances de la magie. Dans la tradition celtique de Bretagne, le chef des nains, Gwioi, est le gardien d’un vase sacré qui deviendra un des aspects du Graal. Les nains sont avant tout les forgerons des Dieux et des héros pour lesquels ils ont fabriqué les attributs les plus merveilleux. L’épée de Roland par exemple, Durandal, est une création des nains. Grâce à leurs connaissances, les nains furent à l’origine de la plupart des objets magiques connus de la tradition germano-nordique. Ils ont créé entre autres Mjölnir le marteau de þórr (Thor), Gungnir la lance de Wodan / Óðin, les cheveux d’or de Sif, Draupnir l’anneau d’Óðin, Hildisvíni le verrat, Brísingamen le collier de Freya, Skíðblaðnir le bateau magique de Freyr, Gleipnir le lien du loup Fenrir, le manteau magique du nain Alberich dans le mythe de Siegfried, etc… Contrairement aux elfes qui furent diabolisés durant le moyen âge, les nains ont plutôt bien survécu à la christianisation forcée et obscurantiste. Ils ont survécu à tel point qu’on les retrouve encore de nos jours dans les contes pour enfants. Par ailleurs, les elfes du père noël sont en fait un héritage des nains des anciennes traditions, ils sont les créateurs des cadeaux qui feront la joie des grands et des petits au moment du solstice d’hiver. On retrouve là encore les forgerons et leur art occulte de la magie. Dans son recueil des anciens mythes nordiques, Snorri Sturlusson classifie les nains comme Svartálfar (les elfes noirs), couleur qui relie symboliquement les nains au monde obscur des forces souterraines. 

 

Les noms des nains sont souvent un bon indice pour mieux comprendre les fonctions que couvrent ces créatures magiques dont le savoir des connaissances occultes reste la clé de voûte. Les Eddas, les Sagas et les Thulur présentent une liste impressionante de noms de nains. En voici quelques uns: Alvíss (celui qui sait tout), Fjölsviðr (le très sage), Ráðsviðr (le sage donneur de conseils), Andvari (le prudent), Fornbogi (l’arc ancien), Hánarr (l’initié aux arts), Nýraðr (le conseilleur nouveau), Naefr (le fort doué), Skirvir (le cracheur [de feu]), Fjalarr (celui qui occulte), Bláinn (le bleu-noir), Nár (le cadavre), Náli (du gothique Naus, le mort), Dagfinnr (le magicien du jour), Dáinn (le défunt), Dvalinn (le lent), Gandalf (l’elfe magicien), Haugspori (celui qui pénètre la colline), Órinn (le querelleur), Niping (le morose), Svíurr (celui qui disparaît), Frosti (le froid, le gelé), etc… Il faut ici aussi évoquer les 4 nains Austri (l’Est), Vestri (l’Ouest), Norðri (le Nord), et Suðri (le Sud), qui sont les nains qui soutiennent le crâne du géant Ymir. Ce crâne forme la voûte céleste dont les nains sont les 4 points cardinaux. Là aussi, les nains sont désignés pour leur art technique et leur capacité à réaliser la prouesse de soutenir le ciel. Mais plus qu’avec la partie céleste, ces 4 nains sont à mettre en relation avec les 4 points formant les limites de la terre, ce qui nous ramnène à un lien avec la Terre-Mère et les forces chtoniennes.

 

Les nains personifient également les manifestations incontrôlées de l’inconscient. Ils peuvent partager toute la malice de l’inconscient, faire preuve d’une logique douée de toute la force de l’intuition. Le nain participe ainsi de la profonde nature dont il connaît les secrets et les mystères. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • “Lexikon der germanischen Mythologie”, Rudolf Simek
  • “Dictionnaire des symboles”, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

 

Mardi 5 Décembre 2017