Sorcière

Origines Païennes, Légendes et Réalités...

À la fin du moyen-âge, une véritable hystérie collective s’empara de toute l’Europe, ce fut la sombre époque de la chasse aux sorcières. Le christianisme montra une fois de plus son vrai visage et les horreurs dont il est capable. La chasse aux sorcières ne fut pas seulement l’œuvre des catholiques, mais aussi des protestants. Et contrairement à l’idée reçue, l’inquisition en Europe centrale, surtout en Allemagne, fut bien plus criminelle qu’en Espagne. Avec le célèbre cas des sorcières de Zugarramurdi en Espagne, nous avons vu tout l’obscurantisme qui entoure cette triste époque de notre histoire européenne (voir lien à la fin). Nous avons pu constater que les sorcières du moyen âge n’étaient en fait que des sages femmes qui tentaient de maintenir d’anciennes traditions païennes, des traditions condamnées par l’église chrétienne comme diaboliques. L’extermination par les chrétiens de tant de sorcières reflète la bible qui condamne à mort toute personne qui pratique les anciens rites païens. Nous allons nous pencher dans cet article sur le cas particulier des sorcières dans la tradition païenne germano-nordique. 

 

On peut à juste titre se demander pourquoi les sorcières ont acquise une si mauvaise réputation, et si cette réputation est uniquement tardive ou bien si elle a des origines plus anciennes. C’est là d’ailleurs tout le propos de cet article. 

La mauvaise réputation a une double origine…païenne et chrétienne. Les prêtresses, sages femmes, et autres magiciennes d’époque païenne pratiquaient la magie et les rites dans tous les sens du terme, c’est-à-dire qu’elles pouvaient agir de manière positive comme négative. On pouvait leur demander de guérir quelqu’un ou bien de lancer une malédiction. Leur magie relevait ainsi d’un art constructif et/ou destructif. Cet aspect destructif est évidemment celui qui, dès l’époque païenne, a valu à certaines femmes-magiciennes une très mauvaise réputation. Les victimes d’une malédiction ne portaient bien-sûr pas dans leur cœur la magicienne en question. Mais, à l’époque païenne, elles ne furent jamais persécutés ni même dérangées, car on les respectait et craignait profondément. Ceci changea totalement après la christianisation forcée des peuples païens de Germanie et de Scandinavie. Petit à petit se mit en place une terrible persécution de toutes ces femmes que l’église qualifia de sorcières. La haine des prêtres chrétiens pour tout ce qui pouvait relever du paganisme n’avait pas de limite, et les poursuites se comptèrent par milliers dès le début. Elles étaient mises au ban de la société, emprisonnées, et parfois exécutées. Au fur et à mesure que le temps passa, pendant et sur la fin du moyen âge, les persécutions devinrent systématiques, la plupart du temps ponctuées de mort en prison ou bien sur le bûcher, sans parler des ignobles tortures dont elles furent victimes. L’église chrétienne les accusa de s’adonner au diable, et de faire le Mal…chose qui était bien-sûr fausse et déformée volontairement. 

 

Avant la sombre christianisation des peuples germano-nordiques, on ne parlait pas de «sorcières» (Hexen en allemand), ce terme, comme tant d’autres que nous allons voir ci-dessous, n’apparut qu’à la fin du moyen âge. À l’époque païenne nordique, on parlait de Völva par exemple. Ces Völva étaient des femmes-prophétesses, des magiciennes, des prêtresses, des guérisseuses qui connaissaient l’art des plantes médicinales, bref, elles étaient tout sauf ces créatures infernales décrites par les cerveaux malsains des inquisiteurs chrétiens. On consultait les Völva pour des raisons différentes comme la prédiction de l’avenir qu’elles lisaient la plupart du temps dans les runes. On les consultait aussi pour leur connaissance et leur sagesse, pour leur pouvoir de guérison, pour pratiquer un rite afin de respecter les Dieux, pour leur capacité à comprendre la volonté des Esprits et celle des hommes, mais aussi pour se venger de quelqu’un en lui lançant une malédiction. C’est encore une fois cette dernière partie qui leur valut dans certains cas une certaine méfiance et même la crainte. 

Par ailleurs, la nature était peuplée d’êtres surnaturels comme les Elfes qui pouvaient, tout comme les Völva, agir positivement ou négativement. Certains de ces êtres surnaturels deviendront au moyen âge des fées ou des sorcières. Car avec l’arrivée du christianisme tout changea, et l’image de ces Völva et des êtres surnaturels se transforma en quelque chose de purement diabolique. C’est ce moyen âge christianisé qui allait générer une grande quantité de termes pour les sorcières…certains de ces termes ont une origine païenne, mais corrompus par la manière dont les chrétiens présentaient la chose. 

 

Tout d’abord le mot Hexe (sorcière en allemand) ne fut véritablement implanté qu’aux 16è et 17è siècles. C’est donc très tardif par rapport à l’époque païenne. Ce mot de Hexe vient en partie du vieil-haut-allemand hagazussa, du saxon haegtesse, des termes que l’on comparait aux Érinnyes de la mythologie grecque, des Divinités mineures parfois cruelles, chargées souvent d’accomplir sans pitié la vengeance des Dieux. Le mot Hexe fut en fait une construction linguistique à partir du vieil-haut-allemand hazzên et du gotique hatan, ce qui se traduit par la haineuse et l’ennemi. On voit bien avec ce genre d’étymologie que l’intention de charger négativement les sorcières est claire et précise. 

Un autre terme issu du moyen âge germanique est Unholdin (prononcer «ounholdinn), ce qui signifie «la monstre» (féminin de monstre, genre inexistant en français il me semble). Ce terme vient du gotique unhulþô. Il fut souvent choisi pour traduire la notion de «démon». En moyen-haut-allemand Unholde désigne une diablesse ou une magicienne. Là aussi, la confusion volontaire entre magicienne et diablesse est une création de l’obscurantisme chrétien. Ce terme ne définissait d’ailleurs pas seulement la sorcière humaine, mais aussi les mauvais esprits. Dans ce dernier cas, il faut tout de même préciser qu’il existe une origine païenne, car les mauvais esprits étaient connus de nos ancêtres païens. 

 

À présent, nous allons voir quelques termes qui eux oui sont d’origine païenne, mais qui, avec l’influence chrétienne, ont pris une connotation maléfique, une connotation inexistante à l’époque polythéiste. Rappelons au passage que dans les traditions païennes, le Mal absolu et le Bien absolu n’existent pas ! Ce sont des inventions monothéistes ou dualistes. Il existait des mauvaises ou des bonnes actions qui pouvaient changer de bord selon le contexte. Pour l’expliquer de manière simplifiée, un coup de hache sur le crâne d’un individu était une mauvaise chose pour la victime, mais pouvait être très positif s’il s’agissait d’une vengeance ayant pour but de rétablir l’honneur d’une personne ou d’un clan. 

En moyen-haut-allemand, une sorcière se disait aussi Trute (prononcer «troute»). Une certaine connotation de cauchemar est liée à ce mot de Trute. Son origine se trouve en langue norroise (celle parlée par les Vikings), dans le mot trollkona, ce qui se traduit «femme-troll». Les trolls étaient des créatures géantes issues du chaos originel, tout comme les Géants d’ailleurs avec qui ils se confondaient. Ici non plus, il n’y a point de Mal absolu. Les trolls et autres géants du chaos primitif étaient certes les ennemis des Dieux, mais ils faisaient aussi partie d’un grand tout dans la conception cyclique des choses. L’ordre divin s’affronte ainsi au chaos primitif. 

Dans la tradition païenne nordique, on trouve également le terme kveldriður, ce qui désigne des «chevaucheuses du soir», ou encore celui de myrkriður, les «chevaucheuses de l’obscurité». Ce sont des femmes-magiciennes qui voyagent à travers l’obscurité de la nuit. Un terme similaire est celui de túnriður, les «chevaucheuses de la barrière». Car ces femmes-magiciennes pouvaient voyager au-delà de la barrière du réel et entrer de cette manière dans le monde des esprits. Gandreið est un autre mot qui désignait le chevauchement magique, l’aptitude à voler par magie de monde en monde. Ceci rejoint complètement les rites chamaniques de la tradition nordique, en particulier le seiðr, des rites pendant lesquels la chamane entrait en transe et s’unissait avec son esprit-animal. C’est avec cet esprit-animal que la chamane volait au travers des différents mondes, elle se changeait spirituellement en cet animal pour circuler au-delà des sphères du monde des hommes. Cette aptitude magique des anciennes pratiques des femmes-magiciennes valut aux sorcières de la fin du moyen âge la réputation de pouvoir se transformer en animal, comme en chat, chien, lapin, souris, crapaud, chouette, jument, serpent, corbeau, etc… Contrairement aux bêtises de l’inquisition, ces animaux ne sont pas sataniques, mais avaient à l’origine une haute valeur symbolique dans les traditions païennes. Certains sont liés à la fécondité et d’autres sont psychopompes, c’est-à-dire qu’ils permettent de se déplacer dans le monde des esprits. Il faut à ce niveau se souvenir encore une fois que même à l’époque païenne, la magie du seiðr n’avait pas toujours bonne réputation, car elle aussi pouvait être constructive comme destructrice. C’était une magie qui impliquait une forte réceptivité aux forces naturelles, une sensibilité accrue, élément qui fit que ce sont surtout les femmes qui pratiquaient la magie du seiðr. Ce sont ces mêmes femmes qui deviendront les boucs émissaires des inquisiteurs chrétiens, des femmes qui ne pouvaient être que de «viles créatures» étant donné que la première d’entre elles, Ève selon la fable biblique, s’était adonnée au diable. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • «Mythologie der Germanen», E.H. Meyer
  • «Altgermanische Religionsgeschichte», R.M. Meyer
  • «Lexikon der germanischen Mythologie», Rudolf Simek
  • «Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et Alain Gheerbrant
  • «Malleus Maleficarum, le marteau des sorcières», Henri Institoris et Jacob Sprenger (des inquisiteurs…) 

 

Liens :

  • Sorcières de Zugarramurdi
  • =>https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305629736242508.1073741840.230064080465741/1203135163158623/?type=3&theater
  • La chasse aux sorcières en Allemagne
  • =>https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305629736242508.1073741840.230064080465741/807970776008399/?type=3&theater
  • Thorbjörg, la Völva
  • => https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305629736242508.1073741840.230064080465741/730985850373559/?type=3&theater
  • Symbolisme des animaux
  • =>https://www.facebook.com/pg/Symboles-païens-et-inscriptions-runiques-230064080465741/photos/?tab=album&album_id=305428916262590

 

Mercredi 6 Décembre 2017