Saint-Clair-Sur-Epte...

Rollon, les Vikings et la Normandie...

La région française connue sous le nom de Normandie tient son nom d’un mot norrois, “Norðmaðr”, mot qui signifie “homme du Nord”. Cette région fut en effet peuplée au 10è siècle de l’ère vulgaire par des Vikings venus du Danemark et de Norvège. Antérieurement, cette région se nommait la “Neustrie”. À l’origine, elle était peuplée par desGallo-Romains, puis vinrent des Saxons qui s’établirent dans quelques parties isolées de la Neustrie. Pour finir, ce sont des Francs qui colonisèrent massivement la Neustrie. Avec le dernier apport de population nordique, les Vikings, on peut vraiment dire que la Normandie est avant tout de sang germanique car Saxons, Francs, Danois, et Norvégiens, appartiennent tous au groupe ethnoculturel des Germains. Les Normands ont donc hérité d’un type ethnique typiquement germano-nordique, ils sont principalement grands aux cheveux et aux yeux clairs. Cette caractéristique ethnique tend de nos jours à s’estomper fortement, car les mélanges entre différentes régions ont été assez importants durant ce dernier siècle, sans parler des mélanges raciaux qui affectent de manière démesurée toute l’Europe depuis quelques décennies. Malgré cette tendance ethnique, la Normandie conserve un héritage scandinave indéniable qui se retrouve non seulement au niveau racial, mais aussi culturel. La toponymie, les expressions, et surtout la psychologie populaire, ont maintenu cet héritage nordique. Il faut tout de même préciser d’entrée de jeu, que les Normands ne sont pas seulement descendants de Vikings, loin de là même. Car lorsque les Vikings s’y établirent, ils ne vinrent pas avec leurs femmes et leurs familles, ils se marièrent presque tous sur place avec des femmes franques, ce qui nous permet de dire que les Normands ne sont qu’en partie descendants de Vikings, car l’autre partie vient des Francs.

 

À présent, voyons un peu comment s’est créé le dûché de Normandie. Depuis le 9è siècle, la Neustrie était régulièrement “visitée” par des Vikings qui menèrent des raids et des pillages de forme massive sans pour autant s’y installer. Ce n’est qu’au 10è siècle qu’une horde de Vikings chercha à s’y installer de manière définitive. Ces Vikings étaient sous la direction d’un chef du nom de Hrólfr, nom norrois qui vient de “hró-ulfr” et qui peut se traduire “renommée du loup”. Ce nom païen a survécu par exemple en allemand moderne comme “Rolf”, et il fut francisé comme “Rollon”. Rollon était fils de Rognevald, un jarl (comte) norvégien. En raison de pillages commis en Norvège, Rollon fut banni du pays par le roi Haralðr Hárfagri (Harald-à-la-belle-chevelure). Après quelques pérégrinations en Angleterre et en Frise, Rollon s’établit avec ses Vikings à l’embouchure de la Seine. Il participe au siège de Paris entre 885 et 887 de notre ère. Ensuite, il s’affronte au roi breton Alain-le-Grand, roi devant lequel il subit une défaite. En 890, il quitte la Neustrie, probablement pour l’Angleterre. Il revient en Neustrie 8 ans plus tard. Là, Rollon établit des contacts soutenus avec l’arsitocratie locale, de telle manière qu’on lui reconnaît un rôle important. Il finit par attaquer à nouveau Paris durant l’été de l’an 911, mais cette tentative échoue. Il se dirige alors vers Chartres, ville qu’il assiège, mais là aussi il échoue. Malgré ses échecs, la présence des Vikings de Rollon en Neustrie semble devenir incontournable, ce qui mène les autorités franques à négocier avec ces intrus venus du grand Nord. 

 

Cette même année 911 est celle qui va donner jour au traité de Saint-Clair-sur-Epte, une localité qui marque la limite entre la Normandie et l’Île de France. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte eût lieu entre Rollon et le roi franc Charles III. Les principales conditions du traité furent les suivantes: les Vikings de Rollon reçurent en possession la Neustrie où ils allèrent pouvoir s’installer définitivement, en échange ces derniers devaient protéger le royaume contre les incursions d’autres Vikings, et ils furent également obligés de se convertir au christianisme. En cet automne de l’an 911 à Saint-Clair-sur-Epte, la Normandie était née… L’anecdote de ce traité fut que le roi franc exigea du chef viking qu’il baisa ses pieds pour conclure l’accord, chose inconcevable pour un fier Viking païen. Rollon ordonna à un de ses lieutenants qu’il le fasse à sa place. Ce dernier prit un pied du roi franc et le leva brusquement de telle manière que le roi Charles III tomba en arrière, ce qui permit une bonne rigolade du côté viking.

 

Ce qui nous intéresse bien-sûr à présent, c’est de voir en détails cette question de la christianisation des Vikings de Rollon, car elle représente un cas typique de conversion forcée pour motifs politiques. Ce genre de conversion sans violence est une ruse politico-religieuse afin de faire plier les “idolatres” aux lois et aux coutumes d’un état régi par le pouvoir de l’église chrétienne. Rollon se fit baptiser l’année suivante en 912. Les Vikings durent donc adopter la nouvelle foi du dieu étranger, et ce sont souvent leurs épouses franques qui firent leur possible pour que cette conversion soit respectée et maintenue. Mais la conversion au christianisme ne fut bien-sûr pas un élan spirituel ni même une question de foi. Il est notoire que ces Vikings continuèrent à vénérer de manière privée leurs anciens Dieux. Adopter le dieu chrétien n’était aux yeux de ces hommes du Nord qu’une simple formalité politique sans aucune valeur religieuse, une conversion que les Francs de l’époque qualifièrent d’une sincérité plus que douteuse. L’archevêque catholique de Reims avait même écrit au pape en expliquant la chose suivante: “Ils ont été baptisés et rebaptisés et, après leur baptême, ont vécu en païens, tuant les chrétiens, massacrant les prêtres et sacrifiant aux idoles [les Dieux]”. Ce à quoi le pape répondit qu’il fallait agir avec prudence et indulgence. Et pour cause… Ce genre de conversion n’est en effet pas effective de manière immédiate, et le pape le sait très bien en conseillant la patience. L’histoire lui donna hélas raison puisqu’une génération après, les descendants de ces Vikings sont complètement gagnés à la nouvelle foi. Rollon quant à lui suivit les préceptes de la religion chrétienne, mais sans jamais renier les Dieux de ses pères, ce qui était une abomination aux yeux des autorités chrétiennes. Selon un texte du moyen âge, la “complainte de la mort de Guillaume Longue-Épée”, Rollon serait revenu au paganisme avant sa mort, bien que d’autres sources fassent de lui un “bon chrétien” jusqu’à sa mort. Le chroniqueur Adémar de Chabannes (988-1034) expliqua que Rollon, peu avant de mourir, aurait ordonné le sacrifice d’une centaine de chrétiens en offrande aux Dieux que le traité de Saint-Clair-sur-Epte lui avait fait rejeter. Quoiqu’il en soit, la tradition païenne scandinave se perdit durant la génération suivante. Même si cet aspect religieux ne put survivre de manière durable, l’empreinte de Rollon et de ses Vikings fut indélibile. La Normandie allait rester à tout jamais normande. Le petit-fils de Rollon devint d’ailleurs l’un des plus grands personnages historiques d’Europe, il sera connu sous le nom de Guillaume-le-Conquérant, mais ceci est une autre histoire…

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • “Les Vikings et la Normandie”, Jean Renaud
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Rollon

 

Liens :

  • La Normandie et ses toponymes vikings:https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305632242908924.1073741841.230064080465741/366981996773948/?type=3&theater
  • Patois normands et langue viking:https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305632242908924.1073741841.230064080465741/368101789995302/?type=3&theater

 

Vendredi 13 Juillet 2018