Sacrifice du Dieu Odin à l'Arbre du Monde

Voyons avant tout ce que nous dit le texte du Hávamál concernant le sacrifice du Dieu Oðinn à l'arbre du monde Yggdrasil. Ensuite nous allons tenter une analyse de certains aspects fondamentaux liés à ce sacrifice.

 

"- 138 -
Je sais que je pendis / A l'arbre battu des vents / Neuf nuits pleines, / Navré d'une lance / Et donné a Odinn, / Moi-même à moi-même donné, / A cet arbre / Dont nul ne sait / D'où proviennent les racines. 

 

- 139 -
Point de pain ne me remirent / Ni de corne; / Je scrutai en dessous, / Je ramassai les runes, / Hurlant, les ramassai, / De là, retombai. 

 

- Tout d'abord, le texte commence par "Je sais que...", ce qui exprime une affirmation consciente. Odinn ne rêve pas, il est conscient de ses actes. Ce rite s'effectue de manière éveillée en pleine possession de ses sens. 

 

- "que je pendis à l'arbre battu des vents": le Dieu est pendu par les pieds à l'arbre du monde Yggdrasil. Il est suspendu par les pieds car un peu plus loin il précise qu'il rammasse les runes, ce qui n'est possible que s'il est la tête en bas. L'arbre Yggdrasil est l'axis mundi qui unit le ciel et la terre. Il est le pilier qui maintient l'ordre des choses. Suspendu à cet arbre toute l'énergie céleste passe par les pieds du Dieu, traverse son corps pour ressortir par sa tête vers la terre. Odinn est ainsi un véritable trait d'union entre le monde céleste et le monde chtonien. Tout comme Yggdrasil, il unit les deux domaines. Tout le poids de son corps le tire vers le bas, le sang afflue vers la tête. Ce genre de position n'est possible que suite à un certain type d'entrainement et de pratique liée à des postures de méditation. Le sang qui afflue vers la partie cérébrale rappelle une des fonctions principale du Dieu, celle qui le relie au domaine de l'esprit, domaine d'où il tire toute sa force. La préparation d'Odinn à ce sacrifice rituel fut très certainement précédée d'un jeûne, ce qui semble être confirmé par le fait qu'il ne mange pas ni ne boit durant le sacrifice.

 

- "neuf nuits pleines...": ce chiffre est à prendre ici pour sa valeur symbolique. Comme nous l'avons vu dans d'autres articles ici, le 9 est un chiffre très important dans les mythes de tradition indo-européenne. Il représente un nouveau cycle, un nouveau début. Et c'est bien ce qu'implique un sacrifice rituel de la sorte: un nouveau départ, une nouvelle vie orchestrée par la force des cycles perpétuellement renouvelés. 

 

- "navré d'une lance...": le Dieu est volontairement blessé par la lance sacrée. Dans les différentes initiations des traditions païennes, la blessure est une marque rituelle qui voue la personne à une Divinité ou à un ordre. Ici le Dieu se voue à lui-même. La douleur générée par la blessure oblige au surpassement de la condition corporelle et à la maîtrise de l'esprit sur le corps. Toute initiation implique certaines conditions sans lesquelles le rite ne s'accomplit pas de forme correcte. L'initié doit se couper de son environnement habituel. Il doit être préparé par sa communauté ou son clan aux mystères liés au rite. Cette préparation se fait sur le plan corporel (jeûne, postures de méditation,...) et sur le plan spirituel. Lorsque l'initié est fin prêt, il doit passer par un rite qui simule ce qu'on appelle la "petite mort". Cette mort rituelle implique une perte de la conscience habituelle, elle peut se traduire par un sommeil artificiel ou par un évanouissement, ce qui dans tous les cas de figure mène l'initié au plus profond de lui-même et des forces de son inconscient. La "petite mort" symbolise la fin d'une vie, un voyage dans le monde obscur des morts, celle qui permet de renaître à une nouvelle vie et de s'élever à un nouvel état de conscience. 

 

- "je ramassai les runes...": le Dieu Odinn prend possession de la sagesse et de la connaissance liées aux mystères et symboles des runes. Les runes viennent ici de la terre étant donné qu'il les ramasse. Elles sont donc liées aux forces chtoniennes, mais en les prenant, il les sort de leur domaine tellurique pour les mettre en équilibre avec les forces solaires et célestes. Ici aussi, le lien entre terre et ciel est réalisé de forme rituelle afin de générer l'équilibre nécessaire pour atteindre la connaissance suprême. Il est à noter au passage un élément très important: Odinn n'invente pas les runes. Elles existent avant lui, et elles lui survivront. 

 

- "hurlant les ramassai...": l'acquisition de cette connaissance est liée à une souffrance, qui elle aussi est connectée avec le principe de la "petite mort" rituelle. La renaissance est au bout de ce chemin de la connaissance. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

  • "ODIN - Psychologischer Streifzug durch die germanische Mythologie", Horst Obleser.

 

Liens :

  • Les runes une par une
  • https://www.facebook.com/media/set/?set=a.300053296800152.1073741833.230064080465741&type=3
  • Rites d'initiation du jeune guerrier dans la tradition germano-nordique
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Vendredi 8 Décembre 2017