Le Rocher aux Corbeaux...

Plus de 4 000 ans de Culte Païen...

C’est un imposant rocher de formation naturelle haut de 37m qui se dresse sur les hauteurs d’Auerbach en Allemagne, dans le Nord de la Bavière à la limite du Frankenland. Ce rocher se nomme en allemand «Rabenfels», ce qui se traduit par «Rocher aux corbeaux». Avec un tel nom, comme on peut s’en douter, ce rocher est clairement entouré de tradition païenne. La situation géographique de cette tour rocheuse au milieu des bois est assez impressionnante. Lorsqu’on l’approche par le bas, elle donne véritablement l’impression d’une colonne qui chercherait à unir terre et ciel. 

 

Quelques fouilles archéologiques ont permis de constater quelques évidences religieuses concernant ce rocher. On trouva entre autres au pied du rocher des restes de récipients à nourriture, disposés de telle manière que les archéologues ont pu y reconnaître sans l’ombre d’un doute des restes d’offrandes, de sacrifices faits à de très anciennes Divinités. Deux périodes se distinguent pour ces offrandes. La première nous fait remonter aux premières vagues indo-européennes du 3è millénaire avant notre ère, avec des possibles connexions proto-germaniques, c’est-à-dire les ancêtres indo-européens directs des Germains, connus sous le nom de civilisation de la céramique cordée. Mais la majeure partie des restes archéologiques fut attribuée à une autre civilisation de l’âge du bronze, celle dite des champs d’urnes. Ce sont également des Indo-Européens de la première heure, du 2è millénaire avant notre ère. Ils sont les ancêtres directs des Celtes. Géographiquement parlant, le rocher aux corbeaux se trouve ainsi depuis toujours dans une région que l’on pourrait qualifier de zone de friction entre Proto-Celtes et Proto-Germains. Ceci se perpétua jusqu’à la fin de l’âge du bronze et pendant l’âge du fer, lorsque cet endroit passa de l’influence des Celtes à celle des Germains. 

 

Bien, à la lumière de nos connaissances sur les traditions religieuses des Celtes et Germains, nous pouvons entrevoir quel type de culte païen se tenait près du rocher en question. Les deux cultures ont dû voir en ce rocher une colonne céleste, un pilier cosmique unissant terre et ciel. Chez les Germains, le parallèle avec l’Irminsul semble évident, cette dernière étant l’arbre cosmique symbolisant le pilier universel qui unit le monde des hommes et celui des Dieux célestes, les Ases. Le rocher aux corbeaux devait donc très certainement symboliser cette union tellement importante pour nos ancêtres païens, l’union entre forces chtoniennes et ouraniennes. Ce devait être un lieu où les hommes pouvaient connecter avec les forces divines d’en haut. 

Pour comprendre les cultes païens entourant ce rocher, l’indice suivant est bien-sûr le nom même du rocher…le rocher aux corbeaux. Ce nom n’a pas été donné au hasard car il correspond bien à des éléments symboliques de la mythologie celtique et germanique. Le corbeau tient en effet une place hautement importante dans les deux cultures. Chez les Celtes, le corbeau est l’attribut du Dieu Lug, tandis que chez les Germains il est l’attribut du Dieu Wotan (Ódinn). Ces deux Divinités, bien que de cultures païennes différentes, possèdent plus d’un trait commun. Ils ont d’indiscutables similitudes qui pourraient remonter à un lointain archétype commun. Les deux sont des Dieux souverains de type ouranien, spécialistes en magie, manipulateurs de la destinée des hommes et des Dieux. Pour accomplir certains rites magiques, Lug ferme un œil, et, pour acquérir la connaissance, Wotan sacrifia un œil. Le Lug celte est entouré de corbeaux, élément que l’on retrouve par exemple dans l’origine de la ville française de Lyon (LUGdunum) et dans sa colline aux corbeaux. Le Wotan germanique est accompagné de deux corbeaux qui se nomment Hugin et Munin, noms qui se traduisent par Pensée et Mémoire. Ces deux corbeaux parcourent tous les jours les différents mondes, et rapportent ensuite au Dieu Wotan tout ce qu’ils ont vu et entendu durant leurs périples. 

 

Pour résumer, on peut avancer la sérieuse hypothèse que ce rocher au corbeau fut un lieu de culte païen où se croisèrent les archétypes indo-européens des Dieux Lug et Wotan. 

De nos jours, il ne reste hélas pas grand-chose de ce passé sacré. Le rocher aux corbeaux est devenu durant une petite partie de l’année un refuge pour nidification d’oiseaux, et le reste de l’année un terrain pour pratiquer l’escalade…

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • https://de.wikipedia.org/wiki/Rabenfels_(Krottensee)
  • https://www.onetz.de/deutschland-und-die-welt-r/lokales/der-geheimnisumwitterte-rabenfels-d1031456.html
  • http://www.weber-rudolf.de/rabenfels.htm

 

Liens :

  • Ancêtres indo-européens des Germains=>https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305629736242508.1073741840.230064080465741/509442102527936/?type=3&theater
  • Ancêtres indo-européens des Celtes=>https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305629736242508.1073741840.230064080465741/509442102527936/?type=3&theater

 

Vendredi 13 Juillet 2018