Le Mont Tonnerre...

Culte à Donar ou à Taranis?...

Dans le sud-Ouest de l’actuelle Allemagne, la région du Palatinat (Pfalz), le mont le plus élevé culmine à quelques 687 mètres d’altitude. Bien que pas très haut, ce mont se détache nettement du reste du paysage et lui confère une imposante situation. Cette impression fut déjà partagée par nos lointains ancêtres païens puisqu’ils reconnurent en ce mont un lieu magique empli de mysticisme. Ils le mirent en relation avec leur Dieu de la foudre et du tonnerre, un Dieu très présent à cet endroit, car de violents orages ont en effet l’habitude de visiter ce mont du Palatinat. Le sommet de la montagne est couronné par une formation rocheuse nommée le «Königsstuhl» (le trône royal), ce qui permet de constater un certain caractère sacré et aristocratique associé à ce mont divin. 

 

Le nom actuel de cette montagne est Donnersberg, ce qui se traduit en français par «Mont Tonnerre». Ce nom remonte à une évidente origine païenne, étant donné que l’on y retrouve le nom du Dieu germanique de la foudre et du tonnerre, le Dieu Donar. C’est ce même Dieu que les Nordiques nommeront plus tard Thor. Ce fait est confirmé par des sources historiques vu que les Romains le baptisèrent comme «Mont Jovis», c’est-à-dire comme le Mont du Dieu Jupiter, ce qui, selon l’interprétation cosmogonique romaine, correspond au Dieu germanique Donar. Pour comprendre ceci, il faut rappeler ici que les Romains avaient associé le Dieu Donar à Jupiter parce que tous deux possédaient le pouvoir céleste de la foudre, une arme divinement létale. Donar fut également associé à Hercule, car tous deux possédaient comme arme une massue, ce qui nous oblige souvent à pas mal de prudence lorsqu’il s’agit des interprétations romaines des différentes cosmogonies européennes. Mais dans le cas présent, il n’y a pas de doute possible car le Mont de Jupiter est bien la traduction du Mont de Donar. On peut aisément s’imaginer que les anciens Germains effectuaient des rituels sacrés dans le cadre du mont Tonnerre, des rites hérités de leurs lointains ancêtres porteurs des gènes d’une race solaire remontant à la nuit des temps. 

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Car cette région du Palatinat allemand ne fut pas toujours occupée par des Germains, loin de là même. Avant d’être occupée par ces derniers, tout le Sud de l’Allemagne était habité depuis l’époque de la Tène, au 1er millénaire avant notre ère, par des Celtes. Les archéologues ont d’ailleurs mis à jour au mont Tonnerre toute une fortification celtique nommée Keltenwall, le mur des Celtes. Une importante colonie celte a ainsi résidé à cet endroit, une colonie qui autour de 150 avant notre ère couvrait une aire de 240 hectares. Il est donc fort probable qu’à l’origine, avant les Germains, le Mont Tonnerre ait été dédié à Taranis, le Dieu celte de la foudre et du Tonnerre. Ce dernier avait lui aussi la foudre comme arme, mais il ne la générait point au moyen d’une massue (comme Donar) ou d’un marteau (comme Thor), la foudre de Taranis se générait par le biais d’une roue céleste. Malgré certains détails qui différencient ces deux Divinités de la foudre que sont Taranis et Donar, tout semble les rapprocher. Celtes et Germains sont du point de vue ethnique des peuples très proches l’un de l’autre, des «cousins germains» pourrait-on dire… Celtes et Germains sont issus des ancêtres indo-européens qui peuplaient l’Europe centrale et nordique. C’est donc tout naturellement que, lorsque les Germains prirent possession du Palatinat, ils continuèrent le culte au Mont Tonnerre en l’adoptant à leur propre panthéon et à leur Dieu Donar. C’est ainsi qu’a dû s’opérer un «glissement» historique entre les cultes à Taranis et à Donar, le tout associé à Jupiter plus tard par les Romains. 

 

Ce mont sacré du Palatinat n’est pas unique. On peut même affirmer que c’est un exemple banal tellement il existe des cas similaires dans toute l’aire géographique où ont régné successivement Celtes et Germains. Ceci dit, le cas du Donnersberg reste quand-même une merveilleuse illustration, magique et mystique, de cette continuité des cultes au travers des différentes traditions païennes européennes. 

 

Hathuwolf Harson

 

Vendredi 13 Juillet 2018