La Femme dans la Société Païenne Germano-Nordique...

Dans la société païenne de tradition germano-nordique, la femme avait plus de droits que dans le reste de l’Europe christianisée. Le droit germano-nordique réservait un rôle éminent à la femme. Elle était “l’âme d’une société dont l’homme n’était que le bras”. Ce ne sont ni l’amour ni le romantisme que suscite la femme, mais l’admiration pour son autorité et le respect pour son influence. On reconnaît là bien le côté pragmatique de la culture nordique. Dans les sagas nordiques, la figure de la femme fatale n’apparaît presque jamais. 

 

La femme germano-nordique n’est pas admirée pour de simples questions charnelles. Les très nombreux exemples des sagas islandaises démontrent que les Vikings donnaient priorité aux femmes à forte personnalité: Thorbjörg, l’épouse de Páll Sölvasson, qui tente de tuer d’un coup de couteau Hvamm-Sturla; Gudrún Önundardóttir qui pousse ses frères à la vengeance; Jóreidr Hállsdottir qui choisit de se laisser mourir plutôt que de se marier de force; Hálldora épouse de Sighvatr qui prend les décisions importantes à la place de son mari; Ásta Andréasdóttir qui met une bonne raclée à son frère à coups de gourdin, etc… La femme viking n'est pas mentionnée pour sa beauté ou sa bonté, elle est admirée pour sa fierté, l’importance de sa lignée de sang, et sa force de caractère. Dans les sagas, la femme nordique n’est pas dénigrée parce qu’elle est femme, elle n’est pas non plus rabaissée au rang d’objet de plaisir. Il n’y est pas non plus fait mention de femmes battues, et encore moins assassinées. 

 

Il y a quelques 2000 ans déjà, des auteurs romains comme Tacite ou César parlaient de la place de choix qu’avait la femme germanique. D’époque viking il existe également des inscriptions runiques qui témoignent de cette place de la femme. Le culte important aux Déesses comme Nerthus, Freyja ou Frigg, est lui aussi révélateur du rôle sacré de tout ce qui est féminin dans la société païenne de tradition germano-nordique. Le genre féminin du soleil (“la soleil”) vient confirmer cette sensibilité féminine. Avec l’arrivée du christianisme et de sa misogynie héritée de la culture sémitique, le rôle de la femme changea. Durant deux siècles de transition entre paganisme et christianisme, la femme put conserver certains avantages notoires, mais ils finirent par s’estomper en raison de la pression obscurantiste des chrétiens. 

 

Chez les païens de tradition germano-nordique, la femme est la gardienne du foyer, celle qui maintient les traditions et qui veille à l’honneur du clan. La “húsfreyja”, terme qui désigne la maîtresse de maison, était reconnaissable à son trousseau de clefs qu’elle porte à la ceinture. Au foyer elle règne de manière absolue, laissant les concubines dans un rôle secondaire. La maîtresse de maison centralisait sur sa personne les questions liées à l’héritage et au domaine, sujets propres au symbolisme de la rune Othala. La “húsfreyja” était l’épouse légitime et la gardienne du foyer. Elle gérait l’approvisionnement, l’équipement et l’installation de la maison. Elle veillait à l’accomplissement des tâches domestiques, des plus modestes aux plus nobles comme le filage ou le tissage. L’éducation des enfants revenait également aux femmes de maison. La hiérarchisation des rôles selon le genre n’existait pas dans la société germano-nordique, mais l’égalitarisme non plus. Tout se basait sur la répartition des tâches et la notion de complémentarité. Le concept d’une femme inférieure et soumise, concept importé avec le judéo-christianisme, était inconnu des païens du Nord. 

 

À la femme incombait le maintien de la tradition ancestrale. Elle rappelait aux membres de la famille les noms, les titres des ancêtres, et les hauts faits de leur passé. Maintenir les traditions, rappeler au souvenir des grandeurs passées de leur lignage, c’était veiller au respect des ancêtres et à l’honneur du clan. On retrouve ce principe basé sur la lignée de sang dans les longues généalogies citées dans les Eddas et les Sagas. La femme devenait ainsi la mémoire sacrée du clan. Magiciennes, femmes-sages, et prophétesses (völvur) sont nombreuses dans les anciens mythes nordiques, à tel point que l’on pourrait penser que le lien avec la tradition magico-religieuse était surtout une affaire de femmes. La femme participe du sacré à un degré que ne pourrait justifier une prétendue condition inférieure. La femme devait donc être l’objet d’un profond respect dans le cadre des liens religieux. 

 

Dans l’ensemble des textes anciens, mari et femme apparaissent avant tout comme de bons associés. Une situation souvent peu sentimentale qui se base sur les liens entre familles et clans, où la position sociale jouait un rôle important. Le nordique toujours très pragmatique et plutôt matérialiste, voyait le mariage comme une question pratique et non d’amour. D’abord était l’intérêt, et si ensuite venait s’y greffer l’amour, c’était tant mieux, mais pas primordial. Le divorce était autorisé et institutionnalisé selon les lois stipulés par les Grágas, et à la lecture des sagas on constate d’ailleurs que ce sont les femmes qui le plus souvent initiaient la procédure de divorce. Mais tout n’était pas parfait pour la femme dans la société germano-nordique. Car nous avons vu que la femme germano-nordique jouissait d’avantages et de droits qu’on lui refusait dans les sociétés méditerranéennes, elle était certainement plus libre par rapport aux femmes des pays chrétiens. Mais il ne faut pas non plus croire que sa situation était idéale. La société germano-nordique était patriarcale et guerrière, avec tout ce que cela implique pour les femmes. Cette société ne laissait pas beaucoup de place à la coquetterie ou à l’eau de rose, un système rude avec des rapports très terre-à-terre. La froideur des rapports conjugaux est caractéristique de la culture nordique. Dans certains cas isolés, la femme participait aussi à la guerre, ce qui ne se voyait pas dans les pays chrétiens par exemple, mais elle était obligée de toujours porter ses vêtements de femme. Le mythe de la guerrière en armure est une invention moderne et n’a pas de fondement historique. La vision païenne historique n'est pas non plus à inclure dans une néo-idéologie égalitariste, une approche moderne et ploutocratique. Nos ancêtres n'étaient pas adeptes d'une égalité homme-femme, ils croyaient par contre en la complémentarité homme-femme. Deux êtres inégaux car différents, deux êtres liés au destin de leur genre, avec des tâches respectives différentes et complémentaires à la fois, deux moitiés qui en s'unissant forment un tout, ce qui présente une vision certainement plus réaliste et juste que les horreurs que nos ancêtres ont dû subir avec la christianisation forcée de l'Europe. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

  • “Moeurs et psychologie des anciens islandais”, Régis Boyer.

 

Vendredi 13 Juillet 2018