Guerriers Vandales...

Des Vandales pas si vandalent que ça...

Les Vandales étaient un peuple germanique qui s'est fait un nom durant la grande période des migrations dites "barbares" au début du 1er millénaire de notre ère. 

 

Avant de présenter la grande saga de ses migrations historiques, il faut éclaircir un certain point de vocabulaire. Dans le monde entier le terme de "vandalisme" est synonyme de destruction sauvage et aveugle, ou encore de violence gratuite. Le mot de vandalisme fut bien-sûr construit à partir du nom de ce peuple germanique que furent les Vandales. Or comme nous allons le voir par la suite, ces derniers n'étaient pas ces "barbares détruisant tout sur leur passage", ils s'étaient même distingués par leur passion pour les objets d'arts. Certes ils n'étaient pas des agneaux, mais pas plus ni moins que les autres Germains, Romains, ou Byzantins. Ce début du 1er millénaire comme nous l'avons déjà vu, est une époque troublée avec de grands mouvements de populations entières, avec des guerres interminables, des alliances et des trahisons, bref, une période qui plonge l'Europe dans une transition difficile générant des violences de toutes parts. Mais d'où vient alors cette association de "vandalisme" et Vandales? 

 

Et bien cette expression n'est même pas née à l'époque des Vandales, car c'est en 1794 qu'elle apparut pour la première fois. C'est à un chrétien français que nous devons cette triste expression. Henri Baptiste Grégoire, évêque de Blois, tint le 28 août 1794 à Paris un discours contre les Jacobins. Dans la furie révolutionnaire de l'époque, les Jacobins s'étaient distingués en détruisant toutes les œuvres d'art qui leurs tombaient sous la main. Cette destruction des œuvres d'art représentait pour eux l'anéantissement total de l'ancien régime et de ses symboles. Et c'est pour dénoncer cette sauvagerie, que l'archevêque de Blois parla de vandalisme... Depuis ce terme s'est étendu au monde entier... À la lumière de ces faits, il serait donc plus juste dorénavant de parler de "jacobinisme" plutôt que de "vandalisme"...

 

Ce point étant éclairci, revenons en à nos Vandales, les vrais. Ils sont originaires du Jutland, dans l'actuel Danemark et nord de l'Allemagne. Comme bien d'autres peuples germaniques, les Vandales se dirigèrent vers le sud, et c'est au 2è siècle de notre ère qu'on les retrouve en Silésie, l'actuelle république Tchèque, et dans ce qui est maintenant la Roumanie et la Hongrie. Ils sont divisés en deux grands groupes: les Sillings et les Hasdings. Les Sillings donnèrent leur nom à la Silésie. Les Vandales y vécurent plus ou moins tranquillement jusqu'en 270 lorsqu'ils firent une énorme razzia sur la Pannonie. Cette campagne fut une attaque corrélative à la campagne des Ostrogoths contre les Romains. Un certain équilibre des forces s'installa alors dans cette région d'Europe, et ceci pendant plus d'un siècle. C'est à cette époque semble-t-il que les premières conversions à l'arianisme eurent lieu. L'arianisme est une des nombreuses branches du christianisme primitif. Les adeptes de l'arianisme chrétien ne croyaient pas à la trinité, mais à part ce point de détail, ils partageaient tout le reste du dogme chrétien. Les catholiques ne tardèrent pas à déclarer cette branche chrétienne comme hérétique et digne des pires persécutions. L'arianisme fit d'ailleurs de même avec le catholicisme... Au royaume des monothéistes, les aveulges sont rois. Ceci dit, il faut rappeler tout de même que dans un premier temps, la conversion fut seulement partielle, car comme toujours ce sont les élites pour des raisons politiques qui choisissent la voie de la conversion. Une majorité du peuple continuait à pratiquer les rites en l'honneur de leurs Dieux Tiuz, Wodan, Donar, et Frea. Cet équilibre précaire au sein de la société vandale allait perdurer jusqu'à ce qu'arrive un peuple de race inconnue qui allait tout changer...

 

Vers l'an 400, arrivent aux portes de l'Europe orientale d'immenses hordes de cavaliers venant de l'extrême orient, les Huns. Armés d'arcs plus puissants que ceux des Germains, maîtrisant une technique de combat à cheval qui laissait les adversaires complètement désorganisés et vulnérables, et surtout leur grand nombre, sont certains des éléments qui firent que toute tentative militaire contre les Huns relevait du plus pur suicide. Les premiers affrontements l'avaient bien démontré...

 

La décision fut prise d'organiser à nouveau les grandes colonnes de l'émigration. Chariots, femmes, enfants, guerriers, et bétail se mirent en mouvement vers l'ouest. Ils traversèrent de nombreux territoires convoités par d'autres Germains. Six longues années dura ce périple. Ils atteignirent ainsi la Germanie où ils établirent un accord avec les Suèves germaniques et les Alains irano-aryens. Ensemble, le 31 décembre 406, ils franchirent le Rhin au niveau de la région de Mayance dans l'actuelle Allemagne. Ils pénétrèrent alors dans la province romaine de Gaule. Pillages et escarmouches étaient de mise, telle était la coutume jadis parmi tous les peuples. Cependant il se dégage selon les témoins de l'époque un élément intéressant qui dit que les Vandales pillaient en emportant les objets d'art, certes, mais ne déstruisait pas les édifices. Ils ne réduisaient pas à cendres leurs conquêtes. C'est ainsi que leur voyage à travers la Gaule en direction du sud dura trois ans. Ils atteignirent la péninsule ibérique, l'Hispanie, en l'an 409. 

 

En guerriers conquérants et en quête de nouvelles terres, ils cherchèrent à s'y établir. Ils passèrent un accord avec leurs alliés. Les Suèves s'installèrent dans le nord-ouest de l’Hispanie, les Alains en Lusitanie (actuel Portugal), les Vandales Hasdings s'établirent à l'intérieur de la Galicie, tandis que les Vandales Sillings dans le sud de l'actuelle Espagne, une région qui se nommait alors la Bétique. Avec la présence des Vandales, cette région allait changer de nom, et selon plusieurs historiens la Bétique devint la Vandalousie, nom qui a survécu dans celui de l'Andalousie. Ici encore, les auteurs de l'époque remarquent que les Vandales ne détruisent pas les édifices, ils occupent par contre les plus belles villas romaines. Ils se montrent de fervents admirateurs de la civilisation méditerranéenne. Nous sommes donc plutôt loin de cette fausse image moderne du "vandalisme". La période en Hispanie est aussi celle hélas qui voit la conversion totale des Vandales à l'arianisme.

 

Mais cette apparente quiétude ne dura pas longtemps. La péninsule ibérique n'était pas une terre vierge, elle était le royaume d'un peuple germanique très puissant: les Wisigoths. Une terrible guerre finit par éclater. Les nouveaux arrivants en Hispanie furent vaincus. Certains de ces vaincus durent s'établir dans des résidences ordonnées par les Wisigoths. Ces derniers étaient à l'époque également des adeptes de l'arianisme, on ne peut donc pas parler ici de conflit religieux. Il s'agissait purement d'une guerre territoriale. Quelques 80.000 Vandales accompagnés de Suèves et d'Alains décidèrent de ne pas se soumettre aux Wisigoths et de tenter leur chance plus loin encore vers le sud. Vingt ans après leur arrivée en Hispanie, en l'an 429, ils se virent obligés de reprendre la formation des grandes colonnes, et d'émigrer à nouveau. Ils traversèrent le détroit de Gibraltar pour débarquer sur les côtes de l'actuelle Tanger. 

 

Là ils se trouvèrent en présence de peuples d'origine libyco-berbère, anciens peuples de race blanche et de tradition païenne, vouant un culte à leurs Dieux Anzar, Amon, et Atlas. Il ne semble pas qu'il y ait eu des heurts majeurs entre Berbères et Vandales. Bien au contraire. Certains pensent même que la tendance aux cheveux blonds d'une partie des Berbères serait dûe à certains rapprochements très amicaux avec les Germains. Mais les Vandales avaient une idée bien précise en tête: suivre la côté méditerranéenne jusqu'à la riche et prospère Carthage dans l'actuelle Tunisie. Carthage était alors aux mains des Byzantins, branche dissidente de Rome. Les Vandales atteignirent finalement cette ville. La victoire des Vandales fut totale. Ce conflit fut une nouvelle expérience pour eux car ils allaient initier avec lui une guerre de religions. Les Byzantins de Carthage en effet étaient catholiques, alors que les Vandales prônaient l'arianisme. Chrétiens contre chrétiens. Les catholiques avaient déclaré que l'arianisme était une affreuse hérésie ; et l'arianisme avait déclaré que le catholicisme était une affreuse hérésie... Vérité unique contre vérité unique...ça allait faire mal. Les Vandales encore une fois ne détruisirent rien. Ils s'installèrent en récupérant toute l'infrastructure de la ville et en habitant les meilleures demeures. Ils s'approprièrent les plus belles œuvres d'art. Par contre les nonnes catholiques eurent la joie de connaître la fougue sexuelle des Vandales tandis que les curés eurent le plaisir de rejoindre plus tôt que prévu leur créateur... La persécution religieuse fut totale de la part des Vandales. Mais il est évident que si les catholiques avaient gagné, ils auraient fait exactement la même chose. Ah, monothéisme, quand tu nous tiens... 

 

Pendant que le royaume vandale enracinait son pouvoir dans cette partie de l'Afrique du nord, il étendit sa domination sur d'autres régions de la Méditerranée. Les îles Baléares, la Sardaigne et la Corse intégrèrent ainsi le royaume vandale. L'expansion vandale fut telle qu'en 455 ils décidèrent d'utiliser la flotte byzantine de Carthage pour attaquer le cœur de l'Empire romain. Ils se rendirent à Rome. Cette dernière affaiblie par d'incessantes attaques germaniques et d'innombrables troubles internes, n'opposa presque aucune résistance. Rome fut ainsi vaincue par les Vandales. Ils pillèrent la ville éternelle. Selon toutes les évidences historiques, la volonté des Vandales fut d'humilier Rome, et non de la conquérir. C'est ce qu'ils firent. Et une fois de plus, les Vandales ne détruisirent pas les édifices et prirent bien soin d'emporter tous les objets d'art. Les Jacobins de la révolution française, eux, auraient très certainement détruit ces objets d'art... 

 

Le royaume vandale en Afrique du nord ne dura que 100 ans, ce qui au niveau culturel ne permit pas de laisser des traces indélébiles dans cette région du monde. Leur temps dans le grand livre de l'histoire arrivait à sa fin. Les Byzantins revinrent en force en l'an 533 et mirent un point final à la grande saga du peuple des Vandales.

 

Hathuwolf Harson 

 

Sources : 

  • http://de.wikipedia.org/wiki/Vandalen
  • "Das Volksbuch germanisch-deutscher Geschichte - 4000 Jahre Geschichte", Rolf Schiebler.
  • "Die Germanen", Ernst F. Jung
  • "Los Vándalos en la Bética" in "Historia de Iberia vieja Nº 10", José Mª Blasquez.
  • "Wie schlimm trieben es die Vandalen?" in P.M. History Special nº3, Jens Müller-Bauseneik.

 

Jeudi 12 Juillet 2018